Agrafil du 13 avril 2022

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Ruminants: Allice (génétique) et FCEL (conseil) fusionnent pour devenir Eliance

Réunies en assemblée générale le 12 avril, l’Union des coopératives de sélection génétique et de reproduction des ruminants (Allice) et la fédération de conseil en élevage France Conseil Élevage (FCEL) ont acté leur fusion sous une nouvelle entité baptisée Eliance. L’ex-président de FCEL (ex-contrôles laitiers) Dominique Davy est élu à la présidence et l’ex-président d’Allice Bernard Malabirade est élu premier vice-président avec délégation de la présidence. Les 126 entreprises rassemblées au sein d’Eliance représentent 500 M€ de chiffre d’affaires et 90% des inséminations réalisées en France. «Un éleveur sur deux fera appel aux entreprises de notre fédération», résume Dominique Davy. «Notre objectif est d’unir nos forces et de rassembler nos métiers pour être encore plus responsables et plus compétitifs demain.» Les actions d’Eliance se concentreront sur cinq axes: «contribuer aux politiques publiques et collectives, tant au niveau national qu’international»; «proposer aux adhérents des services et des outils innovants»; «développer une activité R&D proactive»; «augmenter le potentiel de responsabilité économique et social des entreprises»; et «développer l’attractivité du réseau et des métiers de la génétique, de la reproduction, du conseil en élevage».

Conseil : Trame intègre trois associations régionales de magasins de producteurs

Le réseau national d'associations de conseil et de développement agricole Trame a intégré en 2021 trois associations régionales de magasins de producteurs (AMPF Hauts de France, Réseau des magasins de producteurs Paca et Boutiques paysanne région Occitanie), a-t-on appris lors de son assemblée générale le 12 avril. À elles trois, ces associations fédèreraient une cinquantaine de magasins, approvisionnés par environ 1200 fermes. Chez Trame, elles rejoignent cinq associations nationales : la FNGeda, le Cemes-Cesam, et les associations des agriculteurs-méthaniseurs de France, des salariés agricoles, des agriculteurs composteurs de France. «Des collectifs sont partis, d'autres nous rejoignent», a retracé Pascale Croc, la vice-présidente de Trame, qui fête ses 31 ans d'existence. L'agricultrice faisait notamment allusion au récent départ de l'association Apad (agriculture de conservation). Après avoir rejoint le réseau national il y a cinq ans «pour se structurer», l'Apad l'a quitté il y a deux ans, tout en entretenant des collaborations, assure-t-on chez Trame. L'assemblée générale était marquée par l'intervention de la philosophe Gabrielle Halpern, qui a notamment mis en avant la diversification des ateliers comme «facteur d'attractivité» auprès des nouvelles générations, à la recherche selon elles d'activités diversifiées et non spécialisées.

Grandes cultures : des semis à la hausse en orge, à la baisse en pois et betterave

Le service statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste) a publié le 12 avril ses premières estimations de semis de printemps, montrant une hausse en orge, une baisse en protéagineux et betterave, une stabilité en pomme de terre. Tous types confondus, «les surfaces d’orges progressent de 4,3 % sur un an, atteignant 1,8 Mha en 2022 : la hausse concerne aussi bien les orges de printemps (+4,1 %) que les orges d’hiver (+4,4 %). Sur un an, elles diminuent uniquement en Paca et Occitanie», selon une note. Les surfaces de betteraves industrielles marquent une nouvelle baisse à 396 000 ha (-1,5 %), soit un net décrochage par rapport à la moyenne quinquennale (-11,6 %). Agreste annonce côté protéagineux 303 000 ha, une baisse de 8,2 % par rapport à 2021 mais une hausse de 6,7 % par rapport à la moyenne 2017-21. Les pommes de terre de conservation et demi-saison ressortent quasi-stables à 152 000 ha (+0,2 % sur un an).

Eau : la situation des nappes s’est «rapidement dégradée», alerte le BRGM

Les eaux souterraines sont «à surveiller», a indiqué le 12 avril le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières): «En février et mars 2022, la situation s’est rapidement dégradée et les pluies insuffisantes ont fortement impacté l’état des nappes». «La recharge aura été très courte (novembre à janvier) et modeste sur la plupart des nappes», explique le BRGM, dans son dernier bulletin de situation hydrogéologique au 1er avril. Et d’avertir que cela «laisse présager des situations tendues dès le printemps.» La situation des nappes phréatiques est «particulièrement préoccupante sur les nappes entre Vendée, Périgord et Maine ainsi que sur les nappes de Provence et de la Côte d’Azur», d’après le bulletin. Le BRGM souligne en outre les prévisions de Météo-France «guère optimistes» pour les eaux souterraines: «sur les mois d’avril à juin 2022, les scénarios plus chauds et plus secs que les normales sont les plus probables».

Sécurité alimentaire : Paris souhaite finaliser l’initiative Farm d’ici la fin juin

Réunis à Rome dans les bureaux du Pam (programme alimentaire mondial) pour répondre aux enjeux de la sécurité alimentaire liés à la guerre en Ukraine, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, accompagné par le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a indiqué le 12 avril  lors d’un point presse, qu’«il y avait autour de l’initiative Farm (lancée par le président français Emmanuel Macron lors des sommets du G7 et du Conseil européen du 24 mars) un accord de partenariat bien identifié avec l’ensemble des acteurs tels que le Pam, la FAO ou encore le Fida pour aboutir à un dispositif de mobilisation ». Avant de préciser que «l’objectif est de finaliser le mécanisme de coordination d’ici le mois de juin, avant la fin de la présidence française du Conseil de l’UE pour être opérationnel le plus rapidement possible». Les prochaines semaines serviront, a-t-il également expliqué «à trouver les meilleures solutions possibles pour à la fois fournir les quantités suffisantes aux pays les plus vulnérables avec des prix acceptables tout en ne perturbant pas le marché international des céréales, du blé en particulier».

Biocarburants: les Etats-Unis vont accorder une dérogation à l'E15 pour limiter l'inflation

Pour lutter contre la hausse des prix du carburant dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le président des Etats-Unis Joe Biden devait annoncer le 12 avril, lors d’un déplacement dans l'Iowa, une dérogation d'urgence à l'interdiction habituelle durant d’été de commercialiser de l’E15, mélange d’essence contenant 15% de bioéthanol. Aux Etats-Unis, la vente de cet E15 est normalement interdite de juin à mi-septembre en raison de son impact sur la qualité de l'air. «Aux prix actuels, l'E15 peut faire économiser à une famille 10 cents par gallon d'essence en moyenne», assure la Maison Blanche dans un communiqué. D’autres mesures visant à stimuler le recours aux biocarburants dans l’aviation et à élargir l'utilisation du colza dans le biodiesel devaient également été lancées. Dans une tribune publiée le 31 mars sur le site du quotidien Le Monde (article payant) au sujet des conséquences de la guerre en Ukraine sur la sécurité alimentaire mondiale, 760 chercheurs français plaidaient pour des politiques visant à réduire les productions animales et les agrocarburants basés sur l’utilisation de céréales et d’oléagineux».

Equarrissage: tension dans le Cantal après l'attribution d'un marché à l'allemand Saria

Selon la presse locale, la Sopa, une société d'équarrissage du Cantal, est «menacée de fermeture», après avoir perdu un marché d'enlèvement des animaux trouvés morts (ATM) au profit de la Secanim, filiale française du groupe allemand Saria. «La décision de lui retirer son principal marché de collecte remet en cause la continuité des services auprès du monde agricole et des collectivités», regrette la FNSEA dans un communiqué paru le 12 avril. Et d'appeler «au maintien d'entreprises d'équarrissage réparties sur l'ensemble des territoires». La société Sopa est co-détenue par «la profession agricole» et le groupe Saria, qui aurait proposé à la suite de l'obtention du marché de le faire sous-traiter par la Sopa. «Ca n’est pas possible, ça met la Sopa par terre», a témoigné Jean-Pierre Chateau, président de la Sopa, auprès de France Bleu, selon qui une procédure judiciaire s’est engagée entre la Sopa et Saria. Une situation que regrette Hervé Fumery, porte-parole de la filiale de Saria, interrogé par France Bleu: « Sopa s’est enfermée dans une situation de non-droit et continue à collecter sans avoir de contrat, fait signer des papiers à des éleveurs».

Elevage: la Conf' critique aussi le projet de directive sur les émissions industrielles

Après Julien Denormandie, la FNSEA et plusieurs de ses associations spécialisées animales, c'est la Confédération paysanne qui «dénonce vivement» le projet de révision de la directive IED sur les émissions industrielles présentée par Bruxelles le 5 avril. Ce projet vise à appliquer aux élevages de plus de 150 UGB (unités gros bovins) cette réglementation visant à réduire les émissions de méthane et d'ammoniac. Selon la Confédération paysanne, ce texte «viserait la grande majorité des élevages bovins français, y compris paysans, pénalisant ainsi très fortement les systèmes herbagers aux vertus pourtant reconnues !» Et de dénoncer «une coûteuse procédure d'autorisation et d'enquête publique, sur la seule base de leurs émissions de méthane et d'ammoniac, sans aucune considération pour leurs bénéfices sur la biodiversité, l'aménagement du territoire, l'économie locale ou la captation de carbone par les haies et les prairies.» Le projet de Bruxelles «ne tient pas compte de la réalité de nos élevages», avait lancé de son côté le ministre français de l'Agriculture, Julien Denormandie, dans un tweet du 5 avril. Autre grief de la Confédération paysanne, «que ni le ministre de l’Agriculture ni la FNSEA n’ont dénoncé»: le texte pourrait «alléger le régime d’autorisation existant pour les unités de production industrielles porcines et avicoles.»

Egalim 2: les sénateurs constatent un «travestissement» de l'esprit de la loi

Dans un rapport d’information verbal, adopté le 30 mars par la commission des Affaires économiques au Sénat, la sénatrice Anne-Catherine Loisier (Union centriste, Côte-d’Or) - rapporteure de la loi Egalim 2 - a rappelé l’intention du législateur sur l’application de l’article 7 de la loi relatif aux pénalités logistiques. Il en ressort que des pratiques interdites persistent et que, dans les contrats conclus lors des négociations commerciales, les interprétations de la loi par la grande distribution «ont pu être volontairement provocatrices, ce qui a abouti à un travestissement, voire à une méconnaissance claire de l’intention du législateur», a signalé en préambule la présidente de la commission, Sophie Primas (LR, Yvellines). Pour tenter d’«échapper au cadre législatif», certains distributeurs utilisent les termes «d’indemnités» ou de «pénalités», développe-t-elle. D’autres persisteraient à déduire d’office les pénalités du montant de la facture du fournisseur, une pratique interdite, ou manqueraient de précision pour justifier leur application. Anne-Catherine Loisier rappelle que «les pénalités doivent être plafonnées en fonction des volumes du contrat et proportionnées au préjudice subi» et qu’il revient au distributeur d’apporter la preuve du préjudice qui doit être «évalué et constaté».

Environnement: Solagro évalue le solde commercial de la France en hectares

Dans un rapport paru ce 12 avril, le cabinet d’étude Solagro traduit les flux commerciaux agricoles français en termes de surfaces importées et exportées. En moyenne sur la période 2010-2016, la France serait exportatrice nette de 2,7 Mha pour l’ensemble des produits agricoles hors bois, soit 9% de sa surface agricole utile. «Tout comme le solde net commercial, ce solde positif cache l’équivalent de 12,7 millions d’ha exportés et 10 millions d’ha importés », précisent les agronomes. Dans le détail, le soja (-1,2 Mha), le cacao (-473 000 ha) la viande ovine (-422 000 ha) posséderaient les bilans nets les plus déficitaires. À l’inverse, la France serait exportatrice nette de 2,5 Mha de blé, de 1,1 Mha d’orge, ainsi que de 864 000 ha de produits laitiers. Pour le blé et le lait, le bilan se décomposerait respectivement en 3,1 et 1,5 Mha d’ha exportés, contre 376 000 et 671 000 ha importés. Dans une autre partie de l’étude, Solagro estime par ailleurs que «l’empreinte alimentaire d’un Français, soit la surface agricole nécessaire pour produire son alimentation, s’établit à 3760 m2/an/hab», pour la période 2010-2016, dont 38% d’importations. La part d’importation de cette empreinte, souligne le bureau d’études, pourrait être diminuée en réduisant les consommations de soja et de viande, mais également en relocalisant les productions d’oléagineux ou de fruits et légumes.

Banque : vers un encadrement des promesses « vertes » de la finance

Face à la multiplication des promesses «vertes» du secteur de la finance, la Science-Based Targets initiative (SBTi), un consortium international de référence qui valide des objectifs climat, propose dans un communiqué du 12 avril de les encadrer pour les transformer en «objectifs et en actions solides». Plus de 450 banques, assurances et gestionnaires d’actifs dont Crédit Agricole, Allianz ou HSBC se sont notamment engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 à travers la «Glasgow Financial Alliance for Net Zero» (Gfanz), mais le secteur manque de «principes cohérents, de définitions, d’indicateurs et de stratégies efficaces éprouvées», pointe le consortium. «Les institutions financières sont des acteurs essentiels dans la réduction des émissions […] par le biais d’investissements et d’activités de prêts», relève Luiz Fernando do Amaral, directeur général du SBTi. Le SBTi préconise notamment que les objectifs fixés par le secteur financier couvrent toutes leurs activités opérationnelles (souvent qualifiés de «scope 1 et 2» par les organismes spécialisés) et de financement, en comprenant les émissions des entreprises figurant dans leurs portefeuilles («scope 3»). Autre principe: les émissions résiduelles devront être neutralisées grâce au financement d’activités qui retirent de façon permanente une quantité équivalente de carbone atmosphérique, ajoute le consortium.

Méthanisation: Axa XL confirme avoir mis «en pause» son assurance recours

Questionné par Agra presse, l'assureur Axa XL confirme avoir mis «en pause», dans le domaine des énergies renouvelables, son activité d'assurance contre les recours visant les autorisations administratives (permis de construire, ICPE...), aussi appelée assurance titres. «Suite à une récente analyse de son portefeuille, Axa XL a décidé - comme d’autres acteurs auparavant - de mettre en pause l’activité d’assurance de titres pour les acteurs de l’énergie renouvelable, afin de voir comment va évoluer la réglementation dans ce domaine», explique Axa XL dans un courrier électronique. Problème, Axa XL était jusqu'ici l'unique assureur proposant de l'assurance contre les recours sur le marché français de la méthanisation, rapportaient plusieurs opérateurs du secteur le 6 avril. Et ce «moratoire» bloque l'avancée de nombreux projets de méthanisation partout en France, le plus souvent de taille importante. Pour combler ce manque, une société d'expert-conseil en assurance qui souhaite pour l'instant rester anonyme est «en cours de finalisation» d'une étude visant à développer une offre alternative. Courante dans les secteurs de l'éolien et du photovoltaïque, l'assurance contre les recours se développe depuis quelques années dans le secteur du biogaz, face à la multiplication des attaques en justice de riverains.

Semences: Corteva ouvre près de Toulouse son centre européen de recherche en enrobage

Corteva Agriscience a inauguré ce 12 avril à Aussonne en Haute-Garonne, son premier Centre de technologies d’application de traitement des semences (CSAT) en Europe. Après les États-Unis en 2015 et le Brésil en 2019, ce nouveau CSAT est le troisième construit par le groupe. D’une surface de 1 300 m2, le centre a nécessité 18 mois de travaux et 6 M€ d’investissement. Centre névralgique de la R&D en Europe, il aura pour mission de concevoir des « recettes » d’enrobage, selon les termes de la directrice du centre Nilceli Fernandes, répondant aux demandes des clients européens (sur maïs, tournesol et soja en majorité), mais également de les tester et de passer à l’échelle de production industrielle. Nouveau sur le segment de l’enrobage, Corteva Agriscience souhaite se positionner comme un acteur majeur de l’agriculture durable. Il prévoit ainsi dans son nouveau CSAT de développer des solutions d’enrobage utilisant biostimulants et solutions de biocontrôle. «Le marché mondial de l’enrobage représente actuellement un montant de 5 à 6 Mds$, et il pourrait atteindre les 10 Md$ dans les prochaines années», estime Prabdeep Bajwa, directeur de portefeuille au sein du groupe. Corteva Agriscience est valorisé à 40 Mds€ à la bourse de New-York.