Danone, Pernod-Ricard, Bongrain,…les valeurs alimentaires ont souffert de la crise qui a affecté les places boursières internationales. Mais deux fois moins que l’ensemble du marché, confirmant ainsi leur statut de valeurs refuges. L’année 2008 a aussi été marquée par l’envolée du cours des matières premières, la hausse de l’indice des prix et la contraction de la marge opérationnelle des fabricants (de -1%, selon l’échantillon de CM-CIC Securities). Pour 2009, il faut s’attendre à de nouveaux mouvements de concentration, malgré l’attentisme général. Les fabricants de produits agroalimentaires vont chercher à amortir la crise en se recentrant sur leur core-business et en se développant à l’international.
L’année 2008 restera dans les esprits comme celle de la crise boursière qui a affecté toutes les places de la planète, au lendemain du dépôt de bilan de Lehman Brothers le 15 septembre dernier. Avec un plus bas de 2.838,50 points, atteint le 21 novembre dernier (contre 5.600 points début janvier 2008), le CAC 40 a chuté de 42,7% sur l’année. C’est sa plus mauvaise performance depuis la création de cet indice il y a 21 ans. A Wall Street, le Dow Jones a terminé sur une baisse de 33,8%, tandis que le Nasdaq a perdu 40,5% de sa valeur.
Déclenchée par la crise des subprimes aux Etats-Unis, cette crise financière puis économique a d’abord affecté le secteur des banques, ainsi que celui des ressources naturelles. Mais aucun secteur économique n’a été épargné. Pas même celui de l’agroalimentaire, considéré comme un secteur défensif en cas de crise. A Paris, par exemple, l’indice sectoriel de l’agroalimentaire s’est replié de 30%.
Les « Blue Chips » moins affectées que les « small caps »
En quelques mois, les « Blues Chips » de l’agroalimentaire (en Europe Nestlé, Danone, Unilever, Diageo,…) ont vu fondre leur capitalisation boursière.
Le groupe Danone, valeur phare du compartiment, a perdu en un an 29,7% de sa valeur pour terminer l’année sur une valorisation de 22,186 milliards d’euros. D’après des données fournies par Datastream sur un échantillon de 16 valeurs en Europe (voir tableau), Bonduelle perd 29,7% (à 469,6 millions d’euros), Pernod Ricard 33% (à 11,636 milliards d’euros), le groupe Bongrain 36,4% (à 737,7 millions d’euros), et Rémy-Cointreau 39,2% (à 1,402 milliard d’euro).
Mais ce palmarès n’est pas si sombre qu’il n’y paraît de prime abord. En premier lieu, parce que le secteur confirme malgré tout son statut de secteur défensif et qu’il résiste mieux à la tempête boursière que les autres (à l’exception du secteur de la santé en baisse de seulement 19% à Paris). Les principales valeurs du « food » en Europe subissent un recul de 23,1% alors que l’indice européen, DJ Stoxx 600, lui, cède jusqu’à 45,6%.
En outre, certaines valeurs se distinguent par leur résistance, notamment Nestlé, dont le recul se limite à 20%. « C’est pour beaucoup d’investisseurs, la plus belle valeur refuge, au sein de l’alimentaire, car aucune de ses activités ne pèse plus de 10 à 15% de son chiffre d’affaires total et parce que le groupe est très international », note un analyste. Ce qui permet de répartir les risques, quelle que soit l’ampleur de la crise.
« D’une manière générale, ce sont les entreprises les plus dépendantes des marchés “matures” comme la France et les plus mono-produits qui sous-performent », souligne Francis Prêtre, analyste financier chez CM-CIC Securities. Parmi les « small caps », les valeurs secondaires des places européennes, Fleury-Michon perd par exemple 42%. De même, Bongrain et Bel sont-ils affectés par la raréfaction de la matière première et l’envolée des prix du lait.
Des marges sous pression
Sur un plan macro-économique, le bilan de l’année 2008 pour les sociétés agroalimentaires est loin d’être catastrophique. « Certes le yo-yo des matières premières a perturbé les comptes en 2008. Mais l’impact de la crise économique sur la consommation globale est resté relativement modeste. Ce n’est que depuis octobre-novembre, et sur les fêtes de fin d’année, que l’on note un coup d’arrêt de la consommation ».
L’envolée du prix des matières agricoles, qui a été selon les cas de +50 % à + 200 %, en générant une hausse des prix et en contractant les volumes de ventes (même si les ménages n’ont pas fortement réduit leurs dépenses allouées à l’alimentaire) a néanmoins pesé sur les marges. « En 2008, les valeurs de notre échantillon ont vu leur marge opérationnelle baisser de 1% », souligne Françis Prêtre. Pour 2009, ce dernier fait le pari d’une inversion de tendance. Sur fond de ralentissement de l’économie mondiale, la première vague de baisse du prix des matières premières agricoles s’est enclenchée (-20% à -40%). Les prix de vente au consommateur qui ont progressé de +4,1% entre septembre 2007 et septembre 2008, selon Nielsen Panel International devraient se stabiliser, puis entamer une baisse. « Si la baisse du prix des matières premières agricoles s’accentue (-10% à -20% pour les céréales au seul mois de septembre !), les répercussions dans la filière devraient se faire sentir d’ici 2 à 6 mois selon les produits, donc au deuxième semestre 2009 », note l’analyste de CM-CIC Securities.
Dans un tel contexte, les marques nationales dont les ventes ont fortement chuté en 2008 (-4 à -5%) face aux MDD (en hausse de 5 à 11% depuis 2007) et au hard discount pourraient prendre leur revanche. Grâce aux efforts marketing et produit menés par les entreprises, tout d’abord, estime CM-CIC Securities. Danone vient par exemple de lancer un yaourt Ecopack (les 6 yaourts à 1 euro) avec un emballage allégé. Grâce aussi à la réduction des écarts de prix entre MDD et marques nationales. Cet écart était de 34% en 2007 et devrait encore se contracter en 2009. Les marques nationales pourraient alors redevenir plus compétitives aux yeux du consommateur qui recherchera plus que jamais les bonnes affaires et les petits prix en 2009.
Le comportement du consommateur en 2009 reste cependant la grande inconnue de l’année qui vient, dans un contexte marqué par un attentisme généralisé et une hausse sensible du chômage.
Les entreprises se concentreront sur leur « core business »
Pour l’exercice 2009, un scénario catastrophe, impliquant une contraction massive de la consommation n’est donc pas à exclure. Les entreprises de l’agroalimentaire devront faire preuve plus que jamais de leur capacité d’adaptation. « Il faut s’attendre à une année riche en rapprochements, en création de joint-venture, plus qu’en OPA ou en fusions-acquisitions. Les groupes agroalimentaires se recentrent sur leur “core business”, pour atteindre la taille critique et se développer à l’international. Trois marchés émergents sont stratégiquement très importants aujourd’hui pour les entreprises du secteur : la Chine, l’Amérique du Sud et l’Europe centrale », estime Francis Prêtre. Des scénarios que l’exercice 2009 permettra, ou non, de confirmer.