Agrafil du 22 décembre 2023

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Viande: la Commisison européenne propose d'autoriser l'abattage à la ferme

La Commission européenne a adopté le 14 décembre un acte délégué proposant, notamment, d’élargir les conditions d’abattage d’animaux à la ferme par des dispositifs mobiles. Le texte modifie les annexes du règlement européen sur les exigences spécifiques en matière d'hygiène pour certaines viandes, produits de la pêche, produits laitiers et œufs. Il précise que «jusqu'à trois bovins domestiques autres que les bisons, jusqu'à trois solipèdes domestiques, jusqu'à six porcins domestiques ou jusqu'à neuf ovins ou caprins peuvent être abattus en même temps dans l'exploitation d'origine, lorsque l'autorité compétente l'autorise». Ce règlement doit désormais obtenir (dans un délai de deux mois) l’aval des États membres et du Parlement européen avant de pouvoir entrer en vigueur. «C’est une immense victoire pour l'ensemble des éleveurs et éleveuses et particulièrement pour la Confédération paysanne», salue l’organisation agricole dans un communiqué le 21 décembre. Et de souligner qu’il s’agit de «l’aboutissement de dix années de travail sur le terrain et au niveau institutionnel, en France comme à Bruxelles, pour redonner de l’autonomie à l'élevage paysan et redynamiser un maillage territorial avec des abattoirs de proximité accessibles à toutes et tous».

Fruits et légumes/plan souveraineté: la liste des 80 agroéquipements subventionnés

Dans le cadre du plan de souveraineté Fruits et légumes, le ministère de l’Agriculture ouvre cinq guichets, pour un total de 100 M€, afin de subventionner les investissements des exploitations dans «une sélection de 80 matériels innovants dédiés à la filière», indique un communiqué le 21 décembre. Disponibles sur le site de FranceAgriMer, ces guichets concernent les serres (30 M€, ouverture le 22 décembre), les vergers (30 M€, 27 décembre), les «filières de fruits et légumes» (20 M€, 3 janvier), l’irrigation (10 M€, 9 janvier) et l’outre-mer (10 M€, 11 janvier). Autant de fonds issus du Plan France 2030. Les 80 équipements éligibles – listés dans les décisions respectives de FranceAgriMer – sont classés en cinq catégories: adaptation au changement climatique et aux risques sanitaires émergents; amélioration des conditions de travail; énergie (y compris renouvelables); optimisation de la gestion de la ressource en eau; réduction des GES; substitution des intrants chimiques de synthèse. Comme le précise le ministère, outre les exploitants agricoles, pourront émarger les «coopératives agricole de types 1 (production, collecte et vente de produits agricoles et forestiers) et 2 (exploitation en commun)».

Influenza aviaire: un premier cas en poules pondeuses, dans le Nord

Un foyer d’influenza aviaire hautement pathogène a été confirmé le 20 décembre dans un élevage de poules pondeuses à Warhem (Nord), à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Dunkerque. D’après nos confrères des Marchés, il s’agit d’«un des plus gros élevages de la région, avec plus de 250 000 poules». Ce site «produisant notamment des œufs de code 2 (au sol, NDLR) pour la société Flandr’œufs» avait déjà été «touché par la grippe aviaire en novembre 2021». L’Europe du Nord est sous pression de la maladie, avec des foyers en Belgique, en Allemagne, dans les Pays-Bas, ou encore en France dans la Somme début décembre. Le cas nordiste est le sixième foyer d’influenza en France pour la saison 2023-2024, et le premier sur des poules pondeuses – les précédents concernaient tous des dindes. Dans l’Hexagone, aucun cas n’a encore été observé sur des canards, alors que la vaccination a été rendue obligatoire pour ces palmipèdes début octobre. Après un démarrage tardif de l’épizootie, le risque sanitaire devrait aller croissant au fur et à mesure de l’hiver, prévient l'Efsa (autorité sanitaire européenne). Selon le dernier pointage de la plateforme française Épidémiosurveillance en santé animale (ESA) au 19 décembre, l’Europe (au sens géographique) comptait 132 foyers en volailles et 305 sur des oiseaux sauvages.

Cidre: plusieurs mentions prochainement clarifiées par décret (interprofession)

À l'occasion d'une rencontre avec la filière cidricole en Normandie le 18 décembre, le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau s'est «engagé» à faire paraître, dans les prochaines semaines, un arrêté précisant la définition de plusieurs mentions, annonce l'interprofession Unicid dans un communiqué le 21 décembre. Quatre mentions devraient être encadrées, dont l'usage pouvait jusqu'ici laisser place à interprétation, faute de grille de lecture dédiée au cidre: artisanal, fermier, rosé, et extra-brut. Un cidre artisanal devra être non seulement être fabriqué par un artisan, mais aussi pur jus et transformé sur place, prévoit Unicid. Le cidre fermier devrait être aussi pur jus, fabriqué par une personne affiliée à la MSA, transformé sur son exploitation, uniquement à partir de pommes de cette exploitation. Le cidre rosé devrait être fabriqué en utilisant un taux minimum de pommes à chair rouge. Enfin, le décret devra ajouter une nouvelle catégorie organoleptique, l'extra-brut – en sus des trois existantes (doux, demi-sec, brut). À cette occasion, le ministère devrait réviser la manière de contrôler ces mentions organoleptiques, en utilisant un critère de densité, et non plus directement la teneur en sucre, à des fins de simplification pour les plus petits transformateurs.

Lait: baisse de la collecte à l’automne à cause des intempéries, reprise attendue cet hiver

Après avoir chuté en septembre (-4,8% par rapport à 2022), la collecte laitière a continué à décrocher en octobre (-4,6%) et, d’après les sondages hebdomadaires de FranceAgriMer, la baisse aurait été encore très forte en novembre (-4,3%), rapporte la publication mensuelle Tendances de l’Institut de l’élevage (Idele), parue le 20 décembre. Ce nouveau reflux de la collecte s’explique notamment par la succession d’événements climatiques. «Tout d’abord, les épisodes caniculaires de septembre ont impacté la productivité des vaches, explique l’Idele. Puis les tempêtes (Bretagne, Normandie, Nord de la France) et les fortes pluies à l’intérieur des terres en octobre et novembre ont contraint les éleveurs à rentrer leurs animaux plus tôt en bâtiment en raison de pâturages non portants.» Cette situation a affecté la qualité du lait. En effet, «la surpopulation en bâtiments aurait engendré des problèmes de mammites et de cellules», note l’Idele. L’alimentation des animaux a également joué sur la baisse de la collecte (herbe printanière de qualité moyenne, maïs ensilé avec une forte teneur en amidon). La production devrait repartir à la hausse à la fin de l’année 2023. L’Idele estime que le recul de la collecte s’établira aux alentours de 2,6% en 2023 par rapport à 2022.

Pommes de terre: 98% des pommes de terre françaises déjà arrachées, selon le GIPT

À la suite de l’assemblée générale de l’interprofession de la pomme de terre GIPT (produits transformés) le 15 décembre, son délégué général Bertrand Ouillon a rapporté à Agra Presse qu’il restait «quelques centaines d’hectares» de pommes de terre à ne pas avoir été arrachées, et ce malgré les récentes inondations dans les Hauts-de-France. «Ce n’est pas pour minimiser les conséquences personnelles, mais 97 à 98% des pommes de terre ont été arrachées, avec des rendements globalement meilleurs que l’année dernière», soutient M. Ouillon. «Les principales difficultés concernent les acteurs de la pomme de terre fécule, alors qu’il reste entre 300 et 400 hectares à récolter et que les usines ferment en janvier», nuance le délégué général du GIPT. Problème: les pommes de terre fécule, qui doivent être transformées dans les deux jours qui suivent l’arrachage, ne pourront pas toutes être récoltées avant la fermeture des usines de transformation. Une note de conjoncture publiée le 12 décembre par le ministère de l’Agriculture (Agreste) précise ainsi que la production de pommes de terre de conservation et demi-saison est estimée à 7 Mt. Elle augmente de 14,7% par rapport à 2022, et de 9,2% par rapport à la moyenne 2018-2022. En revanche, la production nationale de pommes de terre de féculerie, estimée à 0,7 Mt, est «en forte baisse» par rapport à 2022, (-10,8%), et à la moyenne 2018-2022 (-22%).

Pesticides: les auteurs d'un rapport sur la crédibilité de l'Anses alertent sur les VTR

Dans une tribune publiée le 21 décembre par le quotidien Le Monde, les huit rédacteurs d'un récent rapport sur la crédibilité de l'expertise du conseil scientifique de l'Anses alertent les pouvoirs publics sur la méthodologie de fixation des valeurs toxicologiques de référence (VTR), que l'agence vient récemment d'abaisser pour les pesticides SDHI, à la suite d'un rapport complémentaire commandé après une alerte de biologistes de l'Inserm et du CNRS. Pour ces experts, la méthodologie d'élaboration des VTR, vers laquelle l'Anses renvoie les deux experts qui avaient émis un avis divergent dans le rapport complémentaire de l'Anses, s'appuie sur une cinquantaine d'articles, dont «la moitié est liée à l'industrie ou à des entreprises de conseil sur l'évaluation des risques ou de tests toxicologiques, par leurs auteurs ou leurs financements». Les huit signataires regrettent en outre que le guide méthodologique d'élaboration des VTR cite ces études «sans les pondérer selon les liens d'intérêt». Or, «la science académique a montré clairement que le financement ou l'autorat des articles ont une influence sur les résultats». En février, l'association Pollinis a déposé un recours auprès du tribunal de l’Union européenne contre la prolongation de mise sur le marché accordée à un SDHI, le boscalid.

Conflits de voisinage: rassemblement en soutien à l'éleveur de l’Oise condamné

Environ 300 personnes, pour beaucoup des agriculteurs et des élus, se sont réunies le 21 décembre à Beauvais en soutien à Vincent Verschuere, éleveur condamné à verser plus de 100 000 € de dommages et intérêts à des riverains se plaignant du bruit et de l'odeur de ses vaches. Selon la FNSEA, à l’origine de l’action, près de 500 agriculteurs dans toute la France seraient visés par des procédures similaires, engagées par des riverains pour des nuisances liées à leurs exploitations. Après plus de dix ans de procédures l'opposant à six riverains, Vincent Verschuere, installé à Saint-Aubin-en-Bray, a vu tous ses recours épuisés, la Cour de cassation ayant jugé le 7 décembre que les nuisances «excédaient, par leur nature, leur récurrence et leur intensité, les inconvénients normaux du voisinage». L'éleveur dit avoir contracté un prêt bancaire sur sept ans afin de payer les 106 000 € de dommages et intérêts. La région Hauts-de-France lui a prêté 40 000 €, mais son président Xavier Bertrand, présent le 21 décembre, a annoncé «l'abandon de cette créance», rapporte l’AFP. Une cagnotte a également été lancée, «car s'il n'a pas une aide financière, Vincent sera en cessation d'activité», explique Régis Desrumaux, président de la FDSEA de l'Oise.

Foncier: Wauquiez demande au gouvernement de réviser la loi contre l'artificialisation

Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez a réclamé le 21 décembre au gouvernement de «remettre sur l'établi» la loi contre la bétonisation des sols, sans aller jusqu'à redire qu'il sortirait du dispositif. «Je suis très dubitatif sur ce texte», a martelé l'élu LR lors de la Conférence des parties (Cop) régionale, en présence du ministre de la Transition écologique Christophe Béchu. «Il faut qu'on se remette à discuter», a-t-il ajouté, selon l'AFP. M. Wauquiez avait lancé en septembre une fronde contre la loi Climat de 2021, dont un des objectif est d'atteindre le «zéro artificialisation nette» (Zan) des sols en 2050, en annonçant que sa région «se retirait» du dispositif.  Le 21 décembre, Christophe Béchu s'est dit convaincu que le président de la région allait finalement «appliquer la loi», après avoir «fait monter les enchères». Celle-ci impose aux régions d'intégrer l'objectif de sobriété foncière dans leurs schémas d'aménagement d'ici novembre 2024. À l'issue de la réunion, Laurent Wauquiez, candidat potentiel de la droite à la présidentielle, a dit devant la presse avoir «confiance» dans le fait que Christophe Béchu «puisse faire bouger sa loi, qu'elle reparte du terrain».

Laits/dons agricoles: un partenariat entre Solaal et Sodiaal sur 33 000 briques de lait

L’association Solaal achète 12 000€ de lait pour l’aide alimentaire et s’allie, à titre gracieux, à la coopérative Sodiaal pour la transformation, informe un communiqué du 20 décembre. Près de 33 000 briques de lait seront distribuées au début de l’année 2024 aux associations partenaires de Solaal. Les fonds ont été collectés par Solaal à l’occasion de deux «tablées solidaires» organisées en 2023: l’une au Salon de l’agriculture à Paris et l’autre au Space à Rennes, en partenariat avec l’école hôtelière Ferrandi. La participation des convives au repas permet ensuite d’acheter des produits agricoles à destination de l’aide alimentaire. «Depuis sa création en 2013, Solaal a distribué 30 000 tonnes de produits agricoles, soit l’équivalent de 60 millions de repas», indique le communiqué. L’association rassemble 34 organisations du secteur agricole et alimentaire (producteurs, industriels, grande distribution, interprofessions, grossistes).