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Santé des agriculteurs Certaines formes de cancer frapperaient davantage les agriculteurs

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La population agricole aurait environ 25% de moins de risque de décéder d’un cancer, selon les premiers résultats livrés par l’étude Agrican. Principale raison à cette mortalité inférieure : le faible tabagisme des agriculteurs par rapport à la population générale. Les résultats encore partiels de l’étude indiquent quand même que pour certains cancers (peau, sang, cerveau…), les agriculteurs seraient plus exposés.

Les premiers résultats de l’étude Agrican sur les cancers en agriculture ont été présentés le 16 septembre à l’occasion du colloque Cancer et travail en agriculture organisé par l’Institut national de médecine agricole et la MSA. Il ressort que la mortalité des agriculteurs à cause d’un cancer est 27% inférieure à la population générale pour les hommes et 19% inférieure pour les femmes. Ces chiffres étaient attendus compte tenu du faible tabagisme des agriculteurs par rapport à la population générale. « Si nous n’avions pas trouvé cette sous-mortalité, cela aurait été très inquiétant », souligne Pierre Lebailly, épidémiologiste au CHU de Caen responsable de cette vaste étude prospective portant sur 180 000 agriculteurs (exploitants et salariés, actifs et retraités) de 12 départements. Pour les cancers liés au tabagisme, comme ceux du larynx, de la trachée, des bronches et des poumons, la sous-mortalité est de 50% chez les hommes et 40% chez les femmes. « Ce résultat est globalement rassurant mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’impact de l’activité agricole sur la santé », précise Pierre Lebailly.
La cohorte suivie avait en 2008 une moyenne d’âge de 63 ans dont 44% des femmes et 55% des hommes étaient encore en activité. Toutes causes de décès confondues, il y a 27% de moins de risque de décéder de maladie chez les agriculteurs que dans la population générale, et 25% chez les femmes. Les agriculteurs ont moins de risque de décéder d’une maladie d’Alzheimer ou de Parkinson (-31% pour les hommes et -36% pour les femmes), d’un infarctus ou d’un accident cardio-vasculaire (-29% pour les hommes et -23 % pour les femmes) ou d’une maladie respiratoire (-34% pour les hommes et -36% pour les femmes). 48% des personnes suivies par Agrican ont été exposées aux pesticides. Chez les éleveurs notamment, les pesticides sont arrivés plus tard qu’en viticulture par exemple.

Les éleveurs protégés ?

Ces premières données révèlent quand même des tendances à des excès pour certaines formes de cancer notamment de la peau, du cerveau, de la prostate et du sang mais sans que les données soient statistiquement significatives. On sait par ailleurs que ces cancers peuvent être liés à l’usage de pesticides, comme l’on souligné divers intervenants du colloque . Par exemple : les décès par mélanome malin de la peau sont un peu plus fréquents (+1% pour les hommes, +6% pour les femmes). Un chiffre particulièrement étonnant concerne les cas de décès du cancer du sein chez les hommes, qui est nettement plus élevé que dans la population générale (+123%). Mais les cas sont extrêmement rares, et la présence de quelques cas fait exploser les statistiques sans pour autant être significatif. Un suivi sur quelques années permettra d’en savoir plus. Autre constat à confirmer : les départements dans lesquels l’élevage bovin est le plus important présentent un fort déficit de cancer broncho-pulmonaires. « Il pourrait y avoir des facteurs protecteurs », suppose Pierre Lebailly.
L’an prochain, les chercheurs disposeront des données d’incidence – c’est-à-dire de nouveaux cas de cancer – ce qui devrait apporter des informations plus fiables et détaillées que les chiffres de mortalité. « La mortalité n’est pas forcément un bon indicateur, il vaut mieux se pencher sur l’incidence », confirme Ellen Imbernon, directeur du département santé-travail à l’Institut de veille sanitaire (InVS). Pour les résultats définitifs, il faudra attendre 2020, date prévue de fin de l’étude. Ce suivi sur une longue période devrait permettre de voir comment les choses évoluent avec le temps. Et, pourquoi pas ?, de relier certaines affections à l’utilisation de familles de molécules durant une période donnée.

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