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Légumes/Résultats  Bonduelle marche fort à l’international

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Si le chiffre d’affaires du spécialiste des légumes progresse de près de 5 % à 1,196 milliard d’euros en 2005-2006, son résultat opérationnel accuse une baisse de 2,2 %, pénalisé par les coûts de restructuration et de réorganisation engagés dans le cadre d’un programme sur trois ans. Mais cet engagement a permis à Bonduelle de retrouver une visibilité sur l’évolution future des résultats, et ainsi de renouer avec la croissance externe. La prise de participation dans Aliments Carrière au Canada se traduira en 2007 par une prise de contrôle qui permettra de renforcer une activité hors zone euro, déjà très dynamique.

Sur l’année 2005-2006, non seulement la part des pays hors de la zone euro dans le chiffre d’affaires de Bonduelle s’est accrue de 2 points à 16 %, mais la croissance s’est élevée à 13 % alors même que le chiffre d’affaires de la zone euro régressait de plus de 2 %, ce qui a permis au spécialiste des légumes d’atteindre la quasi-stabilité (-0,3 % sur l’exercice) à 1,196 milliard d’euros. Ces chiffres sont loin d’être anecdotiques. Certes, l’univers de la consommation dans l’Union européenne était particulièrement morose, mais la progression de l’internationalisation du groupe est tout sauf conjoncturelle. Il s’agit d’un mouvement appelé à s’accélérer, et ce d’autant plus que le prochain exercice se fermera sur l’acquisition de 85 % à 100 % du leader canadien du légume transformé, Aliments Carrière, déjà détenu à hauteur de 25 % Cf. Agra Alimentation n°1933, du 15 juin 2006, p.34. Un pas significatif dans le développement du marché nord-américain.

Disparités de croissance entre les zones géographiques

Territoires traditionnellement forts de Bonduelle, la France, l’Allemagne et le Benelux régressent de 2 points dans la répartition du chiffre d’affaires, au profit des pays d’Europe centrale et orientale, des Balkans et d’Amérique du sud. Le chiffre d’affaires de l’Europe orientale et des Balkans progresse de 36 %, fortement stimulé par la bonne performance de l’Ukraine (+47 %), devenu pour Bonduelle plus important que la Belgique, et de la Roumanie (+59 %) tandis que la Russie et la CEI trouvent leur rythme de croisière à +10 %. Dans cette zone où la conserve prédomine largement, le surgelé commence à émerger et les capacités de production de l’usine de Krasnodar dans le sud de la Russie augmentent de 50 % tous les ans.

A venir, plusieurs extensions de gamme devraient booster encore les ventes. Bonduelle lance tomates et cornichons ainsi qu’olives et champignons en 2007, le tout soutenu par des dépenses marketing en hausse de 23 %, et plusieurs vagues de publicité afin de profiter de coûts encore peu chers pour implanter la marque dans la zone. En Amérique latine, Bonduelle maintient sa position et cherche à développer un sourcing local notamment au Brésil et au Chili, tandis qu’en Amérique du Nord, où la rentabilité est excellente, le groupe poursuit son développement sur des produits de spécialité. Depuis octobre 2006, des synergies sont mises en place avec le canadien Carrière.

Un groupe mondialisé

En effet, la bonne santé du groupe lui a permis de renouer avec la croissance externe au cours du second semestre de l’exercice. Le rachat des surgelés d’Unilever en Espagne et au Portugal, principalement à marque Salto, vient compléter l’acquisition réalisée en 2001 de la marque de légumes surgelés Frudesa et de l’usine de Benimodo près de Valence, qui sous-traitait la fabrication de poêlées surgelées à marque Salto. Cette opération représentera un chiffre d’affaires additionnel de 8 millions d’euros en 2006-2007, et une rentabilité de 2 M EUR. Plus importante encore, la prise de participation progressive dans Aliments Carrière permet au groupe d’établir une base solide en Amérique du nord. Le leader canadien des légumes en conserves et des légumes surgelés a un chiffre d’affaires prévu pour 2006-2007 de 225 millions d’euros, réalisé aux 2/3 au Canada, à 1/3 aux Etats-Unis, et bénéficie d’une excellente rentabilité « meil-leure que la nôtre », a fait remarquer Christophe Bonduelle, p.-d.g. du groupe. Des performances qui devraient pouvoir être améliorées en enrichissant la gamme de basiques par des produits élaborés et des concepts qui ont rencontré un certain succès en Europe.

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Frais contre surgelé

Autre perspective de développement intéressante : la catégorie frais, en croissance et qui dépasse largement le surgelé malgré l’arrêt des crudités foodservice. Les enjeux de développement sont propres à chacun des pays où cette catégorie est commercialisée. En Allemagne, si la part de marché atteint 20 %, l’enjeu est de gagner, en jouant la carte de la publicité, des points de distribution. En France, Bonduelle a rejoint le niveau de distribution de son concurrent Florette, et sa part de marché progresse quand celle de Florette diminue. L’objectif est donc d’accélérer le développement afin de dépasser Florette. En Italie, Bonduelle a une part de marché de 20 % et pas de concurrent. L’entreprise cherche donc à pousser son avantage, notamment en augmentant la distribution dans le sud du pays. A l’inverse du frais, la catégorie surgelés souffre dans un environnement en profonde recomposition. « Pour évoluer, il faut promouvoir les marques par des concepts innovants », explique Pierre Deloffre, directeur général de Bonduelle, justifiant ainsi l’apparition des cuisinés barquette, qui proposent à côté des légumes, de la protéine animale, poulet ou saumon. Encore faut-il convaincre les distributeurs ce qui s’avère difficile chez Auchan : « On s’acharnera à les convaincre que c’est une grosse erreur d’avoir déréférencé nos surgelés », affirme, déterminé, Christophe Bonduelle. Côté bonnes nouvelles, le rachat de Salto permettra un renforcement de la marque Frudesa sans coût de transfert, et la mise en place de synergies logistiques, commerciales et administratives.

Des concepts produits innovants

Point fort du groupe (48 % du CA), l’activité de conserves a bénéficié du léger effritement des marques D’Aucy et Géant vert et voit ainsi sa part de marché passer de 15,6 % en 2005 à 16,1% en septembre 2006. Le lancement en mars 2005, étendu en octobre 2006, des légumes du soleil Cassegrain a réussi, en Italie, l’ensemble de l’activité est passé au format Tetra Recart, avec un packaging innovant et très design, et le maïs, principal légume de Bonduelle, a connu une progression continue tant à marque Bonduelle qu’en MDD. Au printemps 2007, des coupelles snacking de maïs au miel ou au jus de citron feront leur apparition en rayon. Enfin, l’activité foodservice innove en proposant en partenariat avec Danone et Sodebo pour la commercialisation, un « lunchbox », repas complet vendu dans les stations-service Shell et BP. Chez Bonduelle, le snacking en progression, permet de réaliser 45 M EUR de chiffre d’affaires, chiffre qui devrait encore s’accroître : la formule lunchbox bénéficiera prochainement d’accords avec d’autres marques, et sera déclinée en transport aérien (un contrat est déjà signé avec Corsair) et ferroviaire. Les sachets fraîcheur continueront leur fulgurante progression avec un objectif de croissance de 40% en 2006-2007, et un développement hors de France.

La restructuration des coûts pèse sur la rentabilité

Pour financer ces projets, notamment de croissance externe, il fallait une visibilité sur l’évolution future des résultats que la restructuration a permis de retrouver. Effectif diminué, nombre de sociétés réduit, fermeture des usines de Wanzleben en Allemagne et Flaucourt en France, mise en place de centres de services partagés et arrêt de certaines activités, comme le sponsoring voile, ou le projet de commercialisation de légumes haut de gamme First, sont autant d’éléments du programme de réduction des coûts David et Goliath. L’objectif de baisse des coûts (15 M EUR sur 3 ans), sera atteint d’ici 2007 à hauteur de 9 M EUR. Mais les coûts de restructuration et réorganisation, soit 5 M EUR de charges non récurrentes, ont pesé sur le résultat opérationnel, en recul de 2,2 %. Hors impact de cette charge, celui-ci progresse de 2,2 %. En progression de 8,9 %, le résultat net (40,4 M EUR) traduit un résultat financier stable et une diminution de la charge fiscale. Compte tenu d’intérêts minoritaires positifs, le résultat net part du groupe s’améliore de 3,2 %.

Les perspectives pour 2006-2007 restent bonnes : +4 % de croissance interne, des effets positifs de la croissance externe et une rentabilité en progression de +7 % à +10 %. Le numéro un européen de la conserve de légumes et du frais élaboré parle également pour 2007 de produits marketés sous l’angle nutrition – santé, un engagement vers l’avenir : « Demain, nous ne consommerons pas des pilules, mais des produits personnalisés selon le métabolisme de chacun », affirme, fidèle aux prévisions, Christophe Bonduelle, décidé à ne pas se laisser distancer.