UE/Maroc : l’Espagne pousse pour la reprise rapide des discussions commerciales
Le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares a appelé, le 17 avril, à l’organisation « rapide » d’un conseil UE-Maroc afin de « donner un nouvel élan à cette association stratégique », alors que son homologue marocain Nasser Bourita était présent à Madrid. Le ministre espagnol a évoqué les avantages du « statut privilégié » du Maroc à l’égard de l’UE et le désir de son pays de les approfondir. En octobre 2024, la Cour de justice de l’UE a confirmé un jugement du tribunal de 2021 annulant les accords de 2019 concernant la pêche et les produits agricoles. Pour les juges du Kirchberg, ceux-ci ont été conclus en méconnaissance des principes de l’autodétermination en raison de l’absence de consentement, même implicite, du peuple du Sahara occidental. Une affaire qui constitue un véritable serpent de mer des relations entre l’UE et le Maroc depuis plusieurs années. Toutefois, pour respecter les engagements internationaux de l’UE, les mesures de libéralisation pour les produits agricoles ont été maintenues pour une durée de 12 mois, le temps de trouver une solution.
Prêts de consolidation : guichet ouvert pour la prise en charge de la garantie de l’État
Dans un communiqué du 17 avril, FranceAgriMer annonce l’ouverture du guichet, sur son site web, pour demander la prise en charge par l’État du coût de la garantie des prêts de consolidation visant à « répondre aux difficultés structurelles des agriculteurs ». Ces emprunts doivent faciliter l’accès des agriculteurs à « des solutions de refinancement et de financement » et permettre « le réaménagement des dettes et le renforcement de la trésorerie ». D’une durée de 5 à 12 ans et d’un montant maximal de 200 000 €, ils sont « garantis à hauteur de 70 % par l’État ». Le ministère de l’Agriculture finance 100 % du coût de cette « nouvelle garantie de l’État dédiée à l’agriculture et mise en œuvre par BPI France ». Pour prétendre à l’aide, les demandeurs doivent justifier « d’un taux d’endettement global supérieur à 50 % ou [d’un] rapport EBE / chiffre d’affaires inférieur à 25 % ». Les agriculteurs peuvent demander cette prise en charge jusqu’au 27 février 2026 ; elle s’applique à « tout prêt garanti décaissé à compter du 20 février 2025 et avant le 31 décembre 2025 ». Le premier de ces prêts de consolidation a été signé au Salon de l’agriculture fin février. Annoncé début 2024, ce dispositif vient en complément de prêts bonifiés à moyen terme, déjà en place.
Budget de la Pac : le Copa-Cogeca alerte sur les dangers d'une fusion des fonds
Les présidents du Copa (organisations agricoles de l’UE) et de la Cogeca (coopératives), Massimiliano Giansanti et Lennart Nilsson, s’alarment, le 17 avril dans une lettre ouverte à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen (avec qui ils sollicitent un entretien), « des récentes discussions sur la réaffectation des fonds de l’UE dans un Fonds unique qui éliminerait le Feaga et le Feader », les deux piliers de la Pac. Selon eux, une « telle démarche modifierait fondamentalement la gouvernance du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) et porterait sévèrement atteinte à la Pac, qui demeure la pierre angulaire de la compétitivité et de la souveraineté alimentaire de l’Europe ». La Commission européenne doit présenter le prochain CFP 2028-2034 en juillet 2025. Le Copa-Cogeca craint qu’une programmation nationale unique dans chaque État membre ne contribue « à éroder la dimension communautaire des politiques européennes » et à « affaiblir le marché unique » avec des conséquences « sur la sécurité et la production alimentaires, ainsi que sur la préservation de zones rurales ». Le lobby agricole plaide également pour que la Commission européenne prévoie « un mécanisme de réponse automatique, flexible et rapide dans le prochain CFP afin de pouvoir ajuster les dotations financières en temps réel aux taux d’inflation effectivement observés et non à des prévisions ».
Allemagne : sécheresse record et risque de pertes de récoltes
Le niveau des précipitations en Allemagne entre février et mi-avril est le plus faible jamais enregistré depuis le début des relevés en 1931, a indiqué le Service météorologique allemand (DWD) dans un communiqué. Environ 40 l/m2 de pluie sont tombés en moyenne entre début février et le 13 avril ; une baisse de 88 l/m2 (soit 68 %) par rapport à la période de référence des trois dernières décennies. Une sécheresse bien sûr jugée « préoccupante » par le gouvernement. « Le risque d'incendies de forêt est élevé », a indiqué la ministre de l'Environnement Steffi Lemke dans une réponse de ses services le 16 avril à l'AFP, « et si cette sécheresse persiste, il faut s'attendre à des pertes de récoltes ». Elle précise que « l'agriculture et la sylviculture » ressentent déjà « les conséquences de la crise climatique ». Et de citer la vallée du Rhin, où le faible niveau du fleuve « affecte l'environnement et l'économie ». Au Nord, « la sécheresse devient problématique pour l'asperge en pleine terre », a de son côté affirmé à l'AFP la Fédération des agriculteurs de Basse-Saxe, région phare de ce légume très prisé au printemps en Allemagne. Cependant, des « précipitations significatives » prévues d'ici le milieu de la semaine prochaine devraient « au moins atténuer partiellement la sécheresse », indique le DWD.
Cognac : chômage partiel chez Rémy Martin après les mesures chinoises
La maison de cognac Rémy Martin (filiale de Rémy Cointreau) a décidé de placer plusieurs centaines de salariés au chômage partiel une semaine par mois jusqu'en juin face aux mesures anti-dumping temporaires appliquées par la Chine, a appris l’AFP le 16 avril de source syndicale. C'est la première des trois grandes maisons de cognac (avec Hennessy et Martell) à appliquer une telle mesure face à la crise du secteur, très dépendant des exportations et fragilisé par les sanctions chinoises et la perspective de droits de douanes accrus aux États-Unis. Les deux tiers des quelque 390 salariés du site de Merpins (Charente) sont concernés par cet arrêt de l'embouteillage qui a débuté cette semaine, a précisé à l'AFP David Charrier, délégué syndical FO, confirmant des informations du quotidien Charente Libre. Les employés concernés verront leur salaire mensuel amputé de 7 %. Cette mesure est programmée pour trois mois, renouvelables « si la situation venait à perdurer », poursuit le syndicaliste. Les marchés chinois et américains représentent environ 80 % du chiffre d'affaires de Rémy Martin. Le directeur général de Rémy Cointreau Éric Vallat, en poste depuis cinq ans, a démissionné la semaine dernière de ses fonctions à la tête du groupe de spiritueux.
Fruits et légumes/importations : bientôt des « visites de courtoisie » des producteurs en GMS
Les producteurs de fruits et légumes alertent les distributeurs « sur leur vigilance à privilégier l’origine France pour leurs approvisionnements », d'après un communiqué commun de Légumes de France et de la FNPF (producteurs de fruits, FNSEA) diffusé le 17 avril. Les deux syndicats annoncent de prochaines « visites de courtoisie » dans les magasins afin de constater la provenance des fruits et légumes en rayon, en espérant y trouver l’origine France. Ils n’excluent pas de durcir le ton et leur action si ce n’était pas le cas. Les producteurs s’inquiètent que, en ce début de campagne de production française, de « trop nombreux produits d’importation présents en rayons, dans les supermarchés et autres magasins spécialisés ». « La guerre des prix alimente les importations et met en péril nos producteurs », martèlent les syndicats. Légumes de France et la FNPF rappellent par ailleurs que plusieurs productions sont actuellement « dans le rouge », comme les endives, les tomates cerises qui doivent faire face aux importations marocaines, ou encore la pomme. Et d’interpeller directement les distributeurs : « Il est temps d’honorer vos beaux discours de soutien à l’agriculture française ».
Truffes : le leader français veut recruter de nouveaux producteurs
Dans sa volonté de développer la production, la société Plantin, leader français de la truffe fraîche (deuxième en Europe), se tourne vers le monde viticole pour « recruter » de nouveaux producteurs : « Face à la baisse du prix des vignobles, marquée dans les Côtes du Rhône, il est essentiel d’explorer des alternatives durables et porteuses d’avenir », explique-t-elle. Elle entend les accompagner dans toutes les étapes du développement, depuis la plantation jusqu’à l’optimisation de la production : formation, aide à la sélection des plants truffiers, analyses de sol, etc., pour un engagement minimum de trois hectares. L’investissement initial porterait sur 20 000 €/ha, avec des étapes de ré-ensemencement en année 9 (2 400 €) et 10 (3 050 €). Le seuil de rentabilité interviendrait entre ces deux années, selon Plantin. De plus, la société s’engage à acheter les truffes tout au long de la saison, « en garantissant des achats au prix du marché, selon les qualités ». Elle avance ainsi un revenu annuel moyen à partir de la sixième année pendant 15 ans de l’ordre de 9 100 € dans un scenario de production faible (26 kg) et de 14 800 € dans un scénario de production moyenne (37 kg).
Blé : exportations françaises dynamiques vers l’UE, en chute vers les pays tiers
En février, les exportations françaises de blé tendre ont progressé de presque 100 000 t sur un mois, la hausse vers l’Union européenne dépassant le recul observé vers les pays tiers, a indiqué FranceAgriMer le 16 avril. Toutes destinations confondues, l’Hexagone a expédié 708 000 t de blé tendre en février, contre 600 000 t le mois précédent. Un volume qui reste inférieur de 64 % au niveau de février 2024 (2 Mt), confirmant les difficultés d’écoulement de la maigre récolte 2024. Vers l’Europe, les envois sont « assez dynamiques », notamment vers l’Espagne, le Portugal ou la Belgique, note Habasse Diagouraga, chargé d’études à FranceAgriMer. En cumul depuis le début de la campagne, la France a exporté 6,42 Mt vers l’UE, selon les prévisions publiées en avril par l’organisme public (+145 000 t par rapport aux chiffres de mars). Mais avec 3,1 Mt, les expéditions vers les autres pays sont revues à la baisse de 100 000 t. « L’absence de l’Algérie et de la Chine pèse lourd », analyse M. Diagouraga, en raison d’une brouille diplomatique pour la première, et d’une récolte record pour la seconde. Autre évolution notable dans le bilan céréalier français : la progression du blé dans la fabrication d’alimentation d’animale au détriment du maïs, pénalisé par une forte présence de mycotoxines.
Importations alimentaires : cacao, soja et huile de palme ont l'impact le plus négatif
Le cacao, le soja et l’huile de palme sont les trois filières d’importations agricoles françaises ayant l’impact le plus négatif, selon une étude publiée le 17 avril et menée par le BASIC pour Greenpeace France, l’Institut Veblen et Max Havelaar France. Ce travail a analysé l’impact de treize importations agricoles à destination de la France sur les droits humains et l’environnement (climat, risque de déforestation, consommation d’eau). Chacune se voit attribuer un score (sur 21). Les moins bien notés sont donc le cacao (14), le soja (13) et l’huile de palme (12). Alors que les bananes (5), le thé ou les tomates (6 chacun) présentent l’impact jugé le plus faible. Les violations des droits humains (travail des enfants, travail forcé, salaires indécents) se concentrent sur six filières : cacao, vanille, riz, huile de palme, sucre de canne, café. Tandis que deux filières concentrent les principaux impacts sur l’environnement (cacao et soja), BASIC estime que, si elles sont correctement mises en œuvre, les nouvelles réglementations européennes sur la déforestation importée, le travail forcé et la directive sur le devoir de vigilance « sont de nature à prévenir » certains impacts négatifs. Les commanditaires de l’étude appellent également à « rejeter l’accord Mercosur, incompatible avec les objectifs européens en matière de justice sociale et climatique ».
Innovation : l’Inrae soutient cinq projets « hors des sentiers battus »
L’Inrae a dévoilé les cinq premiers projets de recherche retenus dans son programme EXPLOR’AE dans un dossier de presse paru le 16 avril. Objectif de ce dispositif financé par France 2030 (20 M€ pour la première phase) : soutenir des recherches « sortant des sentiers battus » en agriculture, alimentation et environnement, « fondées sur des hypothèses audacieuses », potentiellement disruptives mais associées à « de réelles incertitudes et la possibilité assumée d’échec ». Parmi ces projets : Invoria (1,8 M€) pour orienter le comportement des insectes grâce à l’IA, en créant des modèles des récepteurs olfactifs pour prédire leur réponse aux odeurs. Les chercheurs ont en ligne de mire la protection des cultures (insectes ravageurs) et des animaux (insectes vecteurs de maladies), ou encore l’amélioration de la pollinisation. Autre exemple : Yeti (2 M€) pour « élucider les secrets des trichomes, l’armure naturelle des plantes », décrit un résumé du projet. Comme « notre peau qui produit du sébum », les plantes « fabriquent des substances répulsives grâce à de microscopiques " poils défenseurs " ». Mais, avec la « domestication et la sélection variétale, de nombreuses cultures (tomates, pommes de terre, etc.) ont perdu leurs poils et donc cette aptitude ». Le but est de comprendre comment réactiver cette défense « pour réduire l’usage des pesticides ».
Pollution de l’eau : 35 M€ d’aides pour la transition agricole du bassin Artois-Picardie
La Commission européenne a validé le 10 avril un régime d'aide français de 35 M€ destiné à soutenir les agriculteurs du bassin Artois-Picardie dans leur transition vers des cultures et pratiques protectrices de la ressource en eau. Treize zones sont concernées, ultra-prioritaires, soit « 14 000 ha et 750 agriculteurs cibles », précise à Agra Presse Patrice Bizais, chef de service à l’Agence de l’eau Artois-Picardie. Les agriculteurs sont incités à remplacer certaines cultures par d'autres nécessitant moins de pesticides et d'engrais et/ou à utiliser moins de pesticides et d'engrais azotés sur leurs cultures existantes. Les subventions visent à compenser les surcoûts et les pertes de bénéfices, dans le cadre de contrats de cinq ans. « C’est un régime expérimental et ambitieux », explique Isabelle Vincent, d.g. adjointe de l’agence, avec pour les agriculteurs des sommes « bien supérieures » à celles qui peuvent être obtenues « dans le cadre des PSE existants » (paiements pour services environnementaux). Pas de montant maximal indiqué, plusieurs facteurs entrant en jeu. Un exemple approximatif ? « Sur une marge brute de blé à 1 042 €, la compensation serait de l’ordre de 540 € », illustre Patrice Bizais. Sur les nouvelles cultures, Mme Vincent cite l’exemple du sarrasin, de la lentille, du miscanthus, du chanvre, de la luzerne ou des mélanges de légumineuses.
Muguet : les fleuristes veulent pouvoir vendre le 1er mai (syndicat)
La Fédération française des artisans fleuristes (FAFF) s’élève contre les contrôles de l’inspection du travail, menés depuis deux ans avec rappels à la loi et verbalisations, à l’occasion de la vente de muguet le 1er mai, dans un communiqué de presse le 15 avril. Celle-ci est strictement réglementée, mais n’est « pas officiellement considérée comme une activité ne pouvant pas être interrompue par la loi », détaille la FAFF. Le gérant peut effectivement ouvrir son magasin, mais sans personnel. Cependant, c’est un jour de vente important pour lequel « les salariés sont volontaires et payés double comme le prévoit la convention collective de la profession », rappelle le syndicat. Il dénonce un climat anxiogène pour les fleuristes, « alors que les vendeurs à la sauvette qui ne respectent pas la loi ne sont ni contrôlées ni verbalisés ». La FAFF a adressé un courrier aux ministères de l’Économie, du Travail et de l'Intérieur, sans réponse à ce jour. Les sommes dépensés par les consommateurs français pour l’achat de muguet le 1er mai ont atteint 19,4 millions d’euros en 2024, en légère baisse par rapport à 2023 (19,6 M€) selon l’étude Kantar pour FranceAgriMer et Valhor.
Agenda de la semaine agricole du 21 avril 2025
Vendredi 18 avril
Conférence de presse de la région Paca sur son Plan Or bleu (eau)
Lundi 21 avril
Salon international de l'agriculture du Maroc, jusqu’au 27
Mardi 22 avril
Le Cese examine un avis sur l’accès à l’alimentation
Colloque de la Fnab (producteurs bio) sur la crise du marché de la bio, dans le Puy-de-Dôme
Mercredi 23 avril
Salon Medfel (fruits et légumes), à Perpignan, jusqu’au 24
Conférence de presse du Modef
Visioconférence du Planet-Score sur l’alimentation et la santé
Jeudi 24 avril
Visioconférence « Aquaponie et horticulture » de l’Astredhor (institut technique)
Assemblée générale du SGV Champagne (vignerons), à Épernay
Congrès du Modef, dans l’Averyon, jusqu’au 25
Assemblée générale de la Fnec (éleveurs de chèvres, FNSEA)