Bruno Hot est arrivé à la tête du Syndicat des fabricants (SNFS) au lendemain de la réforme du règlement européen sur le sucre. Il en rappelle ici les attendus et les conséquences alors que l’an 3 de la réforme s’est ouvert il y a à peine un mois.
Agra alimentation : Où en est-on au lendemain de la réforme de l’OCM sucre ?
Bruno Hot : Malgré des tâtonnements au début de sa mise en application, la nouvelle politique sucrière de Bruxelles a maintenu le cap fermement : elle visait à concentrer la production dans les zones les plus compétitives, baisser les volumes et les prix et supprimer quasiment les exportations sur pays tiers tout en ouvrant davantage le marché européen aux importations. Cette politique découlait des obligations imposées par l’OMC après le panel que l’Europe avait perdu face notamment au Brésil. La première réforme a quand même d’abord été le fruit d’un compromis et pourtant elle n’a pas donné ses pleins effets, les Etats membres de l’Europe du sud – les moins compétitifs – obtenant des aides pour le maintien d’une partie encore importante de leurs capacités tandis que la France, elle, acceptait de fermer 5 usines.
Il a donc fallu une « réforme de la réforme », beaucoup plus volontariste et contraignante, et c’est dans ce cadre que nous sommes pour la campagne actuelle 2009-2010 qui vient de commencer. Bien qu’elles soient parmi les pays les plus compétitifs, la France et l’Allemagne se sont amputées de 16 % de leur production, d’autres Etats membres de 50 %, et ainsi l’objectif d’une réduction globale pour l’UE de 30 % a été atteint. Les prix de référence ont été diminués par paliers, le dernier qui vient d’être franchi étant d’ailleurs le plus sévère puisque le prix tombe de 525 euros à 404 euros la tonne de sucre. Ce qui n’est simple pour personne, ni pour les planteurs ni pour les entreprises.
Certes, le prix réel de marché n’est pas celui-là et surtout, s’agissant du sucre hors quota, nous bénéficions d’un effet d’aubaine imprévu puisque la campagne sera exceptionnelle en quantité et en qualité et que dans le même temps les cours mondiaux, plutôt déprimés jusque là, se sont mis à remonter fortement. Ils sont aux alentours justement de 400 euros la tonne.
Avec des fondamentaux qui n’ont rien à voir avec ceux des céréales, le sucre est bien une production contra-cyclique et son cours mondial n’a jamais été aussi haut et il se situe très près du prix européen, ce qui ne s’était pas vu depuis très longtemps.
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Les cours mondiaux sont-ils à la hausse pour longtemps ?
Parmi les facteurs explicatifs de cette hausse, il y a d’abord le fait, justement, que l’Europe s’est complètement retirée du marché d’exportation depuis 2006. Alors qu’elle était le premier opérateur avec un volume exporté de 5 à 6 millions de tonnes, elle est devenue importatrice nette et parmi les plus gros importateurs ! De plus, parmi les exportateurs, le Brésil et l’Inde, cette dernière est devenue déficitaire, avec une production ramenée à seulement 16 MT contre 25 MT auparavant, alors que ses besoins intérieurs croissent régulièrement. C’est là une voie royale pour les exportations brésiliennes dont on pensait qu’elles viendraient combler le déficit indien. En réalité, elles ont été limitées par une politique nationale très tournée vers l’éthanol, qui a été lancée lors de la hausse des prix du pétrole.
La hausse des cours du sucre, enfin, est accentuée par le report sur cette denrée des fonds d’investissement qui avaient misé sur les céréales jusqu’à ce que les prix ne soient retombés.
On saura seulement sur la base des prochaines campagnes de canne si ce mouvement haussier peut se calmer, mais ce ne sera pas avant au moins le printemps 2010.