Agrafil du 16 avril 2025

hero

Taxes américaines : Bruxelles confirme l’exclusion des normes sanitaires des discussions

« Pour parvenir à un accord, un effort conjoint important sera nécessaire de la part des deux parties », a déclaré le 15 avril le commissaire européen au Commerce Maros Sefcovic à l’issue de sa rencontre avec ses homologues américains, évoquant la possibilité de mener des « travaux sur les barrières non tarifaires ». Mais une chose est sûre du côté du Vieux continent : ses normes sanitaires et agroalimentaires de qualité sont une « ligne rouge », comme l’a rappelé, le 15 avril en conférence de presse, Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne en charge du commerce international. Et d’ajouter : « Cela ne fait pas partie de la négociation ». Après la suspension pour 90 jours des contre-mesures en réponse aux surtaxes annoncées par les États-Unis (adoptée le 14 avril), l’objectif de la visite du Slovaque à Washington (États-Unis) était de mener un exercice de cadrage avec le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, et le représentant au Commerce, Jamieson Greer, en vue d'entamer des négociations plus formelles. À présent, les discussions vont se poursuivre au niveau technique. « Nous ne sommes qu’au deuxième jour de notre fenêtre de 90 jours, donc un peu de patience », a indiqué Olof Gill.

Taxes américaines : Trump instaure un droit de 21 % sur les tomates mexicaines

L’administration américaine de Donald Trump a annoncé, le 14 avril, son retrait sous 90 jours d’un accord avec le Mexique datant de 2019 et suspendant une enquête antidumping sur les tomates fraîches. Principale conséquence de ce retrait : la fin des importations de tomates mexicaines sans droits de douane et l’imposition, à compter du 14 juillet, d’une taxe de 20,91 %. « L'accord actuel n'a pas réussi à protéger les producteurs de tomates américains contre les importations mexicaines à des prix déloyaux », précise l’Agence américaine du commerce internationale (ITA). Et d’ajouter que « cette mesure permettra aux producteurs de tomates américains de se livrer à une concurrence loyale sur le marché ». De son côté, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum s’est montrée optimiste quant à une solution négociée. Elle précise, en outre, que « même si cette sanction était appliquée, les tomates mexicaines continueraient d'être exportées vers les États-Unis, car il n'existe pas de substitut ». Selon la Banque mondiale, le Mexique a exporté en 2023 1,8 Mt de tomates aux États-Unis, pour une valeur de 2,4 Md€. Elles représentent entre 76 % et 98 % des différents types de tomates importés par les États-Unis.

Syndicats : la FNSEA présentera un « recalcul de la cotisation » à son congrès 2026

Dans le cadre de son projet de « transformation », la FNSEA compte faire aboutir un premier chantier, celui du « recalcul de la cotisation », lors de son congrès 2026 à Caen (Calvados), a indiqué son vice-président Damien Greffin le 15 avril. « Il y a des appels à cotisation très différents selon les territoires et les productions », a-t-il relevé lors d’un échange avec des journalistes, ainsi que des niveaux de cotisation pouvant varier de un à cinq selon les départements. Pour l’élu francilien, ce sujet « va de pair » avec la constitution d’un « socle commun de services » pour l’ensemble des FDSEA, autour de quatre thèmes (droit rural, fiscalité, Pac, services aux employeurs). Le chantier porte aussi sur les flux financiers entre structures du réseau FNSEA, afin de financer des services que pourraient rendre un échelon à un autre. L’idée ? « Passer d’une fédération de fédérations à un réseau de franchisés », résume Damien Greffin. Ce travail sur les cotisations est l’un des six axes du projet « Réseau FNSEA Transformation », lancé en 2024 dans la continuité de FNSEA 2025 (démarré lui en 2019). Un autre axe sur la communication doit aussi aboutir au congrès 2026, avec l’objectif de « s’adresser directement aux agriculteurs » et non plus aux seuls adhérents.

Élections chambres : en Ardèche, la victoire de la Confédération paysanne confirmée (presse)

Le tribunal administratif de Lyon a rejeté, le 1er avril, la requête de la FDSEA de l’Ardèche, qui contestait la victoire de la Confédération paysanne à l’élection de la chambre d’agriculture dans ce département fin janvier. Dans sa décision, consultée par le média Contexte, le tribunal évacue l’ensemble des griefs de la FDSEA : interférences dans la campagne, irrégularités des opérations de vote et de dépouillement, ou encore non prise en compte de certains votes par correspondance. Les juges ont bien constaté – comme dans d'autres départements – des « difficultés de distribution du matériel » électoral, mais celles-ci « n’ont pas été de nature à affecter la sincérité du vote ». Par ailleurs, même si les magistrats confirment des « incohérences » dans le procès-verbal du scrutin, portant sur neuf voix, leur ampleur ne suffit pas à remettre en cause le résultat de l’élection (31 voix d’avance pour la liste de la Confédération paysanne, à 40,54 %). Ailleurs en France, des recours ont été déposés en Guadeloupe, Lozère, Corrèze et Loir-et-Cher ; dans ce dernier département, le président réélu (FDSEA) a récemment annoncé sa démission, ouvrant la porte à une nouvelle élection du bureau.

Pac post-2027 : une conférence des parties pour marquer le début des travaux en France

Annie Genevard a conclu la « conférence des parties » sur la Pac post-2027 le 15 avril, marquant officiellement le début des réflexions en France. Un événement qui n’a été l’occasion d’aucune annonce, car il visait à « faire intervenir des personnes avec des visions différentes », afin notamment « d’enrichir la vision des responsables politiques », a rappelé la ministre de l’Agriculture devant la presse. Mme Genevard a insisté sur quatre points, et en premier lieu sur « la souveraineté et la sécurité alimentaire », argument à ses yeux pour un budget préservé pour la Pac. Un combat qu’elle a qualifié de « difficile » dans son discours de clôture de la conférence, car « d’autres priorités se sont interposées entre temps, en particulier la défense ». Selon elle, la future Pac devra aussi permettre de « chercher la meilleure adaptation de l’agriculture au réchauffement climatique », tout en assurant le renouvellement des générations – et donc le revenu des agriculteurs. Enfin, Annie Genevard a mentionné la « simplification », une « priorité partagée par l’ensemble des acteurs », a-t-elle estimé dans son discours introductif. À ce sujet, la ministre a indiqué qu’elle allait « assister en direct à une déclaration Pac faite par un agriculteur » pour « voir là où ça bloque ».

Bio/communication : soupçonnée de racisme dans un spot TV, Genevard récuse

Le ministère de l’Agriculture (Masa) est intervenu avec des demandes « assez racistes » pour modifier un spot TV de l’Agence bio devant sortir le 22 mai, révèle le quotidien Libération le 15 avril (article payant). Le cabinet de la ministre Annie Genevard a notamment demandé de « remplacer » une scène de « couscous » par une scène de « cassoulet avec canard », et de « choisir un casting caucasien » pour une scène montrant un adolescent qui prépare une mayonnaise. Des changements de dernière minute avant le tournage dont ont eu vent « plus d’une vingtaine d’interlocuteurs représentant le secteur (filières, distributeurs…) », certains s’estimant « mal à l’aise » ou « choquée [par des demandes] assez racistes ». Interrogé, le cabinet d’Annie Genevard s’est justifié en expliquant que le but de la campagne de l’Agence bio, sous tutelle du Masa, est que « tous les Français soient représentés » et que « le ministère n’a pas fait autre chose que de veiller à ce que la diversité des productions biologiques et locales soient également représentées ». « Ce faux débat ne doit pas nous détourner de l’essentiel : soutenir une filière et renforcer la souveraineté alimentaire de la France », conclut la Rue de Varenne.

Grandes cultures : baisse des surfaces en betterave, le pois au plus bas depuis dix ans

Le service de statistique du ministère de l’Agriculture a publié le 15 avril ses premières estimations de surfaces pour la récolte 2025 de betterave sucrière, en baisse à hauteur du « niveau bas de 2023 », et de pois protéagineux qui marque un « point bas décennal ». « Les surfaces cultivées de betteraves industrielles en 2025 sont estimées (à 391 000 ha), en repli de 4,9 % par rapport à 2024, retrouvant ainsi le niveau bas de 2023 », selon une note. « Elles seraient inférieures de près de 3 % à la moyenne 2020-2024. » Ce recul reste « à confirmer », car des surfaces restent à emblaver, précise le ministère. En pois protéagineux, « la baisse des surfaces continue en 2025 (-4,6 %), après le fort recul de 2024 (-19 %) », pour tomber à 159 000 ha. « Avec les fèves et le lupin doux, les surfaces de protéagineux seraient stables sur un an, mais en recul de 13 % sur la moyenne 2020-2024 ; la hausse des surfaces ensemencées en Nouvelle-Aquitaine (+8 % sur un an) compenserait le recul prévu dans les Hauts-de-France (-8 % sur un an) ». Côté pommes de terre de conservation et demi-saison, le ministère table sur 169 000 ha, soit une sole qui « serait en très légère baisse » (-1,4 %) par rapport à 2024, et « resterait nettement supérieure à la moyenne 2020-2024 ».

Fleurs/pesticides : les parents d’Emmy Marivain se pourvoient en cassation (presse)

Les parents d’une fillette décédée d’une leucémie liée à l’exposition aux pesticides de sa mère, alors fleuriste, pendant sa grossesse, se sont pourvus en cassation, indique l'AFP le 15 avril, rapportant une annonce de l’association Phyto-Victimes. Le pourvoi a été déposé le 20 janvier. Outre Laure et François Marivain, les parents de la petite Emmy, deux autres membres de la famille se sont associés à cette démarche. Le 4 décembre, la cour d’appel de Rennes avait rejeté leur demande d’indemnisation de préjudice subi par leur fille, ainsi que la souffrance de son frère, de sa sœur et de sa grand-mère. Elle avait jugé « irrecevables les demandes » des parents « agissant en qualité de représentants légaux de leur fille mineure ». En juillet 2023, la reconnaissance par le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) du lien entre l’exposition aux pesticides et la leucémie avait été actée et une indemnisation de 25 000 euros proposée à chacun des parents au titre du préjudice moral, conformément au barème prévu par la législation. Pour soutenir la famille et couvrir les frais de justice « avoisinant 15 000 euros », l’association Phyto-Victimes a lancé une cagnotte en ligne, a-t-elle encore indiqué à l’AFP.

Tomates d’industrie : en Italie, accord sur les prix pour la campagne 2025

Les représentants de l’industrie de transformation et les organisations de producteurs (OP) de tomates du bassin Centre-Sud de l'Italie sont parvenus à un accord sur les prix pour la campagne 2025, après plusieurs mois de négociations, rapporte l'Anicav (industriels) dans un communiqué de presse le 11 avril. L’accord définit un prix de référence moyen de 147,50 €/t pour les tomates rondes et de 155 €/t pour les tomates longues, avec un supplément de 42,50 €/t pour les tomates biologiques. Selon le site internet spécialisé Tomatonews, ces prix enregistrent une légère baisse par rapport à 2024 en conventionnel (150 €/t pour les rondes et de 160 €/t pour les longues), mais les tomates bio sont revalorisées (30 €/t en 2024). Des modifications importantes ont été apportées aux critères d'évaluation des matières premières, notamment aux paramètres « corps étrangers » et « tomate verte ». Un nouveau système de grilles de qualité et de nouveaux mécanismes de primes ont aussi été mis en place. Les OP signataires ont souligné « l’ambition » de l’accord, sans négliger « l'impératif de reconnaître une juste rémunération au monde agricole, en dépassant les anciens systèmes d'évaluation ». « Le sens des responsabilités a prévalu », s'est félicité de son côté l'Anicav.

Numérique : Bruxelles ouvre un appel à projets de 15 M€ pour le secteur agricole

La Commission européenne a ouvert, le 15 avril et jusqu’au 12 septembre, quatre nouveaux appels à propositions dans le domaine des technologies numériques et de l’intelligence artificielle, d'un montant de 140 millions d'euros (M€), dont 15 M€ spécifiquement consacrés au secteur agroalimentaire. Bruxelles souhaite avec cet appel soutenir un « projet multi-pays » qui serait chargé de « développer et mettre en place une infrastructure numérique permettant l’échange, l’accès et l’analyse des données agroalimentaires à l’échelle européenne » en garantissant leur interopérabilité. Une initiative qui complètera le développement en cours de l'Espace européen commun de données agricoles (CEADS). Grâce aux technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle, la Commission européenne espère que la proposition retenue améliorera le partage et la réutilisation des données afin d'appuyer la prise de décision, de réduire les charges administratives et de favoriser l'émergence de solutions innovantes au sein du secteur.

Élevage/arboriculture/viticulture : la Nouvelle-Aquitaine lance une aide « exceptionnelle »

La région Nouvelle-Aquitaine a lancé le 4 avril le dispositif « Restaure » : une aide forfaitaire exceptionnelle face aux pertes de production dues aux catastrophes climatiques et sanitaires intervenues depuis le 1er janvier 2024. Sont ciblés : les éleveurs ayant subi une infection au titre de la MHE, la FCO, la tuberculose bovine ou la maladie d’Aujeszky, ainsi que les productions apicoles, arboricoles et viticoles touchées par un sinistre reconnu par la commission Codar. « Le règlement européen impose une perte d’au moins 30 % de la production pour accéder à l’aide », précise la Région dans un communiqué. L'appel à projets est ouvert seulement jusqu’au 4 mai « pour respecter les contraintes de calendrier » dans le cadre de la fin de gestion de la programmation Feader 2014-2022, avec « l’ambition de mobiliser 15 M€ de crédits Feader en faveur de filières régionales en difficultés ». Pour la noix, la Région précise que les exploitations éligibles « devront avoir bénéficié de l’indemnisation de solidarité nationale instruite par l’État ou les assureurs pour un minimum de 5 000 € sur l’atelier noix » et qu’elles « recevront une aide forfaitaire régionale de 5 000 € par exploitation (10 000 € pour les Gaec à deux, 12 500 € à trois ou plus) ».

Île-de-France : Paris-Saclay et Terre & Cité veulent « préserver les fonctionnalités agricoles »

Dans le cadre de la zone de protection naturelle agricole et forestière (ZPNAF) du plateau de Saclay, qui protège 4 115 ha de l’urbanisation grâce à la loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris, l’établissement public d’aménagement (EPA) Paris-Saclay et l’association Terre & Cité (qui inclut des agriculteurs locaux), ont signé une convention de trois ans, annonce un communiqué du 11 avril, avec trois objectifs. Il s’agit de « la préservation des fonctionnalités agricoles et notamment la poursuite des actions nécessaires à la pérennisation des réseaux de drainage », de « la mise en place d’une trame noire » (contre la pollution lumineuse) en identifiant « les problématiques en lien avec les agriculteurs », et de « la poursuite du travail d’études sur la valorisation des urines humaines retraitées comme alternatives aux engrais chimiques ». Sur la ZPNAF, 2 469 ha sont consacrés exclusivement aux activités agricoles, avec une « production variée (céréales, légumes, élevage, arboriculture, pépinière ornementale…) », indique l'EPA Paris-Saclay sur son site, et « 20% de la surface agricole en ZPNAF est en production biologique ». Si la ZPNAF est un dispositif protecteur unique en France, la construction de la future ligne de métro 18 suscite des craintes.

Fruits/vigne : la Turquie subit de lourdes pertes à cause d’un épisode de gel historique

La Turquie a subi « l'un des plus grands épisodes de gel agricole de notre histoire, après celui de 2014 », a déclaré le ministre turc de l’Agriculture et de la Forêt İbrahim Yumaklı le 12 avril sur le réseau social X. « En mars et en avril, écrit-il, mais surtout au cours des trois derniers jours, nous avons été confrontés au gel, aux chutes de neige et à la grêle », avec des températures qui ont « chuté jusqu'à -15 °C par endroits ». De son côté, Hürriyet Daily News explique que « cette gelée tardive a fait payer un lourd tribut à la production agricole dans de nombreuses régions ». Le quotidien turc anglophone rapporte qu’à Manisa (Ouest), dans l'une des principales provinces viticoles, près de 80 % des vignobles ont été endommagés. Dans le pays, « les abricots, cerises, prunes, noix et pêches ont subi des dégâts importants », résume le journal. À Malatya (est), dans la province du même nom qui produit 85 % des abricots du pays, « les pertes ont été considérables ». À Elazığ (est), les abricotiers, noyers et amandiers ont également été « durement touchés », tandis qu'à Isparta (sud-ouest), « 30 % de la production de roses et 40 à 50 % des récoltes de cerises, de pêches et d'abricots ont été touchées ».

Climat : en Europe, chaleur record et inondations décennales en 2024 (Commission)

L’observatoire Copernicus et l’Organisation météorologique mondiale ont publié le 15 avril leur rapport sur l’état du climat en Europe en 2024. Cette année a été la plus chaude pour l’Europe (le continent qui se réchauffe le plus vite), avec des températures annuelles records dans près de la moitié du territoire. Les inondations ont été les plus étendues depuis 2013 ; près d'un tiers du réseau fluvial a connu des inondations dépassant au moins le seuil d'inondation « élevé ». Tempêtes et inondations ont touché environ 413 000 personnes et ont fait au moins 335 morts. En matière de stress thermique, les nombres de jours de chaleurs qualifiées de « fortes », « très fortes » et « extrêmes » ont été les deuxièmes plus élevés jamais enregistrés. Du côté des glaciers, toutes les régions ont connu une perte de glace ; les glaciers de Scandinavie et du Svalbard ont enregistré leur record en taux de perte de masse. Sur les incendies de forêt, en septembre, ceux ayant eu lieu au Portugal ont brûlé 110 000 ha en une semaine (un quart de la superficie totale brûlée annuellement en Europe). Quant aux précipitations, elles ont été « très contrastées » entre l’est et l’ouest ; l’Europe occidentale a connu l'une des dix années les plus humides de la période analysée, depuis 1950, tandis que les régions orientales ont été en moyenne plus sèches et plus chaudes.