Le plan d’action pour la filière biologique, présenté par Bruxelles le 10 juin, laisse perplexes les professionnels du secteur qui s’interrogent sur sa portée. De leur côté, les transformateurs de produits conventionnels s’en félicitent : le bio n’a pas vocation à sortir de sa niche commerciale.
L’accueil du plan d’action en matière d’agriculture et d’alimentation biologique, présenté le 10 juin par Bruxelles, est mitigé. Les industriels du secteur se « félicitent que l’Europe se penche sur cette question au moment où le secteur vit une crise », remarque un représentant français de la profession. Mais « les moyens financiers débloqués ne sont pas chiffrés », regrette-t-il. Difficile dans ces conditions de connaître la volonté de l’Union européenne de pallier les problèmes de positionnement marketing du bio.
Sujets d’inquiétude
La Commission « reconnaît la dimension environnementale de l’agriculture bio», se félicite Vincent Perrot de la Fnab (Fédération nationale de l’agriculture biologique des régions de France). Aucune solution n’est toutefois apportée à certains sujets d’inquiétude de la filière comme les risques de contamination par les OGM. Personne ne critique la volonté de Bruxelles de rendre plus lisible la notion de produit bio, et pas plus, son souhait de renforcer les contrôles et clarifier les réglementations nationales. En revanche, dans l’Hexagone, les industriels du bio rechignent à abandonner leur logo AB, « utilisé depuis plus de 10 ans », explique l’un d’entre eux. Pour ce dernier, le logo européen est totalement « inconnu du public et son graphisme rappelle trop les autres labels européens d’IGP ».
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« Rémunération de reconnaissance »
Par ailleurs, les transformateurs bio regrettent que l’Europe ne prévoit pas une harmonisation des aides à l’agriculture biologique. Une telle aide aurait permis de réduire le prix de leurs matières premières. Ils attendaient une « rémunération de reconnaissance » européenne d’autant qu’elle existe dans la plupart des pays européens mais pas en France. Ce soutien est justifié, à leurs yeux, par les surcoûts liés à la protection de l’environnement et par les 25 % de main-d’œuvre supplémentaire exigés par les pratiques bio. L’Etat devrait en partie les prendre en charge. A l’inverse, la Ciaa (Confédération des industries agroalimentaires de l’UE) se félicite justement qu’une telle aide ne soit pas prévue par Bruxelles. Le plan bio favorise les aides au démarrage d’exploitations agricoles biologiques mais ne prévoit « pas d’aides permanentes », se réjouit l’organisation. Le bio « doit rester une niche commerciale », estime la Ciaa. Toutefois, le lobby bruxellois met en garde : les marges de manœuvre laissées aux Etats membres pour soutenir l’agriculture bio « ne doivent pas conduire à une remise en cause du marché intérieur en créant des distorsions de concurrence ». Autre sujet d’inquiétude, la promotion des produits issus de l’agriculture biologique « ne doit pas être présentée comme une alternative aux autres aliments », revendique la Ciaa.