Le boulanger industriel Aryzta devrait reprendre 49 % de Picard à Lion Capital avec une option d'achat. Le distributeur de surgelés, qui a appartenu successivement à quatre fonds, pourrait ainsi prendre appui sur un industriel largement internationalisé.
La success story de Picard pourrait-elle dépasser le cadre franco-français avec un nouvel actionnaire ? Le boulanger industriel Aryzta, coté à la Bourse de Zurich et très internationalisé, est entré en négociations exclusives avec Lion Capital pour reprendre 49 % du capital de Picard, a-t-il annoncé dans un communiqué le 31 mars. Cette opération s'accompagnera d'une option d'achat des 51 % restants d'ici trois à cinq ans. En attendant, le groupe suisse disposera de deux sièges au conseil d'administration de Picard.
UNE OPÉRATION À 2,25 MILLIARDS D'EUROS
Picard est valorisé à 2,25 milliards d'euros (dont 1,3 milliard d'euros de reprise de dette), sur la base d'un chiffre d'affaires de 1,35 milliard d'euros sur 2014/2015 (exercice clos à fin mars) et d'un résultat d'exploitation de 192 millions d'euros. Aryzta devra donc investir 446,6 millions d'euros pour cette première tranche de l'opération, auxquels il faudra ajouter d'importantes reprises de dettes. Lion Capital a en effet fait récemment bondir la dette de Picard pour faire remonter 602 millions d'euros de dividende (Agra Alimentation du 12 février 2015).
Arytza financera l'acquisition avec les revenus issus de la cession de plus de la moitié de sa participation dans sa filiale irlandaise Origin, dédiée aux fourrages et aux engrais. Owen Killian, directeur général du groupe, présente d'ailleurs ces deux opérations comme une façon pour le groupe de remonter la chaîne de valeur. Et souligne les bonnes performances de Picard, dont le résultat d'exploitation a progressé de 3 % chaque année depuis cinq ans, et la part de marché de 2 % annuellement sur la même période.
LA CLÉ DE L'INTERNATIONALISATION ?
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Ce rapprochement Arytza-Picard « peut être une bonne complémentarité », a déclaré un proche du dossier à l'AFP. Arytza « pourra être un vrai soutien à l'international », a-t-il ajouté. De fait, si Picard a orchestré une réelle success story en France, le groupe est encore très (trop ?) peu internationalisé. Présent en Italie (où il n'a jamais vraiment décollé), en Belgique et Suède, il a annoncé l'an passé son développement au Japon en partenariat avec Aeon. En attendant, fort de plus de 920 points de vente en France et d'une part de marché de près de 19 %, il a annoncé récemment vouloir se développer sous franchise dans des zones rurales, particulièrement consommatrices de produits surgelés.
Pour la petite histoire, Lion Capital et Aryzta se connaissent depuis 2008. A cette époque, l'irlandais IAWS reprend 32 % du capital du suisse Hies-tand à Lion Capital pour fusionner les deux activités. De cette opération naît Aryzta, qui, après avoir cédé ses activités amont devrait à terme racheter Picard à… Lion Capital. L'opération est soumise au feu vert des autorités de la concurrence.
ARYZTA EST TRÈS INTERNATIONALISÉ
Si la reprise par Aryzta aboutit, Picard, qui a été racheté successivement par quatre fonds depuis sa cession par Carrefour en 2001, reviendrait dans le giron d'un industriel, dont on peut penser qu'il se projette à plus long terme qu'un fonds dans l'opération.
Aryzta, spécialiste des produits de boulangerie/pâtisserie et traiteur surgelés à destination des professionnels, dispose d'une solide implantation à l'international, dans toute l'Europe (47 % des ventes), mais aussi en Amérique du Nord (47 % des ventes également). Le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 4,8 milliards d'euros en 2014 (+ 6,6 % par rapport à 2013) et un résultat d'exploitation de 566 millions d'euros (+ 18,9 %).