Depuis plusieurs mois est survenue la thématique d'agriculture industrielle. Violemment rejetée par les uns, pudiquement défendue par les autres. Le concept n'a pas très bonne presse, chez les citadins comme chez les ruraux ou agriculteurs eux-mêmes.
Mais qu'est-ce qu'un agriculteur industriel ? Le serait-on dès qu'on gère 500 vaches ? Et ne l'est–on pas quand on en exploite 100 ? Alors, où est la frontière ? Est-on industriel dès qu'on a 10 salariés ? Mais dix exploitants, est-ce mieux qu'un exploitant avec neuf salariés ? Dans la Creuse, un bon nombre d'éleveurs se regroupent pour créer un centre d'engraissement de bovins. Plutôt que de les envoyer en Italie pour être finis avant de nous revenir sous forme de viande. Le projet de la Creuse, si industriel soit-il, c'est de la relocalisation. Faut-il le condamner parce qu'il s'agit d'une exploitation « industrielle ».
En viticulture, les vignerons particuliers emploient souvent des salariés. Saisonniers ou permanents. Et ils ont souvent des unités d'embouteillage parce que la mise en bouteille sur l'exploitation est un gage de qualité, de contrôle. On n'est pas très loin de l'industrie. Alors faut-il l'accepter ici et la condamner là ? Et puis, c'est si mal que cela, l'industrie ?
Plus encore : les agriculteurs français, de tous bords syndicaux, cultivent souvent le sur-équipement : d'énormes tracteurs ou moissonneuses batteuses, rampes d'épandage ou d'arrosage. On ne les considère pas comme des industriels alors que leurs machines sont parfois bien plus colossales que celles qu'on rencontre en usine. Alors qui est industriel ? Qui est paysan ? La différence est parfois bien ténue. En France, on adore les concepts un peu vagues qui ont pour seul mérite qu'on peut les contester sans trop se poser de questions. Hervé Plagnol, rédacteur en chef