Agrafil du 27 septembre 2024

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Lait: Lactalis veut réduire sa collecte de 450 millions de litres d’ici 2030 en France

Le groupe Lactalis annonce, dans un communiqué du 26 septembre, réduire ses volumes de 450 millions de litres (Ml) de lait d’ici 2030, soit plus de 8% de la collecte de la laiterie en France (5,1 milliards de litres). L’industriel baissera sa collecte de 160 Ml dans l’Est et le sud des Pays de la Loire à l’horizon 2026. Selon la principale association d’organisations de producteurs livrant à Lactalis, l’Unell, «272 producteurs sont ciblés» dans des «zones très circonscrites». «Lactalis veut rompre leur contrat d’ici la fin de l’année et il y a un an de préavis, donc ça veut dire un arrêt de la collecte fin 2025», explique le président de l’Unell Yohann Serreau à Agra Presse. En outre, d’ici 2030, Lactalis ne renouvellera pas son contrat de l’ordre de 160 Ml de lait avec «une coopérative». Selon le président de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA), Yohann Barbe, il pourrait s'agir d’Unicoolait (Lorraine, Alsace). Le groupe ne détaille pas sa stratégie pour «la seconde étape» qui concernera les 130 Ml restants. Les volumes concernés par le plan de réduction de Lactalis sont «des volumes de lait excédentaires», valorisés par l’industriel sur les marchés internationaux. Lactalis souhaite «se recentrer sur les produits de grande consommation français, mieux valorisés car moins sujets aux aléas des marchés mondiaux», explique son communiqué.

Lait: l’annonce de Lactalis est une «déflagration pour le milieu laitier» (FNSEA)

«C'est une déflagration pour le milieu laitier», a déclaré le président de la FSNEA Arnaud Rousseau, dans une interview à la radio France info le 26 septembre, en réaction à l’annonce de Lactalis qui prévoit de réduire sa collecte de 450 Ml de lait en France d’ici 2030, soit 8% de la collecte du groupe et 2% de la production nationale. «Pour nous, l'enjeu, c'est de s'assurer que les producteurs de lait continueront à trouver quelqu'un qui leur collecte le lait», assure-t-il. La FNPL (producteurs de lait, FNSEA) dénonce, dans un communiqué, un industriel «sans scrupule» et un désengagement «inacceptable». Le syndicat fustige «l'irresponsabilité du numéro un mondial vis-à-vis de la ferme laitière française» et l'accuse de s'attaquer à sa «pérennité» comme «à la souveraineté alimentaire française». La FNPL veut «soutenir les producteurs» pour qu’ils «poursuivent leur activité laitière et trouvent de nouveaux débouchés». Selon l’Unell (organisations de producteurs), les contrats des éleveurs concernés arriveront à échéance fin 2025 après un an de préavis. La FNPL demande «un délai beaucoup plus long pour identifier des alternatives».

Elevage: Annie Genevard attendue au Sommet de l'élevage le jeudi pour des annonces

A l'occasion de ses premières rencontres avec les syndicats agricoles, les 25 et 26 septembre, la nouvelle ministre de l'Agriculture, Annie Genevard a annoncé aux professionnels qu'elle prévoyait de se déplacer le jeudi 3 octobre au Sommet de l'élevage. Elle n'assistera donc pas à l'ouverture du grand salon de Cournon (Puy-de-Dôme) dédié à l'élevage des ruminants, mais au troisième jour de l'évènement, sur lequel elle prévoit de faire des annonces - le temps probablement d'obtenir des arbitrages budgétaires au sein du gouvernement. Pour cette première prise de contact, chacun fait le même constat d'une ministre «très à l'écoute», voire trop aux yeux d'un des syndicats, surpris de se voir donner la parole dès l'entame de l'entrevue. Selon les professionnels, la ministre a commencé à entrer dans la technique des dossiers sanitaires (FCO, MHE), pas encore de ses autres grands chantiers, tels que la loi d'orientation agricole (LOA) - pour laquelle la stratégie parlementaire ne semble pas encore arrêtée - ou encore les relations commerciales et la séparation de la vente et du conseil des pesticides. Son cabinet n'est pas encore formé (voir ci-dessous). Pour l'heure, la ministre recevait les syndicats accompagnée du seul Grégoire Halliez, ancien administrateur de la commission des affaires économiques du Sénat. Les syndicats ont fait part de leurs propositions, demandé des comptes sur l'état des annonces faites aux agriculteurs cet hiver par le gouvernement Attal. «Nous avons senti des craintes que le mouvement ne reparte», indique l'une des sources professionnelles.

Moissons, FCO, LOA: le plan de bataille proposé par le député LR Julien Dive

Dans un courrier adressé le 26 septembre à la nouvelle ministre de l'Agriculture, le député Julien Dive, chef de file Les Républicains (LR) à l'Assemblée sur les questions agricoles, soumet un «plan d'actions» pour les semaines à venir. Proche des demandes de la FNSEA, le plan débute par une réponse rapide aux crises sanitaires et aux médiocres moissons et vendanges par la mise en place d'un prêt garanti par l'État (PGE) pour les exploitants «en grande difficulté», le versement des avances d'aides Pac à hauteur de 70% – déjà annoncé par Marc Fesneau –, l'activation de la réserve de crise européenne et la prise en charge des vaccins contre la FCO-8. La deuxième partie de son plan concerne la LOA, que la nouvelle ministre a dit vouloir «mener à terme», sans précision sur la méthode. À ce titre, le député LR s'oppose à une reprise du texte tel qu'adopté à l'Assemblée et «invite à la plus grande vigilance quant aux tentatives d'élargissement du champ d’application du texte lors de son examen au Sénat». Selon lui, «de telles modifications pourraient exposer la loi à une censure partielle du Conseil constitutionnel, ce qui serait perçu comme une défaite symbolique et concrète par le monde agricole». Comme  évoqué le 9 septembre, M. Dive invite plutôt la ministre à préparer un nouveau projet de loi plus large, incluant des éléments de la LOA et d'autres, comme la réforme de la séparation vente-conseil. Une stratégie qui s'oppose à celle du sénateur LR Laurent Duplomb, qui appelait, le 11 septembre, à reprendre l'examen de la LOA, après avoir adopté au préalable une proposition de loi dédiée aux «entraves», qu'il prévoit d'écrire d'ici octobre-novembre, incluant les questions phytosanitaires.

Cabinet d'Annie Gevenard: le préfet de Bretagne pressenti pour devenir directeur

C'est un préfet actuellement en fonction qui devrait prendre la direction du cabinet de la nouvelle ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a appris Agra presse de source professionnelle. L'actuel préfet de Bretagne, Philippe Gustin, est mentionné par plusieurs sources indirectes, dont une proche du haut-fonctionnaire en région. Énarque de 64 ans, Philippe Gustin a notamment été administrateur de l'UMP en 2014, préfet de Guadeloupe, puis directeur du cabinet du ministre de l'Outre-mer, Sébastien Le Cornu, qu'il a ensuite suivi au ministère des Armées, avant de repartir en préfecture en 2023. Par ailleurs, l'ex-eurodéputée, Anne Sander, devrait devenir conseillère aux affaires européennes d'Annie Genevard, a-t-on appris, confirmant les informations du média spécialisé Contexte. Docteur en économie, Anne Sander a été attachée parlementaire du député européen UMP Joseph Daul jusqu'en 2014, avant de prendre sa suite. L'ancien administrateur de la commission des affaires économiques du Sénat, Grégoire Halliez intègre également le cabinet.

FCO: pression à gauche pour des vaccins gratuits et une réforme de la stratégie sanitaire

Dans un courrier adressé le 24 septembre à la nouvelle ministre de l’Agriculture, les 66 députés du groupe Socialistes et apparentés demandent à Annie Genevard la «prise en charge intégrale par l’État de la vaccination pour le sérotype 8» de la fièvre catarrhale ovine (FCO), déjà en vigueur pour le sérotype 3. Les parlementaires réclament aussi le renforcement de la vaccination contre la maladie hémorragique épizootique (MHE), mise en place dans une bande tampon le long de la zone réglementée. Concernant l’accompagnement des éleveurs, ils demandent l’activation de la réserve de crise européenne, l’abondement par l’État du FMSE (fonds professionnel), ainsi que la mise en place de «prêts garantis par l’État» (également demandée par la FNSEA). Plus largement, les élus socialistes estiment qu’«une réflexion de fond doit être conduite sans tarder» sur la stratégie sanitaire. Une orientation aussi défendue par André Chassaigne, président du groupe communiste à l’Assemblée: dans son propre courrier envoyé au Premier ministre le 17 septembre, l’élu du Puy-de-Dôme appelle à construire «un vrai système public de prévention et de gestion des risques» (sanitaires et climatiques), qui couvre «toutes les productions agricoles et toutes les exploitations».

Bovins viande: engraissement «dynamique» en France, au détriment de l’export de broutards

Depuis début 2024, «les mises en place de broutards pour la production de jeunes bovins en France étaient dynamiques, stimulées par la demande de l’aval», indique l’Institut de l’élevage (Idele) dans sa note de conjoncture Tendances du 17 septembre. Entre janvier et juillet 2024, les engraisseurs français ont acheté 10 000 animaux de plus que l’année précédente (+5%), soit 203 000 broutards en tout. Dans un contexte de décapitalisation et de recul des naissances, le développement de l’engraissement en France réduit le disponible pour le débouché traditionnel de l’exportation des broutards. Entre le 1er janvier et le 18 août, ces flux ont reculé de 6% sur un an (40 000 animaux en moins). En revanche, avance l’Idele, les exportations de bovins vifs «ne semblent pas avoir pâti» des crises sanitaires en cours (FCO-3 et MHE notamment). En août, les envois vers l’Italie et l’Espagne – les deux premiers débouchés – s’affichaient en hausse sur un an, de respectivement 2% et 18%. Pour ces deux destinations, les protocoles sanitaires pour l’export d’animaux vivants issus de la zone régulée FCO-3 ont été calqués sur ceux pratiqués pour la FCO-8, en vigueur depuis des années dans tout l’Hexagone (désinsectisation et PCR négative, plus vaccination obligatoire des broutards pour l’Espagne).

Protéines d'insectes: en difficulté, la jeune pousse Ynsect fait geler ses dettes

La start-up Ynsect, spécialisée dans la production de protéines et d'engrais à base d'insectes, a annoncé le 26 septembre son placement sous procédure de sauvegarde, ce qui fige ses dettes pendant six mois, pour soulager «la pression financière subie par l'entreprise». «Confrontée à une conjoncture économique et financière complexe, caractérisée par l'assèchement des financements habituellement dirigés vers les entreprises en croissance, Ynsect a obtenu du tribunal de commerce d'Évry le 25 septembre 2024 l'ouverture d'une procédure de sauvegarde», indique la société dans un communiqué. D'après l'AFP, la jeune pousse, qui a levé au total 600 M$ auprès d'investisseurs depuis sa création en 2011, est confrontée à la difficile montée en puissance de ce qui devait être «la plus grande ferme verticale au monde», dans la Somme. Après sa dernière levée de fonds (160 millions d'euros en 2023-24), Ynsect explique avoir à nouveau besoin d'argent frais. Les délais de cette nouvelle levée de fonds «se sont toutefois avérés incompatibles avec la pression financière subie par l'entreprise». La start-up assure être «en discussion avancée avec un certain nombre d'investisseurs désireux d'accompagner et de financer cette phase de lancement de son processus industriel».

Volailles Label rouge: la production pourrait se maintenir en 2024 (Synalaf)

Le Synalaf (labels avicoles) prévoit une légère décrue de la production pour cette année, après avoir comparé le nombre de volailles labellisées en 2023 aux mises en place effectuées jusqu’au 10 août 2024. En 2023, 91 millions de volailles fermières ont reçu l’estampille Label rouge, pour 93 millions de mises en place. Sur ces 91 millions de volailles, 85 millions étaient des poulets et 3,5 millions des pintades, les deux espèces les plus labellisées. Au 10 août 2024, les éleveurs avaient mis en place près de 67 millions de jeunes volailles en vue de les mener jusqu’à la labellisation (dont 60 millions de futurs poulets et 3 millions de futures pintades); un effectif en diminution de 3,8% par rapport à la même époque en 2023. Mais Bernard Tauzia, président du Synalaf, n’excluait pas «une bonne surprise en fin d’année», a-t-il indiqué à la presse le 25 septembre, alors qu’une stabilité était espérée en début d’année. Une campagne de communication démarre le 1er octobre pour promouvoir les volailles et œufs Label rouge à la télévision à des heures de grande écoute, la première quinzaine du mois.

Blé: l’amidonnerie face à des surcoûts liés à la qualité inégale de la récolte

L’industrie des produits amylacés connaît des surcoûts liés à la qualité inégale de la récolte de blé, a indiqué le 26 septembre son syndicat Usipa. «C’est compliqué cette année» avec le faible PS (poids spécifique) du blé français, a déclaré la présidente Marie-Laure Empinet. «Il va y avoir du travail [de recalibrage] dans les usines, qui risquent de ralentir.» L’amidonnerie, dont l’approvisionnement est à 96% d’origine française, doit s’adapter à une récolte 2024 hétérogène. Elle est contrainte de réduire ses exigences en termes de calibre du blé. Cela impose le réglage des machines, entraînant des arrêts de production. Une usure prématurée des outils industriels est aussi signalée, conséquence du taux de cellulose plus élevé dans le grain. «Des coûts supplémentaires» sont à prévoir, d’après l’Usipa. En termes de volumes, le syndicat alerte sur une production de blé «catastrophique» en 2024 (-26% sur un an), qui s’inscrit dans une baisse tendancielle des surfaces (près de 1 Mha perdus entre 2016 et 2024). Et de relayer l’inquiétude des agriculteurs sur le retrait de pesticides et le renchérissement des intrants. L’amidonnerie affiche en 2023 un chiffre d’affaires en hausse de 17%, à 3,9 Md€, mais une production en baisse (-13,5% de matières premières agricoles mises en œuvre).

Corée du sud: Séoul va indemniser les éleveurs de chiens avant l’interdiction en 2027

Le gouvernement sud-coréen a présenté, le 26 septembre, sa feuille de route pour la mise en place de l’interdiction de l’élevage de viande canine à partir de février 2027. Concrètement, il est prévu un total de 109,5 milliards de wons (Md₩) (environ 74,3 M€) pour aider près de 5900 élevages de chiens, abattoirs, restaurants, sociétés de distribution et autres à mettre fin à leurs activités. Ce financement se décompose en 56,2 Md₩ pour encourager la cessation d’activité, 30,5 Md₩ pour la valeur résiduelle des installations des éleveurs. Par ailleurs, Séoul mise aussi sur une réduction rapide du nombre d’élevage de chiens. Pour ce faire, les éleveurs mettant un terme à leur activité avant 2027 pourront recevoir une indemnité fixée entre 225 000 ₩ (environ 150 €) et 600 000 ₩ (environ 400 €) par chien, en fonction de la période de cessation d’activité. D’autres outils (comme des prêts à faible taux d'intérêt) figurent également dans cette feuille de route. Une fois la nouvelle loi en vigueur, l'élevage, la vente et l'abattage de chiens pour leur viande seront passibles d'une peine allant jusqu'à trois ans de prison ou d'une amende de maximum 30 M₩ (plus de 20 000 €).

Erratum sur les hébergements de saisonniers fermés en Champagne

Contrairement à ce que nous indiquons dans l'Agrafil daté du 26 septembre, trois arrêtés de fermeture d'hébergements collectifs de vendangeurs jugés «indignes» ont été pris par la préfecture de la Marne en 2023, et non depuis le début des vendanges 2024.

Agenda de la semaine agricole du 30 septembre 2024

Lundi 30 septembre
Conférence de presse de rentrée du Réseau action climat (Rac)

Mardi 1er octobre
Sommet de l'élevage, jusqu'au 4 octobre, à Cournon (Puy-de-Dôme)
Conférences sur le pastoralisme et le changement climatique, au Sommet de l‘élevage
Convention d'affaires NutrEvent (alimentation/santé), jusqu'au 2 octobre, à Lille 
Conférence de presse de lancement du concours des miels de France

Mercredi 2 octobre
Conseil spécialisé vin de FranceAgriMer (électif)
Conférence de presse de Syndifrais sur les emballages
Conférence de la CNE (Confédération nationale de l’élevage), au Sommet de l’élevage
Conférence Interbev/Cniel sur les débouchés des veaux laitiers, au Sommet de l’élevage

Jeudi 3 octobre
Lancement de la campagne endives, à Arras
Conférence de presse CNPO (interprofession de l'œuf)
Conférence de presse de la chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine
Conférence d’Interbev sur la valorisation des bovins vifs, au Sommet de l’élevage

Vendredi 4 octobre
Adoption du 12e programme de l'agence de bassin Rhône-Méditerranée-Corse