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Charcuterie : la Financière Turenne Lafayette masquait ses difficultés

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Quelques jours après le décès de sa présidente et actionnaire majoritaire, la nouvelle équipe dirigeante a informé les services de l’État que le groupe Financière Turenne Lafayette masquait ses difficultés par des pratiques d’écriture comptable fictive. Une enquête est en cours pour qualifier les pratiques et mesurer l’ampleur des difficultés camouflées. L’État a assuré qu’il apporterait son soutien financier pour « accompagner l’entreprise ».

Le groupe Financière Turenne Lafayette (William Saurin, Madrange) a informé les services de l’État de la découverte de pratiques de présentation trompeuse de ses comptes, rapporte le ministère de l’Agriculture dans un communiqué le 14 décembre. Des audits sont en cours pour clarifier au plus vite la situation exacte du groupe et déterminer l’ampleur et le détail des difficultés économiques et des pratiques constatées. Les audits préliminaires ont révélé que le groupe « masquait ses difficultés et présentait une situation meilleure que la réalité », ont annoncé les cabinets des ministres de l’Agriculture Stéphane Le Foll et du secrétaire d’État à l’Industrie Christophe Sirugue, lors d’une conférence de presse le 14 décembre. Ces événements interviennent après le décès de la présidente et actionnaire unique de la holding, Monique Piffaut, le 2 décembre.

Un chiffre d’affaires gonflé de « quelques pourcents »

Ces pratiques (fausses facturations, fausses avances sur stock) restent à qualifier précisément et quantifier. Le chiffre d’affaires d’environ 1 Mrd€ serait gonflé de « quelques pourcents ». Questionné sur les liens forts du groupe avec la grande distribution, les cabinets des ministères précisent que rien ne laisse penser jusqu’à présent que les clients soient impliqués dans ces pratiques.
« L’État pourrait soutenir financièrement » le groupe, annoncent les ministères, qui veulent « rassurer » les fournisseurs et les clients. « Concrètement, on mettra en œuvre le soutien financier nécessaire pour accompagner l’entreprise. On regardera les montants nécessaires en fonction des besoins, et sur les modalités on examine ça dans les jours à venir », ont-ils expliqué. Selon les cabinets, « il n’y a pas de risque immédiat pour l’emploi, mais un redressement va être nécessaire », qui pourrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Les salaisonniers en « grandes difficultés »

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Quelles difficultés rencontrait le groupe qui aient pu le pousser vers de telles pratiques ? Le ministère de l’Agriculture évoque deux hypothèses : le « mauvais positionnement industriel de certaines usines », et la « difficulté à répercuter les variations de matière première auprès de la GMS ». Interrogé par Agra Presse, Patrice Drillet, le président de la Cooperl, concurrent et fournisseur de l’entreprise, fait remarquer que « le monde de la salaisonnerie connaît de grandes difficultés », et qu’à ce titre, il n’est pas « pas surpris » de cette annonce. Il met en évidence que le mode de négociation avec la grande distribution est mal adapté à la salaisonnerie, car il demande aux industriels de s’engager à l’année auprès de la GMS, alors que le coût du porc est très volatil : « Le prix du porc était de 1,1€/kg en février, il est monté à 1,50€/kg. Pour ceux qui avaient signé des contrats à l’année, le delta est difficile à supporter, d’autant plus si vous vous approvisionnez en France ». Le groupe Financière Turenne Lafayette représente une tranche de jambon sur trois vendue en grande et moyenne surface, et une tranche sur deux parmi les jambons vendus sous des marques de distributeur.


Porc : les salaisonniers évoquent une situation « très défavorable »

Alors que le groupe Financière Turenne Lafayette (Madrange, Jean Caby) laisse apparaître des difficultés, la Fédération des industriels de la charcuterie-salaisonnerie (Fict) rapporte, dans un communiqué le 15 décembre, une situation « très défavorable », alors que s’ouvrent les négociations commerciales avec les distributeurs. Selon la Fict, la baisse du prix du porc (-20ct le kilo) depuis cet été ne s’est pas répercutée sur le prix des pièces de découpe entrant dans la fabrication des produits de charcuterie. Cette situation serait due aux exportations vers la Chine et à la demande intérieure Origine France, anticipant l’obligation à partir de 2017. La Fict demande aux enseignes de la grande distribution « de tenir compte […] des réalités économiques du secteur ».