Agrafil du 4 juin 2025

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Pac : les eurodéputés accélèrent sur la simplification, mais s’inquiètent pour la réforme

Les coordinateurs des groupes politiques de la commission de l’Agriculture du Parlement européen ont décidé, le 3 juin, d’examiner le nouveau paquet de simplification de la Pac proposé par la Commission européenne selon une procédure simplifiée. Cette procédure permet d’adopter une proposition avec un nombre limité d’amendements. Pris par le temps avec la multiplication des textes à examiner – paquet vin, OCM, pratiques commerciales déloyales, et bientôt la réforme de la Pac – les eurodéputés veulent aller vite sur ce dossier. Par contre, les groupes politiques s’inquiètent de l’intention de Bruxelles de publier dès le 16 juillet ses propositions sur la future Pac post-2027 en même temps que celles sur le Cadre financier pluriannuel (CFP). Ils vont adresser une lettre aux commissaires européens Hansen (Agriculture) et Fitto (Cohésion) pour leur exprimer leurs réticences vis-à-vis de ce calendrier qui « limiterait considérablement la capacité du Parlement européen à apporter sa contribution avant le début du processus législatif ». Dans leur projet de lettre, ils demandent du temps pour d’abord évaluer la proposition de CFP et ses implications pour la Pac comme cela a été le cas lors des cycles de réforme précédents. Les parlementaires doutent également de la capacité de la Commission à présenter « une proposition cohérente et techniquement solide dans ce délai, rappelant les lacunes techniques observées lors de la dernière réforme de la Pac malgré une période de préparation plus longue ».

OCM : malgré le calendrier serré, la Comagri reste divisée sur la proposition de Bruxelles

« Si nous voulons une compatibilité avec la réforme de la Pac, nous devons avancer vite », a souligné le 3 juin la Française Céline Imart (PPE, droite) lors de l’examen des amendements à son rapport sur la révision de l’OCM en commission de l’Agriculture du Parlement européen. Ce sont 685 amendements qui ont été déposés, « un volume important pour un texte relativement consensuel », rappelle-t-elle, « avec des lignes de fracture profondes parfois plus marquées que prévues ». A ce stade, la question de l’obligation de contractualisation fait débat entre les groupes politiques et entre les nationalités. D’autres sujets suscitent la controverse, comme le statut des organisations de producteurs non reconnues ou le mécanisme de médiation obligatoire. La rapporteure accuse aussi ses collègues d’avoir déposé des amendements allant au-delà de la portée de la proposition initiale, mais en soumet un pour interdire l’utilisation des dénominations associées à la viande à d’autres produits. Mais Pierre Bascou, de la Commission européenne, prévient : « Nous ne pouvons pas nous permettre de discuter d’autres points, cela risquerait de reporter l’adoption de la solution proposée dont les agriculteurs ont besoin ». Le travail technique en vue de définir des compromis a débuté et une réunion des rapporteurs fictifs doit se tenir le 17 juin.

Taxes américaines le Vietnam s’engage à acheter 2 Md$ de produits agricoles des Etats-Unis

En visite diplomatique aux Etats-Unis jusqu’au 7 juin avec une délégation composée de cinquante représentants d’agences, d’entreprises et d’associations du secteur agricole de son pays, le ministre vietnamien de l’Agriculture, Do Duc Duy, a annoncé, le 3 juin, la signature d’une série d'accords afin d’acheter pour plus de 2 milliards de dollars (Md$) de produits agricoles américains sur les trois prochaines années. Il faut dire que Hanoï vit sous la menace des 46% de droits de douane annoncés par le président américain, Donald Trump, le 2 avril, dans le cadre des annonces du « Libération Day ». Concrètement, les contrats concernent l’importation de farine de soja, de maïs, de blé, de soja séché et de drêches de distilleries séchés (DDGS) mais également de fruits ou de viandes. Rien qu’avec l’Iowa, Etat américain dans lequel se trouvait le ministre au moment de l’annonce, ce sont cinq protocoles d’accord qui ont été signés pour une valeur totale de près de 800 M$ sur trois ans. Cela représente une hausse significative par rapport à la moyenne annuelle de 44 M$ d’exportations agricoles de l’Iowa vers le Vietnam.

Installation : vers une simplification des plans de contrôle de la DJA

Au travers de la publication prochaine d'un décret et d'une instruction technique, la ministre de l'Agriculture va simplifier et clarifier les plans de contrôle de la dotation jeune agriculteur (DJA), a-t-on appris auprès des conseils régionaux, qui ont repris à leur compte la gestion (et le contrôle) de ces aides depuis le début de l'actuelle programmation de la Pac. L'annonce pourrait en être faite lors du congrès des Jeunes agriculteurs, à Auch, où Annie Genevard doit intervenir ce jeudi 5 juin. Côté simplification, les textes devraient par exemple supprimer le contrôle des dépenses annoncées dans le plan d'investissement ; jusqu'alors, un jeune ne devait pas dépasser à la hausse ou à la baisse les investissements annoncés. À l'avenir, seul le plancher serait contrôlé. Une clarification est aussi attendue au niveau des sanctions ; une instruction technique avait été publiée en août qui supprimait des points de contrôle, sans que les textes réglementaires prévoyant les sanctions associées au manquement à ces contrôles ne soient modifiées en conséquence. Le nouveau décret à paraître doit lever ce « flou juridique, qui inquiète beaucoup les chambres d'agriculture et les jeunes agriculteurs », indique-t-on chez Régions de France.

PPL Entraves: commission mixte paritaire le 30 juin, réunion préparatoire semaine prochaine

La proposition de loi (PPL) Entraves sera examinée en commission mixte paritaire (CMP) le 30 juin, a-t-on appris de sources parlementaires. Quant au vote de la loi, sa date n'a pas encore été fixée. Les parlementaires de droite demandent, à l'instar de la FNSEA, que le texte soit adopté avant la pause estivale. En vue de trouver un compromis en CMP, une réunion préparatoire entre certains députés et sénateurs, et le ministère, est prévue dès le 11 juin. Le sénateur LR Laurent Duplomb, a indiqué à Agra presse, le 28 mai, ses priorités, qui annoncent des négociations rudes sur la question de l'eau (intérêt général majeur du stockage de l'eau et zones humides) et des agents de l'OFB (Office français de la biodiversité). Sur ces deux points, il demande à s'en tenir à la rédaction du Sénat. Si les parlementaires trouvaient un accord en CMP, le texte peut toujours être rejeté par l'Assemblée. Sur la séparation de la vente et du conseil des pesticides, le sénateur souhaite que le conseil stratégique global soit rendu facultatif, et non obligatoire comme proposé par les députés de la Coméco.

Foncier/A69 : la PPL de validation du chantier saute la case des débats à l'Assemblée

Les députés ont approuvé le 2 juin une motion de rejet LFI contre un texte Renaissance visant à sécuriser juridiquement le chantier de l'A69, avec pour effet d'accélérer le parcours législatif du texte en l'envoyant directement devant une commission mixte députés-sénateurs. La motion de rejet a été approuvée à l'unanimité, les groupes du socle commun et de l'extrême droite joignant leurs voix à celles de LFI, bien malgré elle. Le rapporteur Jean Terlier (Renaissance) a apporté son soutien à la motion, invoquant « l'obstruction » de la France insoumise et des écologistes, auteurs de la quasi-totalité des plus de 700 amendements déposés. Le gouvernement a donné, lui, un « avis de sagesse ». Le texte porté par M. Terlier, déjà adopté au Sénat, vise à conférer au chantier de l'autoroute entre Castres et Toulouse une « raison impérative d'intérêt public majeur », ouvrant la voie à des dérogations à la protection des espèces, au nom du désenclavement du territoire. En validant rétroactivement des autorisations environnementales, il pourrait ainsi empêcher un éventuel nouvel arrêt des travaux. La cour administrative d'appel a certes autorisé qu'ils reprennent, « mi-juin » selon le gouvernement, mais elle s'est prononcée uniquement sur un recours en urgence de l'État, et doit encore trancher sur le fond dans plusieurs mois.

Projets alimentaires territoriaux : 10 M€ maintenus en 2025 pour leur accompagnement

Après les différentes annonces de coupes dans les budgets du ministère de l'Agriculture depuis l'automne, notamment sur les haies et Ecophytos, ou plus récemment sur la bio, le flou planait sur les montants alloués aux volets Planification écologique du ministère. Dans un communiqué du 3 juin, Annie Genevard annonce qu’un budget de 10 millions d’euros est maintenu pour les Projets alimentaires territoriaux (PAT) en 2025. Cette enveloppe doit aider les projets à passer au stade opérationnel (niveau 2). Sur 460 PAT reconnus par le Masa, 215 sont de niveau 2. L'enveloppe doit aussi participer à la «structuration des réseaux régionaux pour en amplifier l’action». En mars 2024, une enveloppe de 20 millions d’euros (M€) avait été débloquée pour les PAT. Elle visait déjà à soutenir le passage des PAT existants en phase « opérationnelle » et la structuration d’un réseau national et réseaux régionaux des PAT. Le gouvernement avait lancé en parallèle la plateforme « France PAT ». Ce site internet permet aujourd'hui de suivre les différents projets et de partager les « bonnes pratiques ».

Elections MSA : FNSEA et JA revendiquent une large victoire

Dans un communiqué de presse le 3 juin, FNSEA et Jeunes Agriculteurs revendiquent 62,2 % des 7 419 élus exploitants et employeurs suite à l’élection des délégués cantonaux de la MSA en mai. Le chiffre inclut les 37,2% d'élus FNSEA/JA, les 8% d'élus FNSEA/JA et apparentés, et 17% d'«élus regroupés (sans étiquette ou autre)». Les deux syndicats ajoutent qu'une partie des élus individuels (32,5%) leur échoira. Des candidats de syndicats concurrents n'étaient présents que dans 25 départements. Selon les résultats fournis par la MSA à Agra Presse, la Coordination Rurale totaliserait 2,9 % des élus, la Confédération Paysanne 2,2 % des élus et le Modef 0,2 % des élus. Les résultats par caisse sont en ligne à l’adresse suivante. « Après un vote de colère aux élections Chambres d’Agriculture, les agriculteurs ont choisi le sérieux, le pragmatisme et l’action, incarnés par Jeunes Agriculteurs et la FNSEA. C’est un signal fort en faveur d’une agriculture constructive et responsable », analyse Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA, cité dans le communiqué. 

Climat : les stratégies de cinq géants de l'agroalimentaire jugées insuffisantes (étude)

Danone, JBS, Mars, Nestlé et PepsiCo ont des plans de réduction des émissions de GES (via par exemple la lutte contre la déforestation) « peu à même d'entraîner des réductions structurelles et conséquentes dans le secteur », affirment les think tanks NewClimate Institute et Carbon Market Watch, le 3 juin dans un rapport. Danone obtient la note intermédiaire d'intégrité « modérée », l'américain Mars et le suisse Nestlé sont jugés « médiocres », l'américain PepsiCo et le brésilien JBS obtiennent la note la plus basse de « très médiocre ». Le rapport regrette, entre autres, que les produits à base de protéines végétales ne soient pas envisagés comme des substituts aux produits animaux, mais plutôt comme des moyens de diversification des portefeuilles pour JBS, spécialiste de la viande, ou Nestlé, qui met en avant les bienfaits des produits laitiers dans l'équilibre nutritionnel. De plus, « aucune des cinq entreprises ne reconnaît le besoin de réduire l'utilisation des engrais », et Nestlé et Danone ne mentionnent que leur remplacement par des engrais naturels. Plus largement, les objectifs de réduction seraient « menacés » par les mécanismes de compensation ; par exemple Danone a « explicité son intention de comptabiliser » ces mécanismes pour atteindre son objectif de réduction.

Sécheresse : 53% de l'Europe et du pourtour méditerranéen affectés mi-mai (Copernicus)

53% des sols en Europe et sur le pourtour méditerranéen étaient affectés par la sécheresse mi-mai, selon l'analyse par l'AFP des données de l'European Drought Observatory (Copernicus, UE) sur la période du 11 au 20 mai 2025. C'est le taux le plus élevé enregistré à cette période de l'année depuis le début des observations en 2012, à plus de 20 points au-dessus de la moyenne 2012-2024 (30%). Cet indicateur, basé sur des observations satellitaires, combine trois paramètres - précipitations, humidité des sols et état de la végétation - et en déduit trois niveaux de sécheresse - surveillance, avertissement, alerte. Du 11 au 20 mai, 42% des sols étaient en déficit d'humidité (avertissement) et 5% en alerte, ce qui signifie que la végétation se développait anormalement. 19% du territoire ukrainien était en alerte, et d'autres pays connaissaient une situation préoccupante : Biélorussie (17%), Pologne (10%), Hongrie et Slovaquie (9%). Plus au sud, les taux d'alerte atteignaient ou dépassaient 20% en Syrie, à Chypre et dans les territoires palestiniens. Mi-mai, le Portugal et l'Espagne étaient au contraire épargnés, avec des taux de sécheresse parmi les plus faibles (0,2% et 2,3%). En France, moins d'un tiers du territoire était affecté (31%), essentiellement dans le nord du pays. 

Plastique: la pollution diminue la photosynthèse et menace la sécurité alimentaire (étude)

L’interférence des microplastiques dans la photosynthèse des plantes affecte la sécurité alimentaire mondiale, relève le Centre d’étude prospectives (CEP) du ministère de l’Agriculture dans son bulletin de veille de mai. Une étude publiée en février dans la revue Pnas montre que la présence de microplastiques dans les écosystèmes réduit la photosynthèse de 7% dans les plantes et de 12% dans les algues, dû à la diminution de la teneur en chlorophylle. « Cette réduction entraîne des pertes substantielles pour les principales cultures (riz, blé, maïs), estimées entre 110 et 361 millions de tonnes, soit 4 à 14 % de la production mondiale », résume le CEP. Le maïs est la culture la plus touchée avec presque la moitié des pertes annuelles, et l’Asie le continent le plus affecté. Les auteurs de l’étude, qui se sont appuyés sur une méta-analyse et un modèle d’apprentissage automatique, constatent aussi de moindres tonnages en pêche et en aquaculture. Ils estiment urgent de réduire la pollution plastique, « d’autant que l’effet n’est pas linéaire : une baisse de 13 % de la pollution pourrait réduire l’impact sur la production de 30 % ».

Semences de maïs : Advanta Seeds acquiert des actifs de l’italien K-Adriatica

Filiale de l'indien UPL, Advanta Seeds a annoncé, début juin, l’acquisition, auprès de la société italienne K-Adriatica, d’actifs clés dans le domaine des semences de maïs. L’accord comprend du matériel génétique de sélection de maïs « tempéré », d’un pipeline de développement d’hybrides et d’un portefeuille de variétés, adaptées aux conditions agro-climatiques du marché européen, et prêtes à être déployées. Rappelons qu’historiquement, Advanta Seeds dispose avant tout de génétiques de maïs tropical et subtropical. Cette acquisition lui offre donc un accès à un marché plus large, complétant ainsi son offre en provenance d’Argentine, d’Australie et des États-Unis. L’entreprise n’exclut pas de profiter de ces variétés pour conquérir de nouveaux marchés sur d’autres territoires, à commencer par l’Inde du Nord, l’Australie, l’Afrique du Sud, l’Argentine, les États-Unis ou la Chine. Cette annonce a, le 2 juin, impacté à la hausse le cours des actions d’UPL dont Advanta Seeds est l’une des filiales. (Anne Gilet)

Céréales/agrivoltaïsme : Axéréal, Arvalis et Ombrea lancent un projet de recherche sur 18 ha

Le projet est acté : les premiers panneaux devraient être installés mi-2026 après que le parcours classique des autorisations aura été validé. Unique en son genre de par sa taille, l’expérimentation menée par Axéréal, Arvalis et Ombrea (filiale de Total Energies) vise, sur 18 des 145 ha de la station expérimentale de Chaumoy (Cher), à acquérir, sur un pas de temps long, des connaissances autour de l’agrivoltaïsme. « Différentes technologies vont être testées, comme les panneaux verticaux ou des trackers de plusieurs tailles, pour mesurer les impacts – positifs et négatifs – sur les grandes cultures qui seront implantées dessous, explique Pierre Toussaint, directeur agronomie, transitions et innovations chez Axéréal. Ce programme s’inscrit aussi dans notre démarche bas carbone autour de l’agriculture régénérative. Ainsi, nous partons plutôt sur des rotations longues, de 7 à 8 ans, en cherchant à identifier les espèces et les itinéraires techniques les plus adaptés. L’enjeu est, à terme, d’apporter une expertise, technique et économique, aux agriculteurs qui souhaiteraient s’engager dans un projet agrivoltaïque sur leur exploitation. » Les données collectées sous ombrage devraient aussi être utilisées dans d’autres contextes : bordures de haies, années à faibles rayonnements ou avec des stress thermiques élevés. (Anne Gilet)

Céréales/polluants éternels : contamination aux TFA « alarmante » en Autriche (ONG)

Les céréales de tous les jours et produits céréaliers contiennent « des niveaux alarmants » de TFA (acide trifluoroacétique), alerte le réseau européen contre les pesticides (PAN Europe) dans un communiqué le 3 juin. Ce constat provient d’une étude réalisée en Autriche par Global 2000, membre de PAN Europe. Les niveaux de TFA détectés sont « trois fois supérieurs » à ceux d’une étude comparable réalisée il y a huit ans. Dans les travaux tout juste dévoilés, les 48 types de céréales et produits céréaliers achetés et testés (dont pâtes, produits de boulangerie, céréales pour petit-déjeuner, céréales complètes) étaient tous contaminés au TFA, à des niveaux « 100 à 1000 fois plus élevés » que ceux retrouvés dans les eaux. Les produits issus de l’agriculture conventionnelle étaient au moins trois fois plus contaminés que les produits issus de l’agriculture biologique. « Dans les produits céréaliers conventionnels, les niveaux moyens étaient si élevés qu'un risque pour la santé des enfants ne peut plus être exclu », prévient l’auteur de l’étude Helmut Burtscher-Schaden, cité dans le communiqué. Fin avril, PAN Europe avait déjà alerté sur « l’augmentation spectaculaire » de TFA dans les vins européens. Le réseau européen milite pour « l’interdiction immédiate » des pesticides PFAS dont le TFA est un produit de dégradation. 

Céréales : vers une Inde déficitaire en aliments du bétail à partir de 2030 (étude)

D’après une étude du département états-unien de l’agriculture (USDA) réalisée en mars, l’Inde pourrait devenir déficitaire en aliments du bétail à partir de 2030. La raison : la hausse de la consommation nationale de produits animaux (viandes, œufs, lait…), qui augmente les besoins des élevages. L’étude rappelle que la consommation indienne en produits animaux a considérablement grimpé au cours des dernières décennies, passant de 46 kg/hab/an au début des années 1960 à 83 kg/hab/an en 2020, et contre 143 kg/hab/an en moyenne au niveau mondial, soit encore une importante marge de progression. Par conséquent, les importations de céréales et d’oléagineux devraient progresser entre 2030 et 2050. À titre illustratif, les besoins en maïs et tourteau de soja pourraient être multipliés par trois à cinq d’ici 2050 selon les scénarios considérés, nécessitant une hausse des importations dès le début de la décennie 2030, relate l’étude. Par exemple, dans un scénario où la croissance des revenus de la population s’avère modérée, cumulée à l’absence d'un recours aux semences transgéniques pour la production locale, les importations de graine jaune passeraient de 11 Mt en 2040 à 26 Mt en 2050, et de 6 Mt à 13 Mt sur la même période en tourteau de soja.

Biocarburants aéronautiques: le français Global Bioenergies cherche des repreneurs

Dans un communiqué du 3 juin, le français Global Bioenergies, spécialisé dans les biocarburants, a annoncé être à la recherche de repreneurs. « Malgré l’ensemble des efforts et des discussions établies ces derniers mois avec de grands acteurs industriels, la société constate qu’elle ne parvient pas à trouver d’investisseurs stratégiques pour financer la poursuite de son activité », explique-t-elle. L’une des raisons invoquées pour justifier l’achoppement des discussions avec les potentiels investisseurs est le contexte géopolitique « délétère pour les investissements dans les solutions de lutte contre le réchauffement climatique et de transition énergétique ». La date limite de dépôt des offres est fixée au 9 juillet 2025. Le tribunal de commerce d’Evry se chargera de choisir le repreneur. La décision finale interviendrait en septembre-octobre 2025, indique Global Bioenergies. La société précise disposer d’une trésorerie de 3 M€ au 3 juin, et de dettes bancaires de 13,1 M€ au 31 décembre dernier, « intégralement inscrits au bilan grâce au report des remboursements obtenu au mois le mois dans le cadre des discussions avec les créanciers bancaires ». Pour rappel, Global Bioenergies prévoyait en juin 2023 la construction d’une usine de biocarburants aéronautiques à horizon 2028. 

Méthanisation : le concepteur français Keon lève 40 M€ et vise l'international

Dans un communiqué du 26 mai, le spécialiste de la méthanisation Keon a annoncé une levée de fonds de 40 millions d’euros auprès de Sienna IM (gérant d’actifs basé à Paris, filiale du groupe luxembourgeois GBL), afin « d’accélérer son développement dans le gaz vert sur les trois prochaines années ». Plus en détail, l’entreprise espère doubler son portefeuille de projets en exploitation d’ici 2028, et se déployer à l’international. Afin de conclure l’opération, Keon était accompagné par le cabinet de conseil français spécialisé dans la transition énergétique Finergreen, également basé à Paris. Keon a été créée en 2005 et détient quatre filiales : Ter’Green (co-développeur des projets de méthanisation) Naskeo (concepteur-constructeur de méthaniseurs), Sycomore (partenaire technique de la méthanisation) et Teikei (expert en déchets organiques). Il regroupe 130 collaborateurs, et revendique en 2025 un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros. Keon indique par ailleurs être « impliqué dans le collectif CAPCOO, qui regroupe des agriculteurs producteurs de biométhane, des experts en gestion des gaz et des partenaires industriels pour valoriser le CO₂ biogénique issu de la méthanisation ».

Insectes : Ynsect prévoit 137 suppressions de postes sur 200 dans son PSE

La direction d’Ynsect a présenté mi-mai un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) prévoyant la suppression de 137 postes sur les 200 que compte la société. Les sites de Paris, Dole et Evry sont touchés, mais c’est surtout l’usine de Poulainville, près d’Amiens, qui est concernée avec 66 postes supprimés. « Le PSE prévoit de ne garder que trois postes d’ouvriers à Amiens », déplore Florent Dupriez, secrétaire du CSE d’Ynsect. La direction de son côté assure que l'élevage ne sera pas supprimé à Amiens. Ynsect prévoit « d’ajuster sa structure de coûts au prix du marché », explique le directeur général Emmanuel Pinto, constatant un écart de prix actuellement « très important » entre la protéine d’Ynsect et les produits concurrents. Selon Florent Dupriez, « la direction veut mobiliser auprès de ses actionnaires, surtout BPIfrance, 10 M€ pour tester une nouvelle méthode d’élevage complètement différente de celle mise au point par Ynsect et terminer la ligne de production de l’usine d’Amiens, ainsi que 17 M€ supplémentaires pour mener à bien son business plan ». La prochaine étape décisive doit avoir lieu le 16 juin. Le tribunal de commerce d’Evry devra alors décider soit d’approuver le plan de la direction, ce qui permet une poursuite d’activité, soit de le rejeter et donc de prononcer la liquidation.

Fièvre aphteuse : l’Omsa reconnaît l’intégralité du Brésil « indemne sans vaccination »

Lors de sa session générale du 25 au 29 mai à Paris, l’Organisation mondiale de la santé animale (Omsa) a officiellement reconnu l’ensemble du territoire brésilien comme « indemne de fièvre aphteuse sans vaccination ». Le même statut a été accordé à la Bolivie, « une prouesse si l’on songe à la coordination nécessaire aux niveaux local et régional dans ces deux pays », souligne l’organisation sur son site web. Au Brésil, premier exportateur mondial de viande bovine, « l’éradication de la fièvre aphteuse a constitué un processus long et difficile », rappelle l’Omsa, en raison notamment « de la taille du pays et de son énorme cheptel » (234 millions de bovins). Et de détailler : « Le pays, divisé en 27 États, a mobilisé son système vétérinaire national, étatique et municipal pour garantir la présence de vétérinaires dans plus de 85 % des municipalités brésiliennes, y compris dans les zones reculées ». L’obligation de vacciner qui subsistait dans cinq États de l’est du pays a été levée en mai 2024, rappellent nos confrères de Réussir Bovins viande, tout en soulignant les risques sanitaires liés à cette décision. « Cette reconnaissance internationale représente une étape importante pour l'élevage brésilien et ouvre de nouvelles perspectives sur les marchés étrangers », notamment en Asie, s’est félicité le ministère brésilien de l’Agriculture dans un communiqué.

Porc : l’Omsa a adopté une norme pour des vaccins efficaces contre la PPA

L’Organisation mondiale de la santé animale (Omsa) a adopté une norme relative aux vaccins contre la peste porcine africaine (PPA) au cours de sa session générale, du 25 au 29 mai à Paris. Les critères minimaux de sécurité et d’efficacité ainsi définis serviront à produire « des vaccins efficaces et de haute qualité [qui], associés aux mesures existantes de lutte contre la maladie, pourraient réduire considérablement les répercussions négatives de la PPA sur la santé animale et les moyens de subsistance des personnes », lit-on sur le site internet de l'Omsa. Au contraire, « des vaccins inefficaces pourraient entraîner la propagation de la maladie ou la recombinaison des virus vaccinaux avec le virus de la PPA en circulation, créant ainsi de nouvelles souches susceptibles de se propager plus facilement et d’échapper à toute détection ». L’Omsa reconnaît que la communauté des chercheurs a fait de grands progrès ces dernières années dans la production de vaccins contre cette épizootie mortelle pour les suidés, dont certains ont été approuvés pour une utilisation sur le terrain dans un petit nombre de pays. « Le contrôle de la PPA est à portée de main », selon l’article de l’Omsa, grâce à un investissement continu dans la recherche.

Asperge : une première vente du robot de récolte Aspercut dans les tuyaux

La start-up française Sylektis, créée en 2020, est en « négociation commerciale » pour la « location-vente » de sa première AsperCut, une machine de récolte sélective d’asperges fabriquée en France, a indiqué à Agra Presse le cofondateur Wilfried Garrigue. Elle servirait pour « la saison 2026 ». Si certains croient peu en la robotisation, des essais chez des cultivateurs au cours de la saison 2025 ont permis de valider des performances : « 605 000 asperges en 60 jours » pour les vertes, indique la jeune pousse, « jusqu’à 36 tonnes » de vertes et « 20 tonnes » de blanches par saison, une capacité de récolte « jusqu’à 4 hectares par robot d’asperges blanches » et un coût de récolte « entre 1 €/kg et 1,5 €/kg, voire moins ». Concrètement, l’AsperCut est « une plateforme proposant deux types de robots : un robot de récolte d’asperges blanches et un robot de récolte d’asperges vertes », qui « peut être équipée d’un ou deux robots, du même type ou différents ». L’un des agriculteurs ayant accueilli les essais, Maxime Pallin, adhérent en Gironde de Maïsadour, a témoigné auprès du magazine anglophone Asparagus World (n°7, p. 37) : motivé par le « manque de main d’œuvre », il espère « à court terme » acquérir « deux robots », citant un coût d’achat « estimé à moins de 400 000 €, amorti sur sept ans ». 

Banane : le géant Chiquita licencie tout son personnel au Panama

La filiale au Panama du géant américain de la banane Chiquita Brands va licencier tout son personnel restant, soit 1 600 personnes, après plus d'un mois de grève contre une réforme des retraites, a annoncé le gouvernement de droite, le 2 juin. Le mouvement social aurait conduit, selon Chiquita, à au moins 75 millions de dollars de pertes et, en mai, l’entreprise avait déjà annoncé le licenciement de tous ses travailleurs journaliers pour « abandon injustifié du travail », ainsi que la cessation d’activité de son centre de production de Changuinola, dans une province caribéenne frontalière du Costa Rica. Un tribunal panaméen a déclaré « illégale » la grève des travailleurs en question. De son côté, le gouvernement a négocié avec les syndicats puis accepté d'élaborer un projet de loi pour rétablir les avantages sociaux des employés des plantations de bananes (en matière de pensions et services de santé). Mais, alors que la grève a aussi conduit au blocage de plusieurs routes de cette région touristique, il conditionne l’examen au Parlement d’un tel texte à la réouverture des routes, ce que les syndicats refusent tant que le texte n'est pas approuvé.

Forêt : le scénario de WWF à 2100, entre hausse de surfaces et baisse de densité

Dans son étude « Enchantées ou désenchantées : quelles forêts françaises en 2100 ? », publiée en mars, le WWF développe trois scénarios : la continuité au regard des politiques actuelles, la rentabilité « à court terme », et une planification territoriale « misant sur une gestion concertée et durable ». Conclusion : seul le troisième pourrait « enrayer la dégradation des forêts et préserver leurs services écosystémiques ». Les scénarios sont déclinés sur plusieurs enjeux : volume de bois sur pied, gestion forestière, usage du bois, filière bois, concertation et lien forêt-société. Pour le bois sur pied, le scénario 1 montre un « dépérissement fort et généralisé », un ralentissement de « l’accroissement biologique » et une diminution du volume à l’hectare ; la surface « baisse en raison de l’abandon des forêts non productives ». Scénario 2 : la « tendance du scénario 1 sur la surface forestière [est] amplifiée, certaines forêts non productives sont même volontairement rasées pour se prémunir contre le risque d’incendie ». Scénario 3 : la surface « augmente légèrement, car la baisse de la consommation de viande et de la production d’agrocarburants de première génération réduit la pression sur les terres agricoles » ; « les efforts d’adaptation n’évitent globalement pas une évolution vers des forêts moins denses et plus adaptées au climat futur ».

Machinisme: Marine Boyer élue présidente de la FNCuma, première femme à cette fonction

Marine Boyer a été élue présidente de la FNCuma (coopératives d’utilisation de matériel agricole) le 3 juin, lors de son congrès triennal organisé à Beaune. Il s'agit de la première femme à la tête de la fédération, créée il y a 80 ans. Âgée de 36 ans, Marine Boyer est éleveuse de vaches allaitantes en agriculture biologique dans l'Aveyron. Elle succède à Pierre Supervielle, président par intérim depuis avril 2025, suite au départ de Mathieu Goehry. Elle fut trésorière de la Cuma du Villefranchois en 2017, puis secrétaire générale de la fédération départementale des Cuma de l'Aveyron. Intégrant par la suite le réseau régional et national des Cuma, elle fut nommée en 2022 au comité directeur du Haut Conseil de la Coopération Agricole (HCCA), où elle représentait les Cuma.