Agrafil du 9 mai 2022

hero

Agrivoltaïsme: quelles installations ne consomment pas d'espace, consultation en cours

Dans le cadre de l'application de la loi Climat et de son objectif de «zéro artificialisation nette» d'ici 2050, le gouvernement a mis en consultation, le 4 mai, deux projets de textes réglementaires (un arrêté et un décret) qui doivent préciser la nature des installations photovoltaïques qui pourront être comptabilisées comme ne consommant pas d'espace naturel ou agricole. La loi précisait seulement que ces installations ne devraient pas «affecter durablement les fonctions écologiques du sol» et,  le cas échéant., être «incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole». Parmi les critères nouveaux introduits par les projets de textes réglementaires, figure notamment le caractère de «réversibilité de l'installation» dont les caractéristiques doivent permettre son «démantèlement à terme». D'un point de vue technique, les modules doivent par exemple être d'une hauteur minimale de 1,1 mètre «au point bas» pour maintenir l'activité agricole ou pastorale. Cette consultation intervient après que l'Ademe a publié sa définition référence de l'«agrivoltaïsme», estimant que le photovoltaïsme doit, pour s'en revendiquer, apporter «directement un service» à l'agriculture (ex. bien-être animal, protection contre la grêle...).

Energies: un projet de décret précise les cultures destinées aux biogaz/biocarburants

Le ministère de la Transition écologique a mis en consultation, du 5 au 26 mai, un projet de décret visant à clarifier les définitions de cultures principales et de cultures intermédiaires utilisées pour la production de biométhane et de biocarburants. Une «culture principale» répond à au moins un des cinq critères suivants : unique culture récoltée sur une parcelle pour une année ; culture déclarée comme telle dans une demande d’aide Pac ; culture n’ayant fait l’objet d’aucune demande d’aide Pac ; culture présente au 1er juin, ou à une autre date, comprise entre le 1er juin et le 15 juin, définie par le représentant de l’Etat dans le département au regard des spécificités climatiques et des pratiques culturales ; culture pérenne, ou cultivée sur une parcelle avec culture pérenne. Une «culture intermédiaire» est semée et récoltée entre deux cultures principales sur une année civile ou deux années civiles consécutives. Par ailleurs, le texte propose de vérifier le respect de la limite de 15% de cultures alimentaires pour chaque lot de biométhane injecté, correspondant à une période de production inférieure à un an.

Jeunes agriculteurs: Samuel Vandaele ne briguera pas de nouveau mandat

Dans un édito paru dans l'édition mai-juin du magazine JA Mag, le président du syndicat Jeunes agriculteurs, Samuel Vandaele, annonce qu'il s'agit de son «dernier édito en tant que président JA» et fait part de sa «tristesse de quitter le réseau». Le syndicat doit tenir prochainement un congrès électif au Mans. Samuel Vandaele avait été élu une première fois à la tête du syndicat jeune en 2019, après que son prédécesseur Jérémy Decerle avait décidé de se présenter aux élections européennes la liste Renaissance des proches d'Emmanuel Macron et de la République en Marche. Samuel Vandaele avait été réélu en novembre 2020. Son mandat a été marqué par une volonté de rapprochement avec la FNSEA. En conclusion du dernier congrès de la FNSEA, au printemps, il Il avait dévoilé que les secrétaires généraux des JA et de la FNSEA travaillaient «depuis plusieurs mois sur des propositions pour renforcer les liens entre (les) deux structures et rendre plus naturel le passage de JA vers la FNSEA».. Il avait appelé les deux organisations «à se serrer les coudes pour faire face à un moment charnière dans l’histoire de nos organisations», décrivant notamment une situation de «recul du nombre d’agriculteurs» et un «engagement qui s’effrite».

Législatives : une viticultrice de l'Aube parmi les premières investitures Ensemble

Ensemble, le mouvement d'alliance entre Renaissance (ex-LREM), Horizons, Agir et le Modem a fait paraître une première liste de candidats investis aux prochaines élections législatives, recouvrant 187 circonscriptions (sur 577). Parmi les nouvelles têtes, figure une viticultrice, Salomé Fontaine, qui se présentera dans la deuxième circonscription de l'Aube, territoire acquis à la droite depuis presque un demi-siècle. Sa victoire n'est pas improbable, puisqu'aux dernières élections législatives de 2017, LR l'avait emporté d'une courte tête dans cette circonscription (55% au second tour) face à LREM. A première vue, la liste d'investitures présentée par Ensemble ne présente pas d'autres surprises pour le secteur agricole, renouvelant sa confiance à plusieurs députés habitués des dossiers agricoles : Sandrine Le Feur (LREM, Finistère), Thierry Benoit (UDI, Ille-et-Vilaine), Richard Ramos (Modem, Loiret), Jean-Bernard Sempastous (LREM, Hautes-Pyrénées) et Grégory Besson-Moreau (LREM, Aube).

Porc: le président d'Evel'Up lance un appel à «relancer la dynamique» du MPB

Philippe Bizien, le président du groupement d'éleveurs Evel’Up, numéro 2 de la production porcine en France, demande à «chaque organisation de producteurs (OP) d’apporter au minimum 15 % de (leur) production hebdomadaire» au Marché du porc breton (MPB) pour «relancer la dynamique collective», a-t-il fait savoir par communiqué le 5 mai. Il estime que ce marché au cadran, qui fixe le prix de référence du porc en France, est menacé. «Nous sommes au bout d’un système», écrit-il. 80% des 28 000 à 30 000 porcs présentés chaque semaine aux quatre abatteurs inscrits au MPB proviennent, selon lui, de deux groupements alors qu’il y en a neuf en Bretagne. Les autres porcs sont livrés en direct aux abattoirs, avec comme prix de base la cotation du Marché. «Aujourd’hui, le MPB ne fonctionne plus, estime Philippe Bizien : il ne suit plus les pics saisonniers, à l’inverse des marchés étrangers, qui savent faire profiter à leurs éleveurs des dynamiques du marché du porc.» D’où cet appel à «la responsabilité collective» pour que ceux qui prônent le renforcement du MPB passent « de la parole aux actes».(Franck Jourdain)

Pesticides: décision reportée pour un ouvrier agricole attaquant son ex-employeur

Le tribunal de Nantes a rendu, le 6 mai, son délibéré dans l’affaire opposant Julien Guillard, ancien ouvrier agricole et vice-président de l’association Phyto victimes, à ses derniers employeurs, une entreprise de paysagisme et une société de transport. Le tribunal ordonne la réunion d'un nouveau comité régional de reconnaissance en maladie Professionnelle (CRRMP) avant de se prononcer sur la procédure de faute inexcusable de l’employeur, engagée en 2018 par Julien Guillard. Un premier CRRMP avait reconnu le lien entre le lymphome non hodgkinien diagnostiqué en 2016 chez Julien Guillard et l’exposition professionnelle aux pesticides et au benzène des fumées d’échappement. «Je suis déçu car j’aurais préféré que le combat s’arrête. Mais il faut en passer par là. Le problème c’est que nous n’avons pas de date pour le CRRMP qui se tiendra à Rennes. Nous estimons qu’il n’y aura pas de nouveau délibéré avant 2024», commente Julien Guillard. Avant le diagnostic de sa maladie, il a travaillé dans plusieurs exploitations agricoles en grandes culture dans la Beauce, puis en polyculture-élevage dans l’Ouest. La procédure fait qu’il attaque son dernier employeur agricole en date, en l’occurrence un paysagiste.

Sécurité alimentaire: 51 pays, dont l'UE et les Etats-Unis, promettent de garder les marchés ouverts

Quelque 51 pays de l’OMC dont les grandes puissances agricoles que sont l'Union européenne, les États-Unis, le Canada et l'Australie se sont engagés, le 6 mais dans une déclaration commune adoptée à Genève, «à travailler ensemble pour assurer qu'il y ait de la nourriture en quantité suffisante pour tout le monde, y compris les plus pauvres, les plus vulnérables et les personnes déplacées». Les signataires, dont ne font pas partie l'Argentine ou le Brésil, soulignent que les mesures d'urgence prises pour faire face à la situation d'envolée des prix suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie doivent provoquer le moins de distorsions possibles, être temporaires, ciblées et proportionnelles. Et ils promettent de garder les marchés agricoles et alimentaires «ouverts, prévisibles et transparents en n'imposant pas de mesures commerciales restrictives injustifiées». Des décisions que prennent pourtant certains pays comme récemment l’Indonésie qui a mis un embargo sur ses exportations d’huile de palme.

Ukraine: le PAM (ONU) demande la réouverture des ports d'Odessa

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a demandé le 6 mai la réouverture des ports de la région d'Odessa, dans le sud de l'Ukraine, afin que les denrées alimentaires produites dans ce pays puissent circuler librement vers le reste du monde. «A l'heure actuelle, les silos à grains de l'Ukraine sont pleins. Dans le même temps, 44 millions de personnes dans le monde se dirigent vers la famine. Nous devons ouvrir ces ports pour que la nourriture puisse (...) sortir d'Ukraine», a déclaré le patron de cette agence onusienne, David Beasley, cité dans un communiqué. «Le monde l'exige car des centaines de millions de personnes dans le monde dépendent de ces approvisionnements», a-t-il assuré. «Je demande à toutes les parties concernées de permettre à cette nourriture de quitter l'Ukraine pour être acheminée là où elle est désespérément nécessaire, afin que nous puissions éviter la menace imminente de la famine», a conclu le patron du PAM. Les ports étant bloqués à cause de la guerre, des millions de tonnes de céréales sont stockées dans des silos à Odessa et dans d'autres ports ukrainiens de la mer Noire.

Prix alimentaires mondiaux: tassement en avril après les records des mois précédents

Après avoir atteint des niveaux record en février et mars (dépassant le pic de février 2011), les prix alimentaires mondiaux mesurés par la FAO ont légèrement reculé (-0,8%) en avril, selon les dernières estimations publiées le 6 mai. Cette baisse s’explique en grande partie par celle des prix des huiles végétales (-5,7% en un mois) du fait du «rationnement de la demande qui a tiré vers le bas les prix des huiles de palme, de tournesol et de soja». La FAO note néanmoins que «des incertitudes quant aux disponibilités exportables en partance d’Indonésie, premier exportateur mondial d’huile de palme, ont contenu une baisse plus marquée des prix internationaux». Les prix des céréales ont aussi enregistré un recul (-0,4%) tiré par la baisse de 3% des cours du maïs «car les disponibilités saisonnières issues des récoltes qui se déroulent actuellement en Argentine et au Brésil ont contribué à atténuer la pression sur les marchés». Les autres produits alimentaires de base sont plutôt orientés à la hausse: + 3,3% pour le sucre, + 2,2% pour la viande et + 0,9% pour les produits laitiers.

Brésil: déforestation record en avril en Amazonie, sous une «immense pression»

Le déforestation en Amazonie a battu un nouveau record pour un mois d'avril, avec plus de 1.000 km2 déboisés, près du double du même mois de l'an dernier sous une «immense pression», selon des défenseurs de l'environnement. Les données satellitaires communiquées le 6 mai sont d'autant plus alarmantes, selon les spécialistes, qu'elles ne prennent pas en compte le mois complet. Du 1er au 29 avril, les images du système de surveillance Deter de l'Institut de recherches spatiales INPE font état d'alertes de déforestation sur 1.012 km2, l'équivalent de près de 140.000 terrains de football. Le précédent record s'élevait à 580 km2, pour l'ensemble du mois d'avril 2021. Depuis le début de l'année, 1.954 km2 ont été déboisés, soit près du double des quatre premiers mois de 2021 (1.153 km2). Le mois d'avril est le dernier de la saison des pluies, où la déforestation est habituellement moins importante. Mais le chiffre de cette année est proche du record pour un mois de juin, qui marque le début de la saison sèche (1.061 km2 en 2021). «Ce chiffre est extrêmement élevé pour cette période, cela montre l'immense pression sur la forêt cette année», déplore Maria Napolitano, responsable scientifique de WWF Brésil.

Fruits à coque: la pistache française, une filière naissante

Notre enquête sur le dynamisme des filières fruits à coque françaises, parue le 6 mai dans Agra presse, a croisé le chemin d'une production naissante en France : la pistache. L’idée de créer une filière pistache en Provence remonte à 2017, quand trois agriculteurs et un entrepreneur estimèrent qu’il y avait un potentiel à explorer pour approvisionner biscuiteries et confiseries provençales. «A ce moment-là les vergers de pistaches n’existent pas en France, tout est à construire» raconte Emmanuelle Filleron, chargée du dossier pistache à la chambre d’Agriculture du Vaucluse. Depuis, une grosse centaine d’agriculteurs ont planté des pistachiers sur des micro-surfaces «un peu partout dans le sud de la France» pour voir comment évolue la culture, avec en ligne de mire un objectif éventuel de diversification selon les rendements et la qualité obtenus. «L’année dernière on était à peu près à 100ha de pistachiers, je pense qu’on devrait être à 150 ou 200 ha cette année. C’est encore très petit», glisse Mme Filleron. Pour l’heure, la filière naissante cherche à sécuriser la production (plants, porte-greffe, itinéraires techniques, lutte contre les maladies et ravageurs…) et à améliorer la connaissance technico-économique. « L’enjeu pour la filière francaise, c’est d’arriver à construire sa propre identité culturelle et qualitative», conclut la chargée de mission. 

Lactalis: perspectives «préoccupantes» et résultats en légère baisse

Le chiffre d’affaires (CA) du groupe Lactalis s’est élevé à 22Md€ en 2021 contre 21,1 Mrds€ en 2020, soit une croissance annuelle de 4,2%, informe le numéro un mondial des produits laitiers dans un communiqué du 5 mai. Le résultat courant de l’industriel est toutefois en «légère baisse» (1,172 Mrd€ contre 1,2Mrd en 2020) et son résultat net consolidé atteint 445M€ soit 2% du CA. Et ce, «dans un contexte inflationniste particulièrement tendu et une activité bouleversée par les conséquences mondiales de la pandémie de la Covid-19 (pénuries, tensions sur certaines matières premières)», rappelle le communiqué. Les récentes acquisitions d’Ultima Foods au Canada, de Leerdammer — racheté à Bel en mars 2021 — et de Kraft Natural Cheese aux États-Unis, ont fait grimper la dette nette du groupe à plus de 7Mrd€. En 2021, Lactalis a investi «près de 620 M€» dans son outil industriel, dont le tiers a été consacré à «la modernisation des laiteries et fromageries». «Près de 100 millions d’euros ont été investis dans les projets de responsabilité sociale», ajoute le leader du secteur laitier. «Les perspectives de 2022 s’annoncent préoccupantes» en raison de l’inflation de ses charges industrielles «à l’échelle mondiale». Selon ses prévisions, elle devrait s’établir «entre 12 et 15% pour l’année».