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Stratégie de l’information Une démarche d’intelligence économique appliquée au monde agricole

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L’information comme arme de guerre économique sur les marchés agricoles, telle est la théorie de Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de guerre économique. À partir de l’opposition entre modèle alimentaire américain et européen, il développe ce concept afin de mieux armer les agriculteurs français contre de futures attaques.

«Le modèle alimentaire américain est un énorme échec », mais jamais les Américains ne le reconnaîtront, aussi pour garder leur place dans les marchés mondiaux, ils « plomberont le modèle concurrent », c’est-à-dire européen. C’est sous cette forme très belliqueuse que Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de guerre économique, envisage les marchés agricoles en prenant pour exemple le modèle alimentaire. À l’assemblée générale de Coop de France aviculture, le 15 novembre, il a ainsi expliqué ces marchés en se basant sur « les transferts de méthodologie entre le monde militaire et le monde civil et sur l’importance croissante du management offensif de l’information dans le développement des activités économiques ». L’information devient un enjeu de positionnement sur les marchés internationaux. « Il ne s’agit plus simplement de communiquer, mais également de mieux occuper le terrain par la production de connaissances et contrer les attaques multiples et variées qui jaillissent par le biais de la société de l’information », est-il résumé sur le site Internet de l’Ecole de guerre économique. OGM, grippe aviaire, soja… tout peut être une question de guerre de l’information pour un positionnement optimal sur le marché. Du moins, il ne faut pas hésiter à se poser la question, d’après Christian Harbulot. Ainsi en prenant pour exemple les modèles alimentaires, « aucun gouvernement ne partira en opposition avec le modèle américain. Ce serait une déclaration de guerre ». Pourtant, « ce modèle commence à être senti comme un échec en termes de santé publique », même si cette prise de conscience est plus lente du côté des Américains que des Européens. « C’est une erreur de croire que l’on va s’habituer à vivre avec ce modèle ». Effectivement, au-delà de la santé publique, il remet en cause tout un système de production. Pour les Américains, la seule « manière » de s’en sortir, selon Christian Harbulot, est donc de tirer sur le modèle européen qui prône un « je veux manger sans être malade ».

Occuper le terrain avant les autres

Cela ne devrait pas tarder. Aussi propose-t-il de travailler dès maintenant sur « une meilleure utilisation de l’information au service des acteurs économiques, une approche lucide des enjeux de la compétition mondiale et surtout d’avoir la volonté de ne pas subir la loi du plus fort ». Pour lui, il faut occuper le terrain au niveau informationnel car « c’est une clef pour être plus compétitif ». Il n’hésite pas à donner en exemple les organisations de protection animale qui ont un écho très large dans la population. Veille de l’information, développement de partenariats avec des organisations de protection animale, amélioration de l’image de l’élevage, porter plainte pour diffamation… toutes ces actions qui coûtent en temps et en argent permettent de ne pas « laisser sans réagir des acteurs qui peuvent nuire à un produit. » Il s’agit de gagner la bataille de l’information, en prenant l’initiative et en perturbant l’action de l’adversaire. Dans ce sens et pour revenir aux modèles alimentaires, le « principe de précaution est une arme terriblement efficace ». Par ailleurs, d’autres puissances comme la Chine, « toujours en régime communiste » et qui « n’a pas perdu ses bonnes habitudes », vont se positionner sur l’échiquier mondial et donc compliquer la situation. En Europe, « vous êtes entre partenaires » même si pour la France, « des forces sont prépositionnées pour vous planter ». Christian Harbulot, rappellera en fin d’intervention que « le monde agricole français est divisé mais qu’il conserve son pouvoir d’action » millénaire. « Tout Français a un cerveau reptilien d’origine paysanne. Il faut travailler cela à partir d’un discours professionnel car actuellement les discours non professionnels… parlent bien mieux ! »