Serres chauffées bio: cinq ans de plus pour passer en énergies renouvelables
Conformément à la demande de Felcoop (coopératives de fruits et légumes) et Légumes de France (producteurs, FNSEA), le Comité national Agriculture bio (Cnab) de l’Inao a accordé, le 11 juillet, un délai de cinq ans aux agriculteurs bio pour faire passer leurs serres en énergies renouvelables. La nouvelle réglementation de l’Inao prévoyait qu’à partir de janvier 2025, toutes les serres chauffées en conversion ou certifiées AB avant janvier 2020, devraient utiliser des énergies renouvelables – une obligation qui échoit déjà aux serres nouvelles ou entrées en certification après cette date. Le délai est repoussé à 2030. Une trentaine de producteurs seraient concernés, selon la Fnab (agriculteurs bio), qui «déplore que les 5 années qui se sont écoulées n'aient pas véritablement été mises à profit par les opérateurs pour s'affranchir des énergies fossile». Le syndicat bio a «déposé une motion qui vise à faire un point d’étape annuel». Un point d'étape sera fait en 2027, indique un professionnel. Au printemps, Felcoop et Légumes de France avaient indiqué qu'elles porteraient le dossier devant le Conseil d'Etat si elles n'étaient pas entendues par le Cnab. Lors de la validation par le Conseil d’État d'une première requête, l'an passé, concernant les dates de commercialisation, Felcoop et Légumes de France avaient souligné «les capacités d’investissement très affaiblies dans du chauffage en énergies renouvelables» de la filière.
Loups: l’abattage n’est possible qu’en cas de conservation favorable (CJUE)
Une dérogation à l’interdiction de la chasse au loup pour prévenir des dommages économiques ne peut être octroyée que si la population des loups se trouve dans un état de conservation favorable, ce qui n’est pas le cas en Autriche, conclut, dans un arrêt du 11 juillet, la Cour de justice de l’UE (CJUE). Plusieurs organisations de protection animale et de l’environnement contestaient le fait que le gouvernement du Land du Tyrol (Autriche) ait autorisé temporairement l’abattage d’un loup soupçonné d’avoir tué une vingtaine de moutons dans des pâturages. La CJUE précise les conditions dans lesquelles ce type de dérogation peut être accordée en vue de prévenir des dommages, par exemple à l’élevage. Premièrement, la population des loups doit se trouver dans un état de conservation favorable tant au niveau local, que national mais aussi transfrontalier. Et la dérogation ne doit pas nuire au maintien de l’état de conservation favorable, à aucun de ces trois niveaux. Autre condition: les dommages causés doivent, au moins en grande partie, être imputables au spécimen visé par la dérogation. Enfin, cette dérogation à la directive Habitats présuppose l’absence d’une autre solution satisfaisante permettant d’atteindre les mêmes objectifs (par exemple des mesures de protection des alpages).
Pac: les simplifications sur les photos géolocalisées adoptées
Les États membres ont donné, le 11 juillet, leur feu vert à la proposition de la Commission européenne visant à simplifier les règles applicables aux photos géolocalisées que les agriculteurs doivent joindre à leurs déclarations Pac. Cette obligation a été introduite dans le cadre de la nouvelle Pac afin d’éviter les visites sur le terrain aux agriculteurs et réduire les coûts pour les administrations nationales. Mais, elle a été perçue comme complexe à mettre en œuvre et a fait l’objet de nombreuses critiques lors des manifestations agricoles du printemps. Bruxelles avait donc proposé début juin des flexibilités. Il ne sera désormais plus obligatoire de donner la priorité à ces photos «par rapport à d’autres données ayant une valeur au moins équivalente» pour évaluer les conditions d’éligibilité des parcelles agricoles aux aides européennes durant la période de programmation des plans stratégiques.
Moisson 2024 : l'Ouest très touché, «encore pire que 2016» à la Cavac (85)
«C’est la cata, encore pire que 2016». Christophe Vinet, directeur des productions végétales pour la Cavac ne mâche pas ses mots. Alors que 50% des hectares de blé tendre n’ont pas pu être semés, les premiers tours de moissonneuses livrent un bilan très décevant. «Les rendements sont attendus en baisse de 30 à 50%, confirme-t-il. Les argilo-calcaires s’en sortent un peu mieux mais dès que nous sommes dans des terres limoneuses, un peu argileuses ou sensibles à l’hydromorphie, les quintaux ne sont pas au rendez-vous. Le bilan est le même pour les colzas et les orges qui, eux, sont désormais tous récoltés. Nous espérons que le bilan des blés et orges semés au printemps sera un peu meilleur.» Alors que la moisson des blés durs n’a pas encore commencé, du fait d’implantations exceptionnellement tardives à cause des pluies quasi incessantes, les chantiers pour les blés tendres affichent déjà au moins 15 jours de retard. Du côté de la qualité aussi, l’inquiétude est palpable. «Les premiers PS mesurés sont faibles, tout comme les taux de protéines. En revanche, malgré la présence de fusariose, nous n’avons pas encore repéré de mycotoxines.» Certaine de ne pas pouvoir honorer tous ses engagements, la coopérative vendéenne avait, dès le mois de décembre, anticipé auprès de ses clients. «Nous avons reporté le double du volume de blé pour cette année, histoire d’équilibrer les tonnages sur deux ans», confie Christophe Vinet.
Moisson 2024 : en Charente-Maritime, qualité également incertaine pour les blés
A l'instar de la Cavac, c'est une grande partie de la côte Atlantique qui subit les plus fortes contre-performances cette année, de Loire-Atlantique, jusqu'en Gironde, s'enfonçant jusqu'en Creuse. En Charente-Maritime, on s'inquiète à la fois pour les rendements et la qualité. «En orge, les rendements sont bien inférieurs à ce que l’on attendait: pas plus de 60 q/ha de moyenne, avec un écart de 30 à 85 q/ha selon les zones. Déception également à la pesée pour les premiers blés récoltés mais pour l’heure, la qualité semble correcte», indique Christian Cordonnier, directeur général de Terre Atlantique (17). Un premier bilan moins optimiste à la Minoterie de Courçon (17) où son directeur, Christophe de Hercé, explique que les pluies ne cessent de stopper les chantiers: «Nous sommes arrêtés tous les deux jours avec, pour conséquence, une baisse des PS. Les taux de protéines pâtissent quant à elles d’une moindre absorption de l’azote due au lessivage. Certains blés semblent déjà avoir " travaillés" : un phénomène illustré par une baisse du temps du chute de Hagberg.» Un contexte qui pourrait compliquer le travail des meuniers. «100 % de nos blés, soit 8000 t, sont destinés à la meunerie, poursuit-il. Si nous n’avons pas les qualités requises (au moins 76 de PS, 11 de protéines, et 220 s de temps de chute de Hagberg), il faudra aller en chercher ailleurs!»
Céréales : Kiev annonce la saisie d’un cargo suspecté d’avoir transporté des céréales depuis la Crimée
Le 11 juillet, les autorités ukrainiennes ont annoncé avoir saisi un cargo battant pavillon camerounais, accusé d’avoir transporté des céréales, récoltées en Ukraine, en provenance de Crimée. Son capitaine azéri est accusé d’avoir enfreint la loi ukrainienne prohibant l’entrée et la sortie de navires, des territoires ukrainiens occupés par la Russie. L’équipage était composé de douze hommes non ukrainiens. Selon le bureau du procureur général d’Ukraine, le navire baptisé Usko MFU, est entré «à deux reprises au moins» dans le port de Sébastopol après avoir désactivé son système AIS permettant de le suivre. «La première fois, en novembre 2023, le navire était reparti chargé de 3000 tonnes de produits agricoles pour le compte d’une entreprise turque», ajoute le bureau. La seconde fois a eu lieu fin mai 2024. L’Usko MFU est entré dans le port de Sébastopol où il a, toujours d’après les autorités ukrainiennes, déchargé des marchandises en provenance de Turquie. Il était rentré dans un port de Moldavie alors qu’il avait indiqué Istanbul comme destination. Il a alors été arraisonné (dans les eaux ukrainiennes ou roumaines selon des sources divergentes) alors qu’il se dirigeait vers la mer Noire, chargé d’orge à destination du port de Souda, en Grèce.
Législatives: la CR sortira «les fourches» si EELV ou LFI entrent au gouvernement
La Coordination rurale a menacé de sortir «les fourches» en cas d'entrée au gouvernement des écologistes ou des insoumis, lors d'une démonstration de force le 11 juillet à l'occasion du passage du Tour de France en Lot-et-Garonne. Le président de la chambre d'agriculture locale, Serge Bousquet-Cassagne, s'est dit, «à titre personnel», «très déçu du résultats des élections». «L'horreur absolue pour nous serait d'avoir au gouvernement Marine Tondelier ou un autre +tocard+ ministre de l'Ecologie ou de l'Agriculture», a déclaré cette figure historique du syndicat. «Ils ne nous passeront pas sur le corps, il faudra non pas ressortir les tracteurs mais les fourches, a ajouté M. Bousquet-Cassagne, coutumier des actions coup de poing et multi-condamné. Le programme agricole de la France insoumise, c'est l'assassinat pur et simple de l'agriculture française. On ne se laissera pas crever comme ça.» «On aurait préféré que le Rassemblement national soit au pouvoir, on les a jamais essayés», a poursuivi le dirigeant syndical, qui avait annoncé le mois dernier vouloir voter RN aux législatives. Mais au vu de la situation, «on préfère Attal, pour une raison simple: il a peur de nous», a-t-il ajouté. À ses côtés, la dirigeante nationale de la CR Véronique Le Floc'h, a déploré «un abandon total de l'agriculture» de la part du pouvoir politique. Elle considère que la CR47 est «un moteur» pour les agriculteurs de toute la France afin de «repartir demain au combat».
Législatives : élu à la tête des députés Modem, Fesneau encore ministre, «pour l'instant»
Le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, a été élu le 10 juillet à la tête du groupe des députés MoDem à l’Assemblée, rapporte le quotidien Le Monde. A l'occasion d'un point presse, Marc Fesneau a dit vouloir contribuer à un «rassemblement pour gouverner le pays», excluant le Rassemblement national et La France insoumise. Interrogé sur son avenir au gouvernement, M. Fesneau a dit être «pour l’instant (…) encore ministre », sans être « sûr que ce soit une vocation qui soit appelée à durer», rapporte que le quotidien national. Selon France Info, les ministres ont un délai d'un mois, jusqu'au 8 août, pour choisir entre ministre et député: «Si jamais à ce moment-là le gouvernement n'était toujours pas démissionnaire, les suppléants des ministres prendraient leurs postes à l'Assemblée nationale, un mois plus tard, début septembre.»
Elections chambres: la Conf' enjoint Fesneau de publier le décret fixant les règles du scrutin
La Confédération paysanne «s'inquiète», dans un communiqué paru le 11 juillet, du «retard pris par le ministère de l'Agriculture dans l’organisation des prochaines élections professionnelles de janvier 2025.» Le décret qui détermine les conditions d'organisation du scrutin, ainsi que les conséquences des résultats sur le financement des syndicats agricole, n'a pas encore été publié. À l'occasion d'une conférence de presse le 27 juin, le président de Chambres d'agriculture France, Sébastien Windsor, avait indiqué que le gouvernement devait faire paraître les textes réglementaires relatifs aux élections des chambres d'agriculture avant les législatives, au risque de problèmes juridiques. «Il faut au moins six mois de délai de prévenance», a-t-il indiqué, en vue d'un scrutin prévu le 31 janvier. L'affichage par les préfets des listes électorales révisées doit notamment être réalisé avant le 22 juillet. La Conf' pointe du doigt «la situation politique engendrée par la décision d’E. Macron de dissoudre l’Assemblée nationale», qui selon elle «menace l'organisation et la bonne tenue de ces élections». Le syndicat estime ainsi que les agriculteurs sont «les victimes collatérales de manœuvres politiciennes».
Energies renouvelables : la France maintient ses objectifs en matière de développement
La France a transmis son Plan national intégré énergie-climat (Pniec) à la Commission européenne, qui l’a publié le 10 juillet. Dans cette version actualisée, le pays ne rehausse pas ses ambitions en matière de développement des énergies renouvelables, invoquant l'origine majoritairement décarbonée de son énergie, grâce au nucléaire. Pour rappel, Paris s’était fait épingler par l’Institution européenne en décembre dernier après avoir envoyé une première version du Pniec fixant un objectif de 33 % de renouvelables d'ici 2030 au lieu des 44% exigés par une directive de 2018. En observant les mêmes cibles de développement des énergies renouvelables, la France prend donc le risque d'une procédure de sanctions par la Commission. Mais, profitant d'un retour en grâce du nucléaire, elle espère rallier des Etats autour de son action pour remplacer les objectifs de renouvelables par des objectifs de décarbonation. Ce Pniec français n’est toutefois pas définitif puisqu’il compile trois documents nationaux de programmation et de gouvernance sur l’énergie et le climat devant encore être mis en consultation publique : la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), la troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC-3) et le troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3). Mais le calendrier est désormais suspendu aux tractations politiques post-législatives.
Climat : besoin de doubler les efforts mondiaux de R&D pour adapter l'agriculture (étude)
Dans un rapport publié le 9 juillet, le ministère américain de l’Agriculture (USDA) estime que seuls des investissements supplémentaires en R&D permettront de compenser les effets délétères du changement climatique sur la production agricole de quatre cultures majeures : le blé, le maïs, le riz et le soja. Dans un scénario sans augmentation de la R&D (1402 Mrd$ sur la période 2020-2040), le déficit de production desdites cultures ne permettrait pas de répondre à la demande mondiale, dans l'hypothèse où la consommation de viande grimperait de 28,8% et l'usage en biocarburant resterait stable. Pour «nourrir le monde», le rapport situe le montant des dépenses en R&D nécessaire entre 2 276 et 2 604 Mrd$ pour la période 2020-2040, précise Jayson Beckman, économiste au sein de l’USDA, à Agra presse. Les chercheurs se sont appuyés sur des projections de rendements soumis à plusieurs scénarios d'émissions de gaz à effet de serre, et des évolutions de productivité totale des facteurs selon quatre niveaux d’investissements en R&D. Pour rappel, les climatologues prédisent un avenir marqué par des températures plus élevées, une aridité accrue et des épisodes météorologiques extrêmes plus fréquents. Autant d’événements qui auront des conséquences sur les rendements agricoles, fortement dépendants du climat, précise le rapport de l’USDA. Parallèlement, la population mondiale, qui s'élève actuellement à 7,6 milliards, devrait atteindre 9,8 milliards en 2050 et 11,2 milliards en 2100, selon l’ONU.
Start-up: rebond des investissements début 2024 dans l'agtech/foodtech, selon DigitalFoodLab
Porc : la campagne de prévention de la PPA lancée, les audits en élevage toujours attendus
Alors que le ministère de l'Agriculture a renouvelé, début juillet, la campagne de communication (à destination de tous les acteurs) pour protéger le territoire de la peste porcine africaine (PPA), la filière porcine attend toujours les audits en élevages prévus par le Plan de prévention contre cette épizootie - réaménagé à la fin 2023. La campagne adresse des messages spécifiques aux transporteurs internationaux, aux travailleurs saisonniers, aux randonneurs, vacanciers et supporters des JO, s’agissant de la France métropolitaine, selon un communiqué de presse diffusé le 1er juillet. En matière d’audits, l’interprofession Inaporc attend deux interventions: d’une part les audits en élevage dont le financement est prévu. «Une enveloppe de 2 millions d’euros est débloquée pour mener des audits chez des éleveurs et former des auditeurs», rappelle la responsable sanitaire d’Inaporc, Mylène Petit. «On aurait espéré des audits dès cet été mais ce serait plutôt vers la fin de l’année», suppose-t-elle. D’autre part, Inaporc souhaite toujours des audits obligatoires. Ce qui nécessite, explique-t-elle, un accord interprofessionnel étendu et l’accord de la DGCCRF et du ministère. «Les travaux sont en cours».
Konjac : la production se développe en Anjou, projet de plats cuisinés dans les tuyaux
France Konjac, fondée par Nhung Nguyen-Deroche et située en Maine-et-Loire, qui développe en France, la production de cette racine originaire de l’Asie du Sud-Est, estime récolter une trentaine de tonnes de la tubercule en 2024, a appris Agra Presse. La production concerne deux hectares sous serre sur l’exploitation de Saint-Jean-de-Linières, non loin d’Angers. Docteur en biologie végétale, Nhung Nguyen-Deroche a développé une variété hybride adaptée au terroir français. France Konjac est aussi présente dans la transformation à partir d’un atelier à Bécon-les-Granits : pour l’heure, en attendant des volumes conséquents, la société produit des nouilles de Konjac, à partir de farine importée du Japon. En 2023, elle a validé un process de transformation permettant d’utiliser sa propre production tout en réduisant l’énergie pour les sécher; un autre projet en développement cette année concerne la fabrication de plats cuisinés en partenariat avec un transformateur régional. Le konjac est un produit à multiples usages : alimentaire (nouilles), nutrition (gélules coupe-faim), cosmétique (éponges). La France importe près d’un millier de tonnes de konjac déjà transformé par an.
Agenda de la semaine agricole du 15 juillet 2024
Lundi 15 juillet
Conseil des ministres de l'Agriculture de l'UE (programme de travail, commerce, zones rurales, viande cellulaire)
Mardi 16 juillet (jusqu'au 19)
Séance plénière constitutive du Parlement européen (élections des présidentes du Parlement et de la Commission européenne)
Jeudi 18 juillet
Ouverture de la 17e législature du Parlement français
Samedi 20 juillet
Élections des présidents de commission à l'Assemblée nationale