Manifestations: à Paris, l’Anses et l’Inrae murées, FNE et PCF ciblés en province
Dans la matinée du 28 novembre, une centaine d'agriculteurs FNSEA/JA ont érigé un mur en cartons pour bloquer symboliquement l'entrée de l’Anses, à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), après avoir mené une action similaire à l'aube devant l'Inrae. Le mur de cartons visait à exhorter l’Anses à «déménager à Bruxelles, pour qu’elle arrête de contredire les réglementations européennes» sur les pesticides, a expliqué le président de la FDSEA de Seine-et-Marne, Cyrille Milard, à l'AFP. À l'aube, les mêmes manifestants ont érigé un mur de parpaings devant le siège de l'Inrae, à Paris, et brandi une banderole «À vendre, ne sert plus à rien – Bail à céder - Économie réalisée: 1,1 Milliard €». «On finance un institut national à 1 Md€ par an qui ne nous rapporte que des contraintes», a déploré Donatien Moyson, coprésident des JA Île-de-France Ouest, auprès de l'AFP. Par ailleurs, en 24 h, trois associations membres de France nature environnement «ont été ciblées par des agriculteurs», dénonce l’ONG, citant la CR, la FNSEA et les JA. Des actions qui se sont déroulées à Gap (Hautes-Alpes), à Coutances (Manche) et à Châteauroux (Indre), rapporte Ouest-France. Enfin, à Montauban (Tarn-et-Garonne), des manifestants ont déversé des déchets devant «trois bâtiments de l’État», d’après la préfecture, mais ont également saccagé le siège départemental du PCF (parti communiste) – par erreur, assurent les JA.
Manifestations: Annie Genevard n’a pas condamné les actions devant l’Anses et l’Inrae
Alors que des manifestants FNSEA/JA ont dressé des murs devant les sièges de l’Inrae et de l’Anses (lire ci-dessus), Annie Genevard, ministre de tutelle des deux organismes publics, n’a pas condamné ces actions à l’heure où ces lignes sont écrites, dans la soirée du 28 novembre. «Les agriculteurs ont exprimé leurs attentes immenses vis-à-vis de la recherche et des scientifiques pour trouver des solutions aux défis gigantesques de notre agriculture», estime-t-elle dans un message sur le réseau social X. Et la ministre de l’Agriculture de rappeler que l’action des manifestants s’est déroulée «tôt ce matin», «dans le calme et avant l’arrivée des salariés». «Je partage leur sentiment d’urgence face au changement climatique et à l’impérieuse nécessité de continuer à nourrir les Français avec le produit de nos fermes», écrit encore la locataire de la Rue de Varenne. Dans un second message, Mme Genevard ajoute qu'elle a reçu le p.-d.g de l'Inrae, avec le ministre de l'Enseignement supérieur et la recherche Patrick Hetzel, et que l'institut «connaît les urgences du monde agricole» sur lesquelles il «doit mettre des priorités» (santé animale et végétale). «Les critiques visant notre institut ne rendent pas compte des recherches menées», qui ont débouché sur «des solutions concrètes pour l’agriculture», a sobrement répliqué l’Inrae dans un communiqué. Et l’institut de recherche de se considérer comme «une force pour l’agriculture française».
Pesticides: les députés de la Coméco adoptent la proposition de loi sur l'épandage par drone
Les députés de la commission des Affaires économiques ont adopté, le 27 novembre, la proposition de loi du député Renaissance Jean-Luc Fugit visant à autoriser l'épandage par drone de pesticides autorisés en bio, ainsi que de produits de biocontrôle ou «à faible risque», sur fortes pentes, bananeraies et vignes mères de porte-greffes. En début de séance, les députés LFI, écologistes et PCF se sont prononcés contre le texte. La députée Manon Meunier (LFI) a critiqué un texte «loufoque et décalé» dans le contexte des manifestations agricoles, promouvant des machines destinées «à remplacer» les agriculteurs et favorisant «l'agro-industrie». Le PS a qualifié le texte de «gadget» et conditionné son vote à ce que l'autorisation soit requalifiée en prolongation de l'expérimentation. Jean-Luc Fugit a régulièrement défendu l'objectif de «réduction de la pénibilité» de son texte. Le vote de chaque député n'est pas connu, le scrutin n'étant pas public. Lors de l'examen, les députés ont apporté plusieurs modifications. L'angle minimum des pentes ouvrant l'autorisation de l'épandage par drone a été réduit à 20%, contre 30% dans le texte initial. L'épandage a été exclu à moins de 250 m des zones attenantes à des bâtiments habités ou régulièrement occupés. Et l'autorisation par arrêté des programmes d'application a été liée à un avis préalable de l'Anses.
Pesticides/bio: dans l’Yonne, action Conf’/Fnab contre les contaminations au prosulfocarbe
Des agriculteurs de la Confédération paysanne et du Gaby (agriculteurs bio de l’Yonne) ont mené une action le 28 novembre devant la DDT (préfecture) à Auxerre pour dénoncer les contaminations par le prosulfocarbe, rapporte L’Yonne républicaine. Ce pesticide, devenu «l’herbicide le plus utilisé en France» selon la Fnab, est particulièrement volatil et peut contaminer les cultures bio avoisinantes, en particulier le sarrasin qui est récolté au moment des traitements d’automne. Les militants étaient accompagnés d’adhérents de la coopérative 100% bio Cocebi, qui déplorent 172 t de sarrasin contaminé en 2022, soit 200 000 € de pertes. Au niveau national, «plus de 400 récoltes biologiques ont été contaminées par du prosulfocarbe» depuis 2018, indique la Fnab (producteurs bio) dans un communiqué. Le syndicat a collecté les données de cinq organismes collecteurs, chez qui 140 fermes ont été touchées pour «plus de 550 t de sarrasin et une perte estimée à 550 000 €» (entre 2020 et 2022). «On nous avait promis l’an dernier une indemnisation avec la hausse des taxes sur les pesticides et finalement tout a disparu avec les mobilisations agricoles», déplore le président de la Fnab Philippe Camburet, cité dans le communiqué. «On nous balade depuis quatre ans, ça ne peut plus durer.»
Maïs: l'AGPM demande la régulation des semences ukrainiennes
L’AGPM (producteurs de maïs, FNSEA) a envoyé, le 28 novembre, un courrier de demande de clause de sauvegarde du maïs semence à la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, ainsi qu'à Sophie Primas (Commerce extérieur) et Benjamin Haddad (Europe). En 2020, l’Ukraine a obtenu une équivalence lui permettant de commercialiser ses semences sur les marchés européens. L’objectif: alimenter l’Europe de l’est et, occasionnellement, l’Europe occidentale avec des variétés spécifiques. Or, les volumes importés en Europe, qui plafonnaient à 70 t/an avant l’équivalence, sont passés de 918 t lors de la campagne 2021/2022 à plus de 12 000 t en 2023/2024. «Leur coût de production est divisé par deux par rapport aux nôtres», s’insurge Franck Laborde, président de l’AGPM. Une concurrence directe pour la France, leader européen de la production de maïs semence et premier exportateur mondial. «L’UE dispose d’outils pour réguler ces semences», estime Franck Laborde, qui préside également la Confédération européenne des producteurs de maïs. «L’AGPM demande aux pouvoirs publics de s’en servir, voire de momentanément stopper les importations, le temps que les marchés et la géopolitique se stabilisent.» (Elena Blum)
Céréales: Axiane Meunerie lance une baguette issue de blé bas carbone
Axiane Meunerie, filiale du groupe Axéréal, propose désormais à ses clients boulangers une farine, la Croquise, issue de blé bas carbone. Cette farine, élaborée depuis 1995, a toujours été mise en avant par le groupe dans ses démarches de durabilité. «Il est donc naturel qu’elle soit notre première farine proposée aux artisans boulangers qui soutiennent une agriculture décarbonée», explique Florent Simonneau, directeur commercial de la branche boulangerie artisanale. Concrètement, les agriculteurs fournissant le blé pour la fabrication de la Croquise doivent mettre en place des pratiques pour réduire l’empreinte carbone de leurs cultures d’au moins 30%. Comment? En suivant une soixantaine de pratiques vertueuses, parmi lesquelles l’ajout ou l’augmentation de surfaces dédiées aux légumineuses et aux couverts végétaux ou l’implantation de prairies temporaires et de haies. Cette démarche s’intègre dans celle, plus large, d’Axiane Meunerie de réduire de 30% son empreinte carbone d’ici à 2030. «L’approvisionnement en matières premières agricoles, dont le blé tendre, représente la majorité de notre impact carbone, précise Sarah Menard», responsable RSE. «Favoriser l’agriculture régénérative décarbonée, c’est donc contribuer à réduire les émissions du secteur agricole et celles des industries agroalimentaires comme la nôtre.» (Anne Gilet)
Sucre: accord du Parlement sur un nouvel alourdissement de la taxe soda
Dans le cadre de l'examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 (PLFSS), sénateurs et députés se sont entendus le 27 novembre en commission mixte paritaire pour maintenir le renforcement de la taxe sur les boissons sucrées, tel qu'il a été adopté le 21 novembre par les sénateurs, après avoir déjà été augmentée à l'Assemblée. Une hausse de taxe pour «donner un coup de pied dans l'industrie» alimentaire. C'est ainsi que la sénatrice Élisabeth Doineau, rapporteur général du budget de la Sécu, avait présenté ses amendements visant à relever la fiscalité sur les «boissons à sucres ajoutés». Propositions adoptées avec le soutien du gouvernement: il en coûtera donc 4 centimes par litre pour les breuvages les moins sucrés, et jusqu'à 35 centimes par litre pour les plus sucrés. Un barème sensiblement alourdi par rapport à celui voté par les députés, qui avaient fixé la première tranche à 3,5 centimes et la dernière à 28 centimes. Objet d'un large consensus à l'Assemblée, cette mesure avait été reprise par l'exécutif dans le texte transmis au Sénat, où son renforcement a de nouveau fait l'objet d'un large accord de droite à gauche. De même que la hausse de la taxe sur les «boissons édulcorées», votée contre l'avis du gouvernement.
Solaire: TSE lève 65 M€ et vise la place de leader français de l’agrivoltaïsme
TSE, développeur et producteur d’énergie solaire, a annoncé le 28 novembre lever 65 M€ auprès du fonds Eiffel Investment Group. L’opération «renforce sa structure de financement» avec l’émission d’«une dette obligataire pour un montant de 65 M€» auprès du gestionnaire d’actifs, selon un communiqué. Elle intervient après la levée de 130 M€ de fonds propres auprès d’Eurazeo, de Crédit agricole et de BPI France en 2023. «Le groupe poursuit son développement pour atteindre plus de 1 gigawatt d’actifs en construction et en exploitation à horizon 2027», souligne TSE. Les 65 M€ d’émission obligataire visent à financer ses investissements dans le cadre «du développement et de la construction de nouvelles centrales photovoltaïques, pour une capacité cumulée de l’ordre de 800 mégawatts, soit la consommation annuelle de 450 000 habitants». Créé en 2016, le groupe ambitionne de devenir le principal producteur indépendant d’énergie agrivoltaïque français. «TSE dispose des ressources lui permettant de mener à bien son développement selon son modèle, basé sur la qualité, le long terme, l’engagement territorial auprès du monde agricole et des industriels, sans oublier notre attention faite à l’environnement», déclare le président Mathieu Debonnet.
Inondations: dans le Pas-de-Calais, la FDSEA en appelle à la mutualisation des moyens
Dans un communiqué de presse du 28 novembre, la FDSEA du Pas-de-Calais rapporte un manque d’effectifs pour coordonner et réaliser les travaux de lutte contre les inondations. Une information relevée par voie de presse, à la suite de propos tenus par Thierry Cazin, président du syndicat mixte pour le schéma d’aménagement et de gestion des eaux du Boulonnais (Symsageb). Pour rappel, l’établissement exerce des compétences sur la prévention des inondations et la protection des milieux aquatiques à l’échelle des bassins versants du Boulonnais. Face au manque de personnel évoqué par le président du Symsageb, la FDSEA rappelle que «la profession agricole reste disponible pour la réalisation des travaux d’entretien», non sans dénoncer une «inaction des organismes compétents pour lutter contre les inondations». Depuis le mois de mars, plusieurs réunions réunissant les communautés d’agglomération et les syndicats mixtes de gestion de l’eau se sont tenues, afin de gérer de façon homogène et coordonnée les bassins hydrographiques à travers la création d’établissements publics territoriaux de bassins (EPTB). Or, la FDSEA du Pas-de-Calais déplore dans son communiqué que les collectivités et les syndicats mixtes soient «pour la plupart réticents à la création d’EPTB et la mutualisation de moyens pourtant nécessaires pour permettre une gestion de l’eau au niveau de chaque bassin».
Porc: les exportations de charcuteries restent insuffisantes, selon la Fict
La fédération des charcutiers et traiteurs industriels (Fict) réclame des soutiens publics à l’export des charcuteries de porc, même si les exportations se sont redressées depuis les années 2000, d’environ 30% selon la présentation faite lors des Assises du syndicat ce 26 novembre. «Les charcuteries espagnoles et italiennes bénéficient de soutiens publics substantiels pour promouvoir leurs exportations», a considéré la présidente Christiane Lambert devant la presse. Ces deux origines sont largement responsables de la multiplication par quatre des importations au cours de la même période, qui a fait sombrer la balance commerciale depuis 2000 jusqu’à -900 M€ en 2023, ont considéré les industriels (444 M€ d’exportations pour 1,3 Md€ d’importations). Les pays émergents, notamment en Asie, sont visés par les exportateurs français, entre autres pour les saucissons et jambons secs. L’export représente pour le secteur 8,7% d’un chiffre d’affaires de 9 Md€, selon l’étude de la Banque de France, soit un peu moins de 800 M€. La Fict met en avant les «résultats nettement supérieurs» de l’Espagne (1,8 Md d’euros), de l’Italie (plus de 2,2 Md d’euros) et de l’Allemagne pour les produits transformés à base de porc et de volaille.
Cuir: sous l’effet de la décapitalisation, les exportations de peaux brutes reculent
Les exportations françaises de peaux brutes sont attendues en baisse de 5% pour l’ensemble de l’année 2024, une «conséquence mécanique» de la décapitalisation et du recul des abattages de bovins, a estimé Christophe Dehard, président de l’Alliance France cuir (interprofession), lors d’une conférence de presse le 28 novembre. En raison d’une demande en berne, les abattoirs vendent les peaux «en moyenne 40% moins cher qu’en 2018, malgré des charges qui, elles, ont augmenté», estime M. Dehard, cité dans le dossier économique 2024 de la filière. Récemment élu la tête de l’interprofession, il note que «le profil des animaux abattus a changé». Le développement de la consommation de viande hachée pousse à abattre davantage de vaches laitières, dont les peaux «ne trouvent que très peu preneur en Europe». Pour l’ensemble de la filière cuir (matières premières et produits finis), les exportations françaises se stabilisent en 2024 (+1%, à 19,2 Md€), alors qu’elles avaient fortement augmenté après le Covid (+46% entre 2019 et 2023). Quatrième exportateur mondial de produits en cuir, la France prévoit un excédent commercial de 5,5 Md€ dans ce secteur en 2024. Mais «2025 s’annonce difficile», prévient Philippe Gilbert, d’Alliance France cuir, en raison de l’incertitude sur la demande chez les deux premiers débouchés français: la Chine et les États-Unis.
Versement des aides: Sylvain Maestracci nommé p.-d.g. de l’ASP
Dans son compte-rendu du Conseil des ministres le 27 novembre, Matignon annonce que Sylvain Maestracci a été nommé p.-d.g. de l’Agence de services et de paiement (ASP), notamment en charge du versement des aides Pac. Il succède à Armand Sanséau, qui avait été nommé par intérim depuis le 15 novembre, lui même ayant remplacé Stéphane Le Moing, qui était à la tête de l’organisme public depuis neuf ans. Sylvain Maestracci a été successivement conseiller Planification, directeur adjoint, puis directeur de cabinet de Marc Fesneau lorsqu'il était ministre de l'Agriculture. Il avait auparavant passé deux ans dans ce même cabinet sous les ordres de Julien Denormandie, de septembre 2020 à août 2022.
Agenda de la semaine agricole du 2 décembre 2024
Dimanche 1er décembre
Entrée en fonction de la Commission européenne
Lundi 2 décembre
Conférence des Z'Homnivores (filière viande) sur l'ingérence économique étrangère dans la production alimentaire
Examen en plénière de la PPL Fugit sur l’épandage par drone, à l’Assemblée
Début de la Cop contre la désertification en Arabie Saoudite, jusqu’au 13
Assises territoriales de la transition agroécologique et de l’alimentation durable à Montpellier jusqu’au 3
Assemblée générale de Lorca (coopérative)
Mardi 3 décembre
Commission du Commerce international du Parlement européen (débat sur l'accord UE/Mercosur)
Décision de la Convention de Berne sur le statut de protection du loup
Journée d’informations de la filière porcine, par l’Ifip, à Paris
Congrès national de l’UMIH (hôtellerie, restauration) à Lyon, jusqu'au 5
Séminaire sur le projet Made in AB, par l’Itab (bio)
Conférence de presse Vivadour (coopérative)
Conférence de presse Inter Rhône (vin)
Conférence de presse de Bel et de l'APBO (lait)
Assemblée générale d'Intercéréales
Mercredi 4 décembre
Examen en commission de la PPL sur les entraves au Sénat
La FNSEA et les JA lancent leur campagne pour les élections des chambres, en Dordogne
Congrès des conservatoires d’espaces naturels à Nancy, jusqu’au 7
Congrès scientifique 3R (recherche sur les ruminants), jusqu'au 5
Conférence de presse Millésime bio (salon des vins bio)
Conférence de presse de la CGB (betteraviers, FNSEA)
Assemblée générale de Natup, à Rouen
Assemblée générale de la FN3PT (plants de pommes de terre)
Jeudi 5 décembre
64e Bourse de commerce européenne (grains)
Conférence sur des projets de biocontrôle de l'ITB (betteraves)
Assemblée générale de Centre Ouest Céréales (coopérative)
Vendredi 6 décembre
Le Sénat examine la mission Agriculture du projet de loi de finances
Assemblée générale du GIPT (valorisation de la pomme de terre)