Agrafil du 9 avril 2025

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Taxes américaines : Bruxelles ajuste sa liste de contremesures, vers l’exclusion du bourbon

« On fait notre possible pour que les mesures remplissent nos objectifs : limiter la casse dans l’UE tout en exerçant un effet de levier important lors des négociations », a indiqué, le 8 avril, Olof Gill, porte-parole en charge du Commerce à Bruxelles, en évoquant la réponse de l’UE aux droits de douane américains. Alors que les Etats membres doivent se prononcer le 9 avril sur une première série de sanctions , la Commission européenne envisagerait, selon un document vu par Agra, de retirer certains produits américains sensibles de sa liste de contremesures comme le bourbon, le vin ou les produits laitiers. Il faut dire que le secteur des boissons alcoolisées pousse pour ce retrait depuis plusieurs jours, au même titre que certains Etats membres comme la France. En outre, le projet de l’exécutif européen propose une entrée en vigueur plus tardive des droits de douane de 25% pour certains produits. La date du 16 mai est évoquée pour un grand nombre de produits agricoles (volaille, œuf, viande bovine, tomates, miel, agrumes, céréales ou encore sucre) alors que celle du 1er décembre est indiquée pour les amandes et le soja. En parallèle, la Commission souhaite mettre en place d’une « Taskforce » pour surveiller les flux commerciaux et agir le plus rapidement possible face au risque de hausses massives des importations.

Taxes américaines: pour Annie Genevard, le Mercosur n'est «pas un remède»

L’accord de libre-échange entre des pays du Mercosur et l’Union européenne «ajouterait des désordres (...) aux désordres provoqués par les taxes douanières de Donald Trump» et n’est «pas un remède», a déclaré le 8 avril la ministre française de l’Agriculture Annie Genevard. «Le Mercosur était mauvais hier, il l’est toujours à mes yeux aujourd’hui pour des filières agricoles et agroalimentaires capitales pour notre pays», a-t-elle déclaré sur Radio J, interrogée sur la possibilité que l’opposition de la France à cet accord soit fragilisée au sein de l’Union européenne. S'exprimant plus largement sur la teneur de la riposte, elle a déclaré que «l'agriculture ne doit pas être la variable d’ajustement de cette riposte. Elle ne doit pas être pénalisée plus qu’elle ne peut l’absorber», a-t-elle défendu. Taxer le bourbon américain ou le soja qui nourrit les animaux européens pourrait ainsi soit susciter une riposte encore plus grande des Etats-Unis, soit toucher directement les marges des agriculteurs et les prix pour les consommateurs. «Il faut convaincre les consommateurs de regarder d’où viennent les produits et de privilégier chaque fois que c’est possible, une origine France», a-t-elle conclu.

Pâtisseries/taxes Trump : les macarons très exposés à une rétorsion européenne sur les amandes

La fédération des entrepreneurs de boulangerie (FEB) s’inquiète d’une possible taxation européenne des amandes états-uniennes, en réponse à la hausse des tarifs douaniers américains des produits de l'UE. Contacté par Agra Presse, Paul Boivin, son délégué général, a expliqué que « les producteurs français de macarons n’ont pas de solution alternative aux amandes californiennes, qui disposent de propriétés organoleptiques uniques. Or, elles peuvent constituer jusqu’à 25 % du produit ». Une taxation menacerait les entreprises très spécialisées, qui exportent massivement aux Etats-Unis. Paul Boivin pointe le fait que si l’UE décidait de taxer les amandes californiennes, « il s’agirait d’une double sanction pour les producteurs français de macarons ». Dans ce scénario, les industriels verraient les coûts des matières premières renchérir, pendant que leurs ventes sont pénalisées par les nouveaux tarifs imposés par l’administration de Donald Trump. Des discussions sont en cours avec le gouvernement, en lien avec la Commission européenne, afin de préserver ces entreprises alimentaires dans le cadre d’éventuelles contremesures européennes. « La mise en place de droit de douane de 20% sur cette matière première pourrait donc tuer leur compétitivité sur l’ensemble des marchés à l’export », prévient le représentant de la profession.

Lait : le scandinave Arla et l'allemand DMK annoncent leur volonté de fusionner

Le groupe laitier scandinave Arla Foods (13,8 Mrd€ de chiffre d’affaires en 2024) a annoncé le 8 avril son intention de fusionner avec le groupe allemand DMK (5,1 Mrd€ de chiffre d’affaires en 2024), pour devenir l'un des leaders mondiaux du secteur. « Notre fusion réunit plus de 12000 agriculteurs et nous voulons devenir une coopérative qui réalisera un chiffre d'affaires pro forma combiné de 19 Mrd€ », devenant ainsi la première coopérative laitière européenne, explique Arla Foods dans un communiqué. La nouvelle entité prendra le nom d'Arla, son siège restera au Danemark et le groupe danois obtient aussi la présidence du nouveau groupe ainsi que la direction générale qui sera assurée par Peder Tuborgh, actuel directeur général d'Arla Foods. La concentration est soumise à l'approbation du conseil d'administration des coopératives et des autorités réglementaires dans les prochains mois. « L’accord sera soumis pour approbation au conseil des représentants de la coopérative en juin 2025 », indique le communiqué. Les deux coopératives ont déjà collaboré, en particulier en créant « une entreprise commune ArNoCo, qui transforme le lactosérum issu de la production de fromage de DMK en concentré de protéines de lactosérum et en lactose de haute qualité pour les activités mondiales d'Arla dans le domaine des ingrédients ».

Lait : Even poursuit la croissance de sa collecte de lait et ses investissements

Le groupe coopératif Even a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 2,7 Mrd€, stable par rapport à 2023, provenant à 65% de Laïta (transformation laitière). « En dépit d’une croissance du volume de lait collecté et d’opérations de croissance externe, le chiffre d’affaires 2024 reste stable, ce qui traduit un marché alimentaire en perte de valeur, de la déflation sur certains produits et un mix produit simplifié », note Christian Griner, directeur général. Even a enregistré « une hausse de 4 % de la collecte laitière annuelle, atteignant 421,5 millions de litres en 2024 », note la coopérative, qui prévoit « de redistribuer une enveloppe globale de 11 millions d’euros à ses producteurs adhérents, soit 26 €/1000 litres en moyenne, portant ainsi le prix du lait à 485,12 €/1000 litres. » Les investissements ont connu une forte croissance à 107 millions d’euros en 2024 (+38 % par rapport à 2023). Even a acquis Colmar Frais, entreprise alsacienne de viandes, et Méchinaud (herbes aromatiques). En 2025, le groupe coopératif entend continuer d’investir pour diversifier ses activités et stabiliser son modèle. « Nous allons continuer d’investir dans des PME, au gré des opportunités, et pour densifier notre maillage du territoire national », prévoit Christian Griner. 

PPL SRP+10 : le CMP est parvenue à un accord, prolongations jusqu'en 2028

Réunie le 8 avril, la commission mixte paritaire sur la proposition de loi (PPL) sur le SRP+10 (seuil de revente à perte +10 points) a été conclusive - un accord a donc été trouvé entre les membres députés et sénateurs. Par rapport au texte voté au Sénat, plusieurs modifications ont été apportées. Concernant les sanctions en cas d’infraction au SRP ou de non-transmission d’informations par les distributeurs, il est prévu une sanction jusqu’à 0,4% du chiffre d’affaires annuel hors taxes réalisé en France lors du dernier exercice clos (100 000 euros pour une personne physique et 500 000 euros pour une personne morale étaient prévus). Les durées d’expérimentation qu’il s’agisse du SRP+ 10 comme de l’encadrement des promotions sont harmonisées pour aller jusqu’au 15 avril 2028, comme dans le texte de départ porté par le rapporteur Stéphane Travert. Et l’expérimentation inclura désormais les produits à marques de distributeurs (MDD). A noter que les produits de DPH (droguerie, parfumerie et hygiène) pourront faire l'objet de promotions jusqu’à 40%.

Egalim 4 : Jean-Baptiste Moreau dubitatif, notamment au vu du «contexte parlementaire»

L'ancien député de la Creuse et rapporteur de la loi Egalim, Jean-Baptiste Moreau indique à Agra Presse qu'il a bien été nommé coprésident de la commission économique du parti Renaissance, aux côtés de la députée Nicole Le Peih, confirmant une information du média spécialisé Contexte. Parmi ses chantiers prioritaires : la Pac post-2027 et les relations commerciales. L'ancien éleveur ne goûte guère l'idée d'un projet de loi «Egalim 4» porté par le gouvernement, dans un «contexte parlementaire» qu'il juge trop incertain. «Lancer une grande loi Egalim, c'est ouvrir la boîte à claques, c'est risquer de nouvelles interdictions de phytos. Et concernant les relations commerciales, que veut-on faire de plus ? Je ne vois pas quel objet est impératif, et ne pourrait pas passer par une proposition de loi.» Il se dit par exemple opposé à la sanctuarisation de la matière première industrielle («autant supprimer les négociations commerciales»), et pousse des mesures autour de l'origine et la transparence des marges. Concernant la Pac, l'associé d'Agriculture Stratégies (ex-Momagri) pousse une «Pac contracyclique», sur le modèle du Farm Bill qu'il juge «plus efficace».

NGT: les négociations interinstitutionnelles débuteront le 6 mai

La commission de l’Environnement du Parlement européen a validé le 8 avril son mandat de négociation sur le projet de règlement concernant les nouvelles techniques de sélection génomiques (NGT). Les pourparlers en trilogue avec la présidence polonaise du Conseil de l’UE débuteront donc le 6 mai. Elles s'annoncent ardues tant leurs positions sont opposées sur certains points. Les eurodéputés se prononcent en effet pour imposer une traçabilité et un étiquetage tout au long de la chaîne alimentaire (y compris aux NGT de catégorie 1 considérées comme équivalente à des variétés conventionnelles) et pour interdire l’octroi de brevets à tous les NGT. Les Etats membres, au contraire, sont difficilement tombés d’accord mi-mars sur un compromis qui ne prévoit pas d’étiquetage aux consommateurs et autorise les brevets. Pour le commissaire européen à la Santé, Oliver Varhelyi, qui échangeait le 8 avril avec les eurodéputés de la commission de l’Agriculture, «la discussion sur les brevets risque de polluer l’ensemble du dossier».

Semences/blé : Lemaire Deffontaines reprend la sélection blé tendre de Lidea

Le sélectionneur-obtenteur Lemaire Deffontaines annonce, le 4 avril, avoir finalisé la reprise des programmes de sélection blé tendre de Lidea, l’activité semences du groupe Euralis. Cet accord comprend « l’acquisition du fond génétique, des lignées en fin de sélection, des dépôts réalisés en 2024, du transfert des contrats de travail de l’équipe de sélection (six ingénieurs et techniciens) et de l’achat d’un bâtiment à Réclainville, en Eure-et-Loir ». Ce dernier accueille des bureaux, des laboratoires, des installations de triage, de préparation de semences, une salle de traitement et un atelier de maintenance pour le matériel d’expérimentation. Pour Lidea, cette opération s’inscrit dans l’objectif, annoncé en octobre 2024, de mener « un plan d’économies renforcé », notamment au travers de la cession de certaines capacités industrielles. Lemaire Deffontaines s’engage également à fournir de nouvelles lignées à Lidea en vue de leur inscription dans les années à venir. Lemaire Deffontaines entend ainsi « accroître ses efforts de sélection, développer ses programmes de recherche en céréales à paille et optimiser le fonctionnement de ses équipes basées à Auchy-lez-Orchies (Nord), siège de l’entreprise, et à Réclainville. » L’enjeu : innover dans la création de variétés adaptées à des modes de productions durables et résilients pour la France et l’Europe. (Anne Gilet)

Cultures végétales: des Assises du sanitaire au second semestre

A l'occasion de la réunion du Cnopsav (politique sanitaire) en plénière le 8 avril, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a précisé le calendrier des Assises du sanitaire, dont les travaux dédiés à l'élevage ont déjà commencé, mais pas encore ceux dédiés aux cultures végétales. A cet effet, une mission du CGAAER (ministère de l'Agriculture) a été lancée, qui doit se pencher sur la question du financement de la santé végétale, rapportent deux participants à la réunion. Et les travaux des Assises du sanitaire ne commenceront qu'après la livraison du rapport, attendu autour la rentrée scolaire 2025. Le format des Assises devrait être similaire en élevage et en cultures végétales, indiquent les professionnels. Lors de la réunion du Cnopsav, la FNSEA a plaidé pour une place importante du FMSE (fonds sanitaire professionnel) dans le dispositif de gestion des risques sanitaires, à la surprise de plusieurs organisations participantes, qui ont souligné un risque d'affaiblissement du Cnopsav. En cultures végétales, le FMSE dispose déjà de plusieurs sections spécialisées en animal comme en végétal (ex. aviculture, fruits, légumes frais, oléiculture, pépinière - horticulture, et viticulture).

Grandes cultures : vers un assouplissement de la méthode du Label bas-carbone

La révision de la méthode du label bas Carbone dédiée à la filière grandes cultures a été mise en consultation par le gouvernement du 7 avril au 12 mai. Selon Laure Nitschelm, ingénieur R&D d'Arvalis, coauteur de la méthode, « il s'agit d'une mise à jour intégrant un plus large panel de leviers afin d'intégrer davantage de porteurs de projets dans la démarche ». Parmi les évolutions apportées ; les producteurs intégrant la culture de miscanthus dans leurs assolements, représentant au maximum 20 % de leur atelier grandes cultures, seront désormais éligibles au label. Par ailleurs, le porteur de projet peut désormais utiliser un panel plus large de biocarburants existants dans son processus de production (tracteur, machine de séchage des grains etc.). « Auparavant, seul l’E85  (biocarburant contenant 85 % d'éthanol) était considéré dans la méthode Grandes Cultures », détaille l'experte d'Arvalis. Enfin, d’autres évolutions sont proposées sur le dépôt et la vie du projet, ainsi que sur les références nécessaires aux calculs des réductions d’émissions de gaz à effet de serre.

Bière/céréales : le groupe coopératif Axéréal lance la brasserie Chambord

Le groupe coopératif céréalier Axéréal a annoncé dans un communiqué du 4 février le lancement de sa brasserie Chambord. Le site est localisé à Saint-Gervais-La-Forêt (Loir-et-Cher). Il produira une bière dite premium, à base de malt issu d’orges locales et émanant des céréaliers adhérents de la coopérative. L’installation comprendra un espace bar, boutique brasserie, afin d’accueillir le grand public. Les orges produites répondront au cahier des charges CultivUp Régénératif, imposant des critères de production réduisant l’impact carbone des cultures (travail réduit du sol, introduction de légumineuses, couverture permanente des sols etc.). Les orges seront maltées à la malterie d’Issoudun (Indre) appartenant à Boortmalt, filiale de la coopérative. Le houblon proviendra en grande partie « des houblonnières Houblon Field situées dans le Loiret à Léouville », détaille le communiqué. Dans un article du 7 avril  (article payant), nos confrères des Echos précise que la brasserie disposera dans un premier temps d’une capacité de production annuelle de 3 000 hectolitres, pour atteindre à terme 12 000 hectolitres. Les bières sont conditionnées en fûts, bouteilles et canettes, et seront destinées aux grandes surfaces, aux cafés, hôtels-restaurants et à l'export, précise l’article. D’après la même source, la création du site, qui emploie huit personnes, a représenté pour Axéréal un investissement de 3 millions d’euros.

Eau: les eurodéputés adoptent une position plus favorable à l'agriculture

La commission de l’Environnement du Parlement européen a adopté le 8 avril sa position sur la future stratégie sur la résilience en eau que prépare Bruxelles pour le mois de juin. A l’issue de négociations intenses entre les groupes politiques, les propositions initiales social-démocrate Thomas Bajada ont été largement assouplies, sous pression des partis de droite, pour mieux tenir compte des besoins du secteur agricole. Le rapport appelle la Commission à proposer des objectifs sectoriels en matière d'efficacité hydrique et de captage (prélèvement d'eau de surface ou souterraine) fondés sur des évaluations des risques. Mais ceux-ci ne sont plus contraignants. Un paragraphe qui identifiait l'agriculture comme «la principale source de pression sur les eaux de surface et les eaux souterraines» a été supprimé. Plusieurs amendements de la commission de l’Agriculture ont aussi été ajoutés. La mention du Green deal a été effacée du texte pour laisser la place à un appel à mettre en œuvre «la législation environnementale de l'UE». Les eurodéputés demandent à la Commission européenne la création d'un fonds distinct dédié à la résilience de l'eau dans le cadre du budget à long terme de l'UE post-2027. Ce rapport d'initiative devrait être adopté lors de la session plénière du 5 au 8 mai.

Adaptation au changement climatique : des sinistrés et ONG vont attaquer l’Etat en justice

Des associations de défense de l'environnement et des citoyens sinistrés ont annoncé leur intention de poursuivre l'Etat pour que la France renforce ses mesures d'adaptation au changement climatique, une « première » européenne selon les requérants. Le recours, qui doit être formé devant le Conseil d'Etat vers la mi-juin, est porté par les ONG (Greenpeace, Notre Affaire à Tous et Oxfam) ayant déjà fait condamner l'Etat pour inaction climatique dans « l'Affaire du siècle ». Mais les associations sont cette fois rejointes par onze personnes (particuliers ou représentants de collectifs) ayant subi des conséquences du changement climatique : champs inondés, fissures dans le logement, coupures d'eau, canicules invalidantes... Le média Vert cite le cas de Jérôme Sergent, paysan dans le Pas-de-Calais, « inondé huit fois en quatre mois pendant l’hiver 2023-2024 », qui « subit sans cesse de fortes précipitations qui noient ses terres, détruisent son matériel et tuent ses volailles ». Les requérants estiment que l'Etat manque à ses obligations et que son troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (Pnacc-3), présenté en mars, est largement insuffisant. Ils espèrent le contraindre à prendre des mesures plus ambitieuses.

Vin : les Vignerons coopérateurs proposent des «prix d’orientation» pour le bio et le HVE

Les Vignerons coopérateurs ont indiqué le 8 avril avoir déposé à Bruxelles une demande de dérogation au droit de la concurrence afin de fixer des «prix d’orientation» pour les vins bio et HVE. « Nous proposons un accord de durabilité pour soutenir les producteurs engagés dans des pratiques respectueuses de l’environnement », a déclaré le président Joël Boueilh. Le dossier a été déposé le 21 mars auprès de la Commission européenne, dont la réponse est attendue en juillet pour une mise en œuvre dès la vendange 2025. Cet accord de durabilité s’appuie sur l’article 210 bis du règlement OCM, qui permet de déroger au droit de la concurrence. « L’objectif est d’envoyer un signal de prix aux producteurs bio et HVE pour qu’ils ne sortent pas de leur démarche de vin durable », a-t-il expliqué. Il s’agit d’un prix d’orientation, débattu entre la production et le négoce sur le vrac. Son niveau est plafonné à 20 % au-dessus du coût de production, dont le chiffrage est issu des centres de gestion. Trois bassins sont initialement visés : Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Vallée du Rhône-Provence. Pour l’heure, seule une demande a été déposée pour l’Occitanie. Mais la Vallée du Rhône va suivre, selon Les Vignerons coopérateurs.

Crise viticole : 20 % des caves coopératives en « situation précaire »

Le président des Vignerons coopérateurs Joël Boueilh a estimé le 8 avril que « près de 20 % » des 570 caves coopératives en France sont « dans des situations précaires ». « Une centaine de coopératives viticoles, près de 20 %, sont dans des situations précaires », selon lui. La fédération plaide en faveur de rapprochements. « Pour bien préparer l’avenir, il faut avoir des outils suffisamment costauds », a souligné Joël Boueilh. Contrairement à quatre coopératives céréalières du Sud-Ouest ayant récemment annoncé leur rapprochement, dont certaines dépassent le milliard d’euros de chiffre d’affaires (Maïsadour et Euralis), « nos caves de quelques millions d’euros n’arrivent pas à se projeter dans ces opérations-là », d’après lui. La loi de finances pour 2025 prévoit 10 M€ pour la restructuration des caves coopératives. Une enveloppe que les Vignerons coopérateurs espèrent voir utilisée au « deuxième semestre ». Dans un communiqué le 6 février, l’organisation appelait les pouvoirs publics à « établir les bases réglementaires et prévoir la rétroactivité du dispositif dès le début 2025 ». Ces 10 M€ visent à « moderniser les infrastructures des caves coopératives et à accompagner les démarches de restructuration, notamment les fusions ».

Difficultés de trésorerie : en Occitanie, l’aide de 15M€ ouverte jusqu’au 7 mai

En Occitanie, le guichet d’aide exceptionnelle à la trésorerie a ouvert le 7 avril et peut être demandé jusqu’au 5 mai, indique la région dans un communiqué le 8 avril. Annoncée au salon de l’Agriculture, cette aide dotée de 15 millions d’euros (M€) s’adresse aux agriculteurs affectés par une baisse de production « d’au moins 30% » en 2024, « en raison de calamités agricoles ou d’affections sanitaires pour les élevages ». « D’un montant forfaitaire maximum de 5 000€ pour les exploitants individuels et 10 000 euros pour les GAEC, elle est fixée à 30 000€ maximum pour les sociétés coopératives agricoles. Un bonus de 2000€ sera octroyé aux agriculteurs nouvellement installés, soit depuis moins de 5 ans », détaille la région. Les intéressés doivent remplir un formulaire de demande d’aide et annexes, avec pièces justificatives. 

Ail/pesticides : une étude pointe la distorsion entre France, Espagne et Italie

A l’occasion de la réunion du groupe de contact Ail (France, Espagne, Italie)  les 1er et 2 avril à Chabrillan (Drôme), la Fepex espagnole a présenté les résultats d’une étude comparative amorcée en 2024 lors de la précédente rencontre du groupe de contact en Italie. Sur 138 solutions phytosanitaires homologuées sur l’ensemble des trois pays, 40 ne le sont pas en Espagne, 75 en France et 107 en Italie. Cette situation a suscité une incompréhension forte chez les professionnels présents : « Dans un contexte où la France importe 50% de l’ail consommé depuis l’Espagne, il n’y a aucun sens à cloisonner par pays la liste des produits phytosanitaires autorisés », pointe l’interprofession française Aniail dans un communiqué. Les trois pays producteurs ont indiqué qu’il fallait faire part de cette étude à la Commission européenne, « pour appuyer une demande de reconnaissance mutuelle et totale de toutes les solutions phytosanitaires à partir du moment où celles-ci sont autorisées dans un pays ». Cette étude servirait également à alimenter les échanges avec les firmes phytosanitaires et les inciter à s’engager sur la reconnaissance mutuelle.

Forêt : un numéro d'urgence contre le pillage des forêts privées en France

Coupes illégales, escroqueries : Fransylva, la fédération des forestiers privés de France, a lancé le 8 avril une « ligne d'urgence » (01.47.20.90.58) pour mieux lutter contre les vols de bois en forêt et documenter l'ampleur du phénomène. Ces vols de bois sur pied sont une « menace sérieuse » pour le renouvellement forestier, la biodiversité, la capacité de la forêt à stocker du carbone, affirme Antoine d'Amécourt, président de Fransylva. Selon la fédération qui rassemble environ 70 syndicats départementaux, les vols sont « le plus souvent le fait de réseaux criminels très organisés qui pillent les forêts et alimentent un trafic international », notamment pour l'exportation de chêne vers la Chine. Le dispositif permettra aussi d'évaluer l'ampleur des préjudices et de voir si les vols sont en hausse ou pas, alors que le prix du chêne, principal arbre pillé, a beaucoup augmenté ces dernières années, passant en moyenne de 64 euros le m3 en 2020 à 94 euros en 2022, avant de redescendre autour de 84 euros en 2023. De plus, Fransylva demande au gouvernement de créer « une cellule dédiée mobilisant le renseignement, les forces de l'ordre et les douanes » pour mieux lutter contre ces pillages, et plaide pour un « alourdissement des sanctions pénales, notamment des amendes ».