La publication du rapport annuel Cyclope réunissant une soixantaine d’experts autour de Philippe Chalmin tombe à point nommé alors que la prise en compte de la volatilité des cours dans les prix alimentaires va faire, à n’en pas douter, débat dans les prochains mois. Tous les clignotants sont au rouge et il faudrait être bien inconscient pour croire que la spirale de la hausse des cours est derrière nous : la gravité des changements climatiques n’est pas prise en compte, certains pays moteurs comme la Chine commencent à s’essouffler, les égoïsmes l’emportent comme le montrent les échecs des grandes négociations sur le commerce international. Et pourtant, la cécité des gouvernants semble encore perdurer, ce qui fait dire à Philippe Chalmin « que les marchés mondiaux seront toujours aussi instables et il ne servira à rien de s’en prendre à la spéculation qui en est la conséquence et non la cause ». Un constat sans appel qui devrait inciter tous les acteurs de la filière alimentaire à engager une réflexion en profondeur. Il ne s’agit plus de préserver son pré carré mais de faire un front commun pour aborder ces turbulences. Les premières réactions qu’a suscitées le projet de loi sur la consommation se proposant d’intégrer ce facteur de la volatilité ne semblent guère présager d’une approche plus consensuelle sur le sujet. Mais défendre le dogme que les consommateurs qui acceptent les hausses des prix de l’essence ou du tabac ne seraient pas prêts à payer plus pour leur alimentation, (ou moins quand les cours baissent si tout le monde joue le jeu), a-t-il encore un sens? Vaut-il mieux se faire les champions de la défense de l’indice des prix que de l’emploi dans les usines alimentaires? Des questions qu’il ne serait pas inutile d’aborder d’autant que le poids de l’alimentation ne cesse de baisser dans le panier du consommateur.