Relations commerciales : les députés prolongent le SRP+10 jusqu’en 2026, sanctions renforcées
La proposition de loi (PPL) visant à « renforcer la stabilité économique et la compétitivité du secteur agroalimentaire » a été adoptée par les députés le 17 mars en soirée, par 137 voix (sur 141 exprimées et 180 votants). Le texte de cette PPL portant surtout sur la prolongation du relèvement de dix points du seuil de revente à perte (SRP+10), adopté en commission des Affaires économiques le 11 mars, a connu plusieurs changements en séance publique. Les députés ont prolongé le SRP+10 jusqu'au 15 avril 2026, soit deux de moins que la date initialement prévue (15 avril 2028). Les distributeurs et les fournisseurs devront faire apparaître leurs marges dans les documents communiqués au ministère. En cas de non transmission des ces éléments, une amende de correspondant à 1 % du chiffre d’affaires hors taxes réalisé en France est prévue. La même sanction est prévue pour le non respect du SRP+10. C’est un durcissement par rapport à ce qui était prévu dans le texte adopté en commission des Affaires économiques (75 000 euros pour une personne physique et 375 000 euros pour une personne morale).
Grippe aviaire : aux États-Unis, une souche transmissible à l'homme réapparait en élevage
L'Organisation mondiale de la santé animale (Omsa) signale ce 17 mars que la souche d’influenza aviaire de type H7N9, transmissible à l’homme, a été détectée dans un élevage de poulets aux États-Unis, dans l’État du Mississipi. La dernière détection de cette souche aux États-Unis remontait à août 2017. Une autre souche, H5N9, a aussi été identifiée pour la première fois dans le pays fin janvier 2025 dans la faune sauvage. La souche H7N9 peut provoquer de graves problèmes respiratoires. Entre 2013 et 2021, le virus H7N9 a infecté 1 668 personnes et fait 616 morts, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Les souches H5N1 et H7N9, détectées depuis 1997 et 2013 respectivement, ont été les principales à l'origine des cas humains de grippe aviaire, selon les Centres américains de contrôle et prévention des maladies (CDC). La souche H5NI circule actuellement dans l’élevage aux États-Unis, où elle a causé un premier décès humain en janvier. Les quelques dizaines de cas humains enregistrés aux États-Unis, dont celui de la personne décédée, ont été causés par une exposition directe à un animal, et aucune transmission entre humains n'a été enregistrée.
Influenza aviaire : l'ONU veut une réponse coordonnée et évoque la vaccination
Face aux conséquences « dévastatrices » de la « panzootie inédite » d’influenza aviaire, l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a appelé, le 17 mars, ses membres à amplifier leurs efforts et à envisager la vaccination lors des discussions sur les possibles solutions. Avec 124 pays touchés, « le monde fait face à une panzootie (équivalent d'une pandémie pour les animaux, NDLR) inédite d'influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) (...) et cela nécessite une réponse mondiale coordonnée », a déclaré Godfrey Magwenzi, directeur général adjoint de la FAO lors d'un briefing destiné aux 194 pays membres, d'après l'AFP. L'inquiétude grandit face à la diffusion particulièrement rapide du virus aux États-Unis, parmi les élevages de volailles mais aussi de bovins. Ont été signalés quelques dizaines de cas de transmission à l'homme, dont un ayant entraîné un décès. Les craintes sont renforcées par l'installation de la nouvelle administration américaine, qui a suspendu certains canaux de communication avec des organisations internationales sur la grippe aviaire et coupé dans ses effectifs de chercheurs et de fonctionnaires dédiés, avant d'en rappeler certains.
Loup : vers un maintien de l’arrêté-cadre sur les tirs de défense au Conseil d’État
Lors d’une audience au Conseil d’État le 17 mars, le rapporteur public a recommandé le rejet des recours déposés par des ONG environnementales contre l’arrêté du 21 février 2024 fixant le cadre des tirs de défense contre le loup. Publié en parallèle du Plan loup 2024-2029, ce texte qui facilite et renforce les tirs fait l’objet de deux recours. Le rapporteur public a estimé que l’arrêté-cadre « ne modifie pas les équilibres, toujours subtils et fragiles, de ce régime » de tirs dérogatoires. Son architecture « ne diffère pas dans les grandes lignes » des textes précédents ; en particulier, il conserve la « logique de réponse graduée » exigée par la réglementation européenne (moyens de protection, tirs d’effarouchement, de défense simple, de défense renforcée, de prélèvement). Le rapporteur public a largement mis en avant « l’état de conservation favorable » de l’espèce, estimant qu’« il n’est pas établi à ce jour » que les tirs l’aient dégradé. En revanche, le magistrat a préconisé d’annuler la partie de l’instruction du 23 février 2024 de la préfète coordonnatrice du plan loup considérant les élevages de bovins et équins comme non-protégeables. Une décision qui n’aura « guère d’effet », note-t-il, car ce dispositif a par la suite été cadré par un arrêté du 7 février 2025, ainsi que par un amendement gouvernemental adopté dans la LOA.
Porc : le plus important site américain de Smithfield reprend ses ventes au Canada
L’américain Smithfield Foods a diffusé un communiqué le 14 mars annonçant que sa principale usine, située en Caroline du Nord, est de nouveau autorisée à expédier des viandes au Canada. Le numéro un du porc aux États-Unis a expliqué qu'Ottawa avait suspendu la semaine précédente l’importation de ces viandes en raison de problèmes de non-conformité portant sur un nombre limité de cargaisons d’abats. « Nous sommes reconnaissants à l’USDA (ministère américain de l'Agriculture, NDLR) et à l’Agence de la sûreté alimentaire du Canada de la rapide résolution de cette affaire », remercie Smithfield dans ce communiqué. La suspension n’aura duré que du 6 au 12 mars, selon une dépêche Reuters. Cet incident avait pris du relief dans la presse américaine en raison du conflit sur les droits de douanes entre Ottawa et Washington. Pour rappel, le Canada a récemment répondu à l'annonce de la taxation de 25 % sur les produits importés par des droits de douanes du même montant s’appliquant notamment dès le 4 mars à 5,5 Md$ de produits issus de l’agriculture, selon l’USDA. Le président Trump a finalement décidé d’exempter de taxation pour un mois le Canada et le Mexique.
Alimentation animale : la filière française atteint 84,4 % de soja non déforestant
Un communiqué commun du Snia (fabricants « privés » d'alimentation animale) et de la Coopération agricole Nutrition animale (coopératives) annonce le dépassement de l’objectif pour 2024 de 75 % de soja « durable » utilisé dans les usines. En effet, les signataires du manifeste des fabricants d’aliments pour la non-déforestation et la non-conversion d’écosystèmes – qui représentent la quasi-totalité de la production française – ont utilisé 84,4 % de ce soja « durable » l’an dernier, selon les deux syndicats. Le communiqué rappelle que l’objectif pour 2025 est de 100 % d’approvisionnements présentant des garanties de non-déforestation et de non-conversion. La filière française s’est ainsi engagée alors que l’application de la règlementation européenne de lutte contre la déforestation et la conversion d’écosystèmes a été reportée d’un an par les institutions européennes, soit au 30 décembre 2025. Elle s’appuie, précise le communiqué, sur des origines de soja « à faible risque » et respecte des « critères précis de traçabilité et de durabilité » compatibles avec les lignes directrices « soja responsable » de la fédération européenne de la nutrition animale (Fefac).
Haies/conditionnalité : reports des périodes de taille obtenus localement (presse)
Bien que dans le cadre de la conditionnalité de la Pac, les BCAE 8 (Bonnes conditions agricoles et environnementales) prévoient qu’il est « interdit de tailler et/ou de couper les arbres et les haies pendant la période de nidification et de reproduction des oiseaux entre le 16 mars et le 15 août »*, des dérogations auraient été obtenues localement à la suite de demandes de syndicats agricoles (dont FNSEA, JA et CR) auprès des préfectures, en raison des intempéries de l’automne et des fortes pluies de janvier, rapporte nos confrères de Réussir. Parmi ces dérogations collectives, on retrouve la Creuse, le Gers et la Vienne (selon respectivement la FDSEA, la CR et la chambre d’agriculture) jusqu’au 31 mars. S’ajoutent notamment l’Oise jusqu’au 5 avril (source FNSEA et JA) et les départements des Pays de la Loire (Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire, Loire-Atlantique, Vendée) jusqu’au 16 avril (d'après les EDT Pays de la Loire). Des demandes de dérogations collectives sont toujours en attente de réponse, et des demandes de dérogations individuelles seront possibles dans certains départements, comme le Cantal ou la Charente.
* Pour les DOM, la période est adaptée à la faune locale et établie par le préfet
Agrivoltaïsme : la filière divisée sur la PPL examinée par les députés à partir du 26 mars
Examinée le 26 mars en commission à l’Assemblée, puis la semaine suivante en séance, la proposition de loi (PPL) sur l’agrivoltaïsme divise la filière. La FFPA dénonce un texte « anti-agricole » dans une tribune publiée le 14 mars. France Agrivoltaïsme a quant à elle publié le 11 mars ses recommandations sur le partage de la valeur. Concernant la puissance maximale de 5 MWc, la FFPA n’y voit « aucune pertinence agricole » et n’est « pas favorable à l’instauration d’un plafond par exploitation ». France Agrivoltaïsme estime que les réflexions sur le sujet doivent « prendre en compte les besoins agricoles, enjeux d’acceptabilité et tailles critiques pour la rentabilité des projets ». À propos du fonds de redistribution, la FFPA s’oppose à « une double imposition à rebours d’autres énergies renouvelables soumises uniquement à l’Ifer » (imposition forfaitaire des entreprises de réseaux). Le partage de la valeur doit « être fléché vers les acteurs agricoles », soutient France Agrivoltaïsme. S’agissant de la convention-cadre entre acteurs des projets photovoltaïques, la FFPA s’oppose à une « unicité contractuelle ». Plus en phase avec la PPL, France Agrivoltaïsme prône « le maintien du bail rural afin de garantir la non-exclusion du locataire exploitant ».
Fruits et légumes : la Sica Saint-Pol-de-Léon va « continuer » sa diversification
À l'occasion de sa conférence de presse annuelle le 17 mars, la Sica Saint-Pol-de-Léon (légumes/fleurs) a indiqué qu'elle allait « continuer à diversifier ses moyens de mise en marché ». Annoncée en 2022, la production de myrtilles via Prince de Bretagne atteint un potentiel de 20 tonnes pour la deuxième année de culture, rapporte la Sica. Et, pour son endiverie ouverte fin 2023, elle prévoit de poursuivre le développement de la culture d'endives. Sur l'année 2024, le groupement a réalisé un chiffre d'affaires de 230 M€, en baisse de 2 %. Il augmente toutefois en légumes (+5 %) malgré une baisse des volumes (-6 %), après une saison favorable à la production marquée toutefois par la tempête Ciara qui a touché particulièrement les choux. L'activité a surtout baissé en horticulture, à l'image du marché des jardins grevé par la météo. À l'inverse, le marché du paysage a été dynamique. Par ailleurs, les légumiers bretons annoncent qu'ils travaillent sur des « solutions de mécanisation pour les exploitations » ; beaucoup de cultures maraîchères connaissent des impasses de traitement, notamment en herbicide (voir notre enquête sur le retour du désherbage manuel). La Sica indique qu'elle travaille aussi à « faciliter le recrutement » des saisonniers, avec la société FM Recrutement, et à « proposer des hébergements pour les saisonniers ». En 2023, le groupement s'était positionné sur l’achat d’un hôtel afin de loger les travailleurs saisonniers pendant les récoltes.
Légumes : la Sica Saint-Pol-de-Léon veut réduire ses émissions de GES de 2 % d'ici 2028
À l'occasion de sa conférence de presse annuelle le 17 mars, la Sica Saint-Pol-de-Léon, premier groupement français de producteurs de légumes et d'horticulteurs, a indiqué que, dans le cadre de son « plan d'action climat », elle comptait réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GESE) de 2 % d'ici 2028. Pour ce faire, le groupement breton annonce plusieurs actions : l'«amélioration de la précision des émissions de GES issues des productions agricoles », la « réduction de l'impact du transport amont en utilisant des modèles prédictifs de récolte et en optimisant le chargement des camions », l'« électrification de 100 % du parc de matériel roulant dans les stations et de 50 % des véhicules d'entreprise », ainsi que « l'amélioration de la sobriété énergétique de la Sica en installant une gestion technique centralisée (GTC) sur les principales lignes de conditionnement ». En 2024, la Sica avait réalisé un premier bilan carbone, aboutissant à des émissions totales de 188 295 t, soit 836 kgCO2 par k€ de chiffre d'affaires. Deux tiers (66 %) sont à mettre sur le compte des « intrants », et un peu moins d'un sixième (15 %) du fret.
Agtech/foodtech : la chute des investissements dans les start-up a ralenti en 2024 (rapport)
Dans un rapport paru le 6 mars, les analystes américains d'AgFunder estiment que le montant des investissements placés à travers le monde dans les start-up de l'agtech et de la foodtech (nouvelles technologies appliquées à l'agriculture et l'agroalimentaire) serait en baisse de 4 % sur un an, à 16 milliards de dollars (Md$), soit un ralentissement des chutes observées en 2022 (-38 %) et 2023 (-51 %) après le pic de 2021, à 56,3 Md$. « Les chiffres suggèrent un ralentissement – mais pas nécessairement un arrêt complet – de la chute libre », estiment les analystes. « La hausse des investissements sur les marchés développés, tels que les États-Unis et les Pays-Bas, et dans les pays en développement, tels que l'Inde, laisse présager des jours meilleurs. Cependant, nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge : certains marchés ont encore connu une baisse significative, notamment la Chine, le Royaume-Uni et l'Espagne. » Les deux secteurs les plus à la peine sont « bioénergie/biomatériaux » et « Novel farming systems » (agriculture verticale), sur lesquels les investissements déclinent de plus de 50 %. À l'inverse, le e-commerce alimentaire connaît un regain d'intérêt.
Marché du jardin : crise immobilière et météo font reculer les ventes en 2024
L’association Promojardin-Promanimal, qui regroupe les professionnels du marché du jardin en France, a annoncé, dans un communiqué de presse le 12 mars, une baisse des ventes de 6 % en 2024, avec un chiffre d’affaires de 7,7 milliards d’euros. Les volumes sont aussi orientés à la baisse, de 4 %, mais de façon moins marquée qu’en 2023 (-7 %). La météo capricieuse et un marché immobilier en berne (moins d’aménagements de jardins) expliquent ce résultat, la pression inflationniste s’étant relâchée. Les fréquentes pluies et le manque d’ensoleillement ont poussé à l’entretien plutôt qu’aux plantations et aux travaux de jardinage. Ce qui se reflète dans les performances des gammes de produits : si les végétaux d’intérieur et d’extérieur résistent avec un recul limité de 1 % et de 3 %, les secteurs de l’aménagement extérieur et des équipements ont beaucoup plus souffert (-10 % et -14 % respectivement). Malgré ces conditions difficiles, les Français ne semblent pas avoir abandonné leur jardin : 85 % des possesseurs d’un espace extérieur s’en sont occupés en 2024, un chiffre stable par rapport à 2023. « L’envie de jardiner reste bien ancrée chez les Français. Si la météo est plus clémente et que le marché immobilier redémarre, le secteur pourrait retrouver des couleurs en 2025 », espère Hanan Abdesselem, secrétaire générale de Promojardin-Promanimal.
Dérive climatique : un paysan péruvien en procès face à RWE en Allemagne
Dix ans après le début de son combat judiciaire, le paysan péruvien Saul Luciano Lliuya fait face au géant de l'énergie RWE devant la justice allemande, le 17 mars, pour lui demander de réparer les effets du changement climatique dans les Andes. Selon l'ONG Germanwatch, qui soutient l'agriculteur, sa maison est menacée par la fonte des glaciers des Andes, qui ont déjà fait « remonter dangereusement à plusieurs reprises » le niveau du lac Palcacocha, situé au-dessus de sa ville. « Certains lacs comme celui de Palcacocha sont devenus un risque pour moi et pour plus de 50 000 personnes qui vivent dans cette zone », a déclaré l'agriculteur de 44 ans, qui élève des poulets et des moutons et cultive du maïs et du quinoa à Huaraz (ouest). Avec Germanwatch, il demande à l’énergéticien allemand de participer symboliquement aux travaux pour réduire le niveau d'eau du lac. Bien qu'il n'ait aucune centrale au Pérou, le conglomérat RWE fait en effet partie des trois plus grands émetteurs de gaz à effets de serre en Europe, et est responsable de 0,47 % des émissions mondiales, selon un rapport. Les plaignants exigent de RWE une quote-part correspondante de 17 000 euros aux 3,5 millions d'euros de travaux. L'audience est prévue jusqu'au 19 mars.