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Traiteur Bernard Stoeffler, capital investisseur

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Bernard Stoeffler sait passer la main. « Il vient un moment où un chef d’entreprise n’est plus en mesure de diriger son affaire en fonction de ses intérêts », explique-t-il pour justifier sa décision de ne plus être le président-directeur général du groupe Stoeffler à partir de 1992, cinq ans après son affiliation à Danone. Le groupe français ayant voulu garder le créateur de la société alsacienne dans son giron, celui-ci y a finalement conservé un poste d’administrateur, qu’il occupe encore aujourd’hui. Parallèlement, Bernard Stoeffler est également devenu administrateur de la société Kronenbourg, alors filiale de Danone, à la demande du p.-d.g. de l’époque, Jean-René Buisson, aujourd’hui président de l’Ania. Si sa conviction, selon laquelle un dirigeant ne peut durablement exercer sa fonction, a dicté son choix de passer le flambeau, d’autres activités retenaient par ailleurs toute son attention. Car Bernard Stoeffler est avant tout un créateur d’entreprise et un investisseur infatigable, et pas seulement dans le secteur agroalimentaire.

Des participations dans 12 sociétés

« J’ai des participations, majoritaires ou minoritaires, dans 11 sociétés, dont Stoeffler » fait-il ainsi remarquer. Pour épancher cette soif d’investissement, l’homme a ainsi créé en 1981 la SARL Alsa Gestion, destinée à gérer ses participations passées, présentes et à venir. Trois ans plus tôt soit 4 ans seulement après les débuts de Stoeffler, l’entrepreneur se lançait d’ailleurs dans la création de la société Sobovia, également située à Obernai, spécialisée dans la préparation de produits à base de viande. Fusionnée avec le grossiste en viande Romeco en 1991, au moment de son rachat, Sobovia a depuis été revendue au groupe Copvial, en 2001. De cette capacité à entreprendre, dans un secteur et une région différente, est également née la société dunkerquoise Appeti Marine en 1988, spécialisée dans la transformation de plats cuisinés surgelés à base de poisson. À son tour revendue au groupe belge Pieters NV en 1999 (dans le giron du groupe norvégien Fjord Seafood depuis 2000), l’entreprise est, aux dires de son créateur, aujourd’hui très lucrative.

Créateur ou repreneur

Si Bernard Stoeffler est avant tout un créateur d’entreprises, il n’en a pas moins le flair pour en reprendre. C’est le cas de la société Bruneau Pegorier, située à Châtillon et spécialisée au moment de son rachat en 1997 dans la fabrication de produits à base de viande destinés à la RHF mais à qui son repreneur réservait un autre destin. Alors que l’entreprise avait besoin de nouveaux locaux, Bernard Stoeffler reprenait 3 ans plus tard la société SNSA, basée au Mesnil Amelot, près de Roissy, qui elle bénéficiait d’une usine flambant neuve de 5 hectares, en surcapacité. Dans la foulée, les deux entreprises étaient donc fusionnées. Pour cette société spécialisée dans la transformation de viande et la fabrication de plats cuisinés, charcuteries, pâtisseries salées et sucrées, à l’emplacement stratégique, Bernard Stoeffler avait bien sûr de nouvelles ambitions. Dès lors, la société Bruneau Pegorier Catering voyait progressivement diminuer son activité historique, jusqu’en 2003, pour finir par se consacrer uniquement au catering aérien. « Cette mutation s’est faite sans aucun licenciement, au contraire », tient à préciser Bernard Stoffler. Rachetée en majorité depuis par le groupe Servair, la société est aujourd’hui dirigée par Bernard Stoeffler – qui en a conservé une minorité du capital – et réalise un chiffre d’affaires net de 49 millions d’euros pour quelque 520 collaborateurs.

De l’agroalimentaire au BTP

Plus récemment, ce titulaire d’un CAP de boucher charcutier et d’un BEP de comptabilité, reprenait en 2002 la société Bretzel Burgar. Alors en dépôt de bilan, la société emploie aujourd’hui 160 personnes, soit le double depuis son rachat, et continue d’exercer son activité de fabrication de bretzels et pains divers dans une toute nouvelle usine au Nord de Strasbourg. « Toutes les sociétés que je gère ou dans lesquelles j’ai une participation se portent bien » s’empresse d’ajouter Bernard Stoeffler. Car ses investissements ne se limitent pas à l’agroalimentaire. Depuis une quinzaine d’années, celui qui préfère se présenter comme un homme du capital développement plutôt qu’un « business angel », a ainsi investi dans des secteurs aussi divers que le BTP, le lavage automatique ou l’informatique. « Je suis curieux par nature. Quand une entreprise vient solliciter mon aide pour financer son développement avec des projets intéressants, j’étudie son dossier de près » explique cet homme de 56 ans.

Une règle d’or : éviter l’interdépendance

Au total, depuis 1974, Bernard Stoeffler est intervenu dans le destin de 15 sociétés. Si ses projets semblent être partis dans tous les sens, une règle demeure : toujours préserver l’indépendance des sociétés entre elles, sans tenter de mettre en place des synergies. « J’ai trop observé les dangers de telles tentatives chez les grands groupes. Car bien souvent, 1 plus 1 ne donne pas 2,2 comme annoncé, mais 1,6 », assène-t-il avec conviction. Dans la plupart des cas, Bernard Stoeffler place un patron opérationnel aux commandes de ses business, tout en continuant à exercer son influence dans les grandes orientations stratégiques et les décisions importantes. Cette adaptabilité et cette flexibilité ont permis au président de la Financière Stoeffler (dont il détient 26 % du capital) de reprendre provisoirement la barre de sa première création, au moment de ses difficultés en 2002, pour mieux la redresser. Assurément, si le capitaine sait passer le gouvernail, il garde un pied à bord, l’œil rivé sur l’horizon.