UE/Mercosur : les négociations commerciales finalisées, des garanties sur le climat
Après 25 ans de négociations, l’UE et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) ont officiellement annoncé le 6 décembre à Montevideo (Uruguay), avoir finalisé leurs discussions en vue d’un accord de libre-échange. «Aujourd'hui, une étape historique est franchie» a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Et d’ajouter qu’il s’agit d’une « victoire pour l'Europe» et d’un «accord gagnant-gagnant». Après une première conclusion en 2019, des négociations s'étaient engagées afin de répondre aux préoccupations liées au développement durable. Dans le détail, Bruxelles envisage cet accord comme «l’un des accords les plus ambitieux en matière de développement durable» qui va même «au-delà de certains de nos accords les plus récents», citant le Ceta et l’accord avec le Chili. Par rapport au texte de 2019, celui de 2024 fait de l'accord de Paris «un élément essentiel de la relation UE-Mercosur». Cela signifie que des avantages commerciaux pourront être suspendus «si l'une des parties enfreint gravement l'accord de Paris ou décide de s'en retirer». En outre, il prévoit «des engagements concrets» pour mettre fin à la déforestation d’ici 2030. Il contient de nouvelles dispositions sur les marchés publics, les droits à l'exportation et les véhicules mais rien de nouveau concernant le secteur agricole.
UE/Mercosur : «un accord équilibré» pour l’agriculture, selon Bruxelles, le même qu'en 2019
«A nos agriculteurs : nous vous avons entendus, nous avons écouté vos préoccupations et nous agissons en conséquence», a indiqué Ursula von der Leyen le 6 décembre lors de l’annonce de l’accord. Et d’ajouter : «Cet accord comprend des garanties solides pour protéger vos moyens de subsistance». Dans le détail, les dispositions sont les mêmes qu’en 2019 pour le secteur agricole, notamment en termes de contingents tarifaires. La Commission européenne estime que le résultat est équilibré entre la création de nouvelles opportunités pour les intérêts agricoles offensifs et la protection des produits sensibles. Bruxelles considère disposer des assurances selon lesquelles les marchés agricoles sensibles ne seront pas perturbés grâce à «un accès limité» aux produits (représentant un faible pourcentage de la consommation), «une ouverture progressive» des volumes des contingents tarifaires et des mesures de sauvegarde bilatérales qui pourront s’activer en cas de hausse des importations «ou même de risque avéré». Et si jamais malgré ces garanties, des difficultés venaient à apparaitre dans le secteur agricole à la suite de la mise en œuvre progressive, elle pourrait être amenée à créer «un fonds de réserve d’un milliard d’euros». Par ailleurs, Ursula von der Leyen affirme que «nos normes européennes en matière de santé et d’alimentation restent intouchables».
UE/Mercosur: des manifestants de la Coordination rurale au marché de Rungis
Quelques agriculteurs de la Coordination rurale (CR) sont entrés le 5 décembre au matin dans le pavillon de la viande du marché d’intérêt national de Rungis, en marge d'une manifestation visant à dénoncer l'accord de libre-échange UE/Mercosur. Une vidéo, diffusée sur le réseau social X par le syndicat, montre une quinzaine de militants, bonnet jaune du syndicat vissé sur la tête et blouse blanche, marcher dans une allée du pavillon de la viande, en jetant un œil aux étiquettes sur les carcasses. Un peu plus tôt, vers 4h, une soixantaine de militants – la majeure partie venus en car affrété par la section du Loir-et-Cher – étaient arrivés «aux portes de Rungis», a expliqué à l'AFP Edouard Legras, président de la CR de ce département. Après un «jeu du chat et de la souris» avec les forces de l'ordre, «une partie de la délégation a pu rentrer vers 5h en accord avec la direction» du site, a-t-il ajouté. Contacté par l'AFP, le marché de Rungis – qui se présente comme le plus grand marché de produits frais au monde - n'a pas donné suite dans l'immédiat. De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen est arrivée au Sommet du Mercosur à Montevideo (Uruguay), estimant que la «ligne d'arrivée de l'accord UE-Mercosur [était] en vue», malgré l'opposition de la France et de la Pologne.
UE/Mercosur : le labyrinthe communautaire de la ratification va s’ouvrir
Après l’annonce de la conclusion des négociations le 6 décembre, va dès à présent s’ouvrir, la longue phase d’approbation du texte. Dans un premier temps, celui-ci va passer par un processus de vérification juridique en coopération avec les pays du Mercosur. Il sera ensuite traduit dans toutes les langues officielles de l'UE puis soumis au Conseil de l'UE et au Parlement européen. Pour l’heure, la Commission européen n’a pas souhaité communiquer tant sur la base juridique que sur la qualification de l’accord. Deux options sont sur la table : un accord mixte unique ou bien un paquet politique composé de deux accords juridiquement distincts. Le choix d’une option plutôt que l’autre pourrait faire basculer les modalités de scrutin au sein du Conseil de l’UE de l’unanimité (accord unique) à la majorité qualifiée (accord commercial intérimaire). Et la question de l’accord UE/Mercosur demeure sensible dans les capitales. Paris, Varsovie, Vienne et le Parlement néerlandais ont d’ores et déjà exprimé leur opposition à l’accord en l’état. La position de l’Italie, qui a émis des réserves sur l’agriculture, pourrait s’avérer importante pour obtenir une minorité de blocage dans le cadre d’un vote à la majorité qualifiée (55% des Etats membres représentant 65% de la population de l’UE). L’instabilité politique actuelle en France pourrait également jouer un rôle puisque le Conseil de l’UE est l’enceinte où siègent les ministres.
Céréales: l’activité des ports ralentie par la mauvaise récolte
La mauvaise récolte 2024, à environ 10 Mt en deçà des années normales, affecte les exports français, ont indiqué les professionnels présents à la Bourse de commerce européenne. «La production part d’abord à la consommation domestique, pointe Delphine Drignon, responsable marchés européens pour Intercéréales. Puis nous fournissons nos partenaires européens, et l’export aux pays tiers arrive en dernier». Une situation qui pèse sur les activités portuaires, notamment sur la façade atlantique. «La moyenne d’export du port de Rouen est autour de 8 Mt de céréales par an, explique Manuel Gaborieau, délégué commercial d’Haropa - Port de Rouen. Cette année, nous serons plutôt autour de 4 à 5 Mt». Henri Chotard travaille pour Sica Atlantique, opérateur portuaire du port de la Pallice, à la Rochelle. Il explique: «nous avons perdu entre 20 et 35% de notre activité. La récolte est mauvaise et la qualité peu propice aux cahiers des charges de nos clients». Le groupe dispose de plusieurs filiales, ce qui lui permet de faire face à cette baisse d’activité. «Pendant que nous ne chargeons pas de bateaux, nous entretenons, améliorons et modernisons nos outils logistiques, afin d’être dans les meilleures conditions pour reprendre les activités, dès la fin de la campagne», ajoute Henri Chotard. (Elena Blum)
Céréales : COC va reverser le résultat de la coop à ses adhérents, 40% de celui du groupe
A l’occasion de son assemblée générale le 6 décembre, Centre Ouest Céréales (COC) a fêté ses 30 ans, durant lesquels la diversification s’est affirmée. «Aujourd’hui, le groupe se porte bien avec un fonds de roulement de près de 54,3 M€, constate Ulrich Housseau le directeur général. Oui, sur l’exercice 2023/24, le chiffre d’affaires est en baisse, de 16% à 386 M€, mais le résultat net atteint 16,2 M€ pour le groupe et 1,1 M€ pour la coopérative qui elle, dégage un CA de 242 M€.» Dans un contexte tendu pour les trésoreries de ses 2000 adhérents, COC a décidé de leur reverser 100% du résultat net de la coop et 40% de celui du groupe. Sa filiale industrie (COCI), qui porte l’activité de l’usine de Chalandray, fonctionne à plein régime: 240 000 tonnes de graines d’oléagineux triturées pour une production de 145 000 t de tourteaux, 50 000 t d’ester éthylique dont du biodiesel et 32 000 t d’huile alimentaire. COC, c’est aussi, depuis cette année, des prestations de services en triage de semences et lavages de panneaux photovoltaïques via sa filiale Copresto et sa prise de participation dans la startup Cyclair, spécialisée dans le désherbage mécanique robotisé. En juillet 2024, COC est également entrée au capital d’Aquitabio, l’entité dédiée au bio qui rassemble une douzaine de partenaires, pour «structurer cette activité» d’à peine 7000 t. (Anne Gilet)
Porc : l’Efsa recommande les filets à insectes contre la PPA dans les zones infectées
Dans une récente synthèse, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a évalué les facteurs de risque et mesures protectrices contre la peste porcine africaine (PPA). En analysant 24 études réalisées dans des zones infectées d’Europe, l’Efsa retient notamment l’intérêt de poser des filets anti-insectes sur les ouvertures des bâtiments, en plus des mesures adéquates de biosécurité. Certaines mouches piqueuses des ruminants ou chevaux pourraient en effet être transmettre la maladie. Toutefois leur rôle reste incertain et «doit faire l'objet d'études plus approfondies», considère l’Autorité. Encore plus évidente se révèle la nécessité, dans une zone infectée, de protéger les stocks de litière et d’éloigner les épandages d’élevages voisins. En revanche, les tiques n’ont jamais été mises en cause en une décennie, constate le rapport. Enfin, pour empêcher les sangliers infectés d’envahir une région, les barrières naturelles et zones urbaines s’avèrent effectives, de même que les grands grillages et fils électriques, le rapport donnant en exemple la clôture réalisée en 2019 entre la Belgique et la France.
Blé dur : les projets de la filière pour relancer la production avec le gouvernement
Près d’un an après le lancement du plan Blé dur, la filière a déposé plusieurs projets auprès de la DGPE (ministère de l’Agriculture) et la DGPR (Environnement), que Frédéric Gond, président du comité de pilotage blé dur, détaille pour Agra presse. «Nous souhaitons que les deux obtenteurs, RAGT Semences et Florimond Desprez, développent un panel de solutions génétiques, pour répondre à des besoins en termes de changements climatiques, de décarbonation, d’adaptation aux besoins des industriels mais aussi de diversification des territoires, pour pouvoir notamment produire du blé dur plus au nord». Pour décarboner la production, la filière souhaite améliorer sa compréhension de l’absorption de l’azote par le blé dur, pour en réduire les apports tout en préservant la protéine. L’interprofession demande aussi la création d’outils de sécurisation: «il existe des assurances sur la perte en quantité, mais pas sur la dégradation de la qualité, qui est le problème majeur en blé dur, explique Frédéric Gond. Nous visons également 15% de contractualisation tripartite, entre agriculteurs, organismes stockeurs et industriels.» Le budget global, de 43 M€, devrait provenir des ministères pour 11 M€, mais aussi d’Arvalis, des obtenteurs, et des industriels. (Elena Blum)
Viande: en Savoie, L214 conteste la réouverture anticipée de l’abattoir de Maurienne
Dans un communiqué du 5 décembre, L214 annonce le dépôt d’un référé-suspension contre un arrêté de la préfecture de Savoie qui a levé plus tôt que prévu la suspension de l’abattoir de Maurienne, épinglé par l’association pour des manquements à la réglementation sur le bien-être animal. Le 15 novembre, après la publication d’une vidéo de L214, la préfecture a publié un arrêté suspendant l’agrément de l’abattoir pour trois mois. Les pouvoirs publics fixaient alors quatre conditions à sa réouverture: transmission des «modes opératoires normalisés», programmation et description du contrôle interne, transmission du plan de maintenance du matériel d’étourdissement et définition des conditions d’abattage. Le 1er décembre, la préfecture de Savoie a fait paraître un nouvel arrêté levant temporairement la suspension de l’usine et fixant les quatre mêmes conditions pour une réouverture définitive. «Le préfet fait fi de ses propres mesures», résume L214, estimant que les «dysfonctionnements» n’ont «pas été résolus par l’abatteur». À la veille des fêtes de fin d’année, «tout porte à penser que ce sont les intérêts économiques de quelques-uns qui ont suscité cette réouverture précipitée», avance son cofondateur Sébastien Arsac, cité dans le communiqué.
Pommes de terre : Philippe Quennemet, nouveau président du GIPT (interprofession)
Le Conseil d’administration du Groupement interprofessionnel de la valorisation de la pomme de terre (GIPT) a élu le 6 décembre Philippe Quennemet comme président pour un mandat de deux ans renouvelable. Il succède à Arnaud Delacour qui occupait cette fonction depuis 2021. Âgé de 45 ans et responsable approvisionnement en pommes de terre des usines du groupe Altho, Quennemet est administrateur du GIPT depuis huit ans au titre de la Fédération des transformateurs de pommes de terre (FNTPT) dont il a été le président depuis 2020. Par ailleurs, il représente les transformateurs de pommes de terre au sein de la section Pomme de Terre de Semae depuis plus de 15 ans. «Dans un monde qui évolue constamment et rapidement, nous devrons être réactifs pour conforter la place de nos entreprises en Europe et accueillir de nouvelles entreprises sur notre territoire», a déclaré le nouveau président du GIPT à la suite de son élection.