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Congrès des maires : les élus ruraux mobilisés contre « une France à deux vitesses »

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Réunis le 1er juin à l’occasion du congrès des maires, les élus des communes rurales semblaient déterminés à redynamiser leurs territoires. Mais s’ils multiplient les initiatives au niveau local et s’appuient sur les intercommunalités, ils comptent également sur l’État pour qu’en matière de service aux administrés, les zones rurales soient les égales des zones urbaines.

« Le statut privilégié des zones rurales est entamé », affirmait Philippe Estèbe, docteur en sciences politiques et géographie, en ouverture du débat consacré à la ruralité qui se tenait au congrès des maires le 1er juin. Car face à l’essor des zones urbaines, les communes rurales perdent en attractivité et en dynamisme économique. Les communes rurales doivent « trouver une voie de développement spécifique », expliquait Philippe Estèbe. Et s’il reconnaît que l’on ne peut plus parler d’égalité entre les territoires, il encourageait les élus ruraux à se mobiliser pour « une égalité des chances entre les habitants des territoires ».

Maintenir une agriculture dynamique

Les élus réunis ont fait part de leur volonté de maintenir l’activité historique de leur territoire : l’agriculture. Gérard César, maire de Rozan (33), a rappelé la nécessité de ralentir l’artificialisation des terres, et de favoriser dans le même temps les activités diverses des agriculteurs, dont l’agrotourisme, en adaptant la réglementation en matière d’aménagement du territoire. « Il ne faut pas laisser le foncier rural en déshérence », a poursuivi Dominique Jarlier, maire de Rochefort-Montagne (63). Gilles Pérole a quant à lui partagé l’expérience de la commune de Mouans-Sartoux (06), où il est adjoint au maire. Dans cette région, où « le territoire est gagné par un urbanisme galopant », la mairie a triplé les surfaces agricoles dans son plan local d’urbanisme. Elle a décidé de soutenir l’agriculture biologique par une aide financière communale versée aux agriculteurs qui s’engagent dans cette voie et travaille sur ses filières d’approvisionnement local. Car soutenir une production et une transformation au niveau local, « ça crée des emplois non délocalisables ».

Développer une solidarité « horizontale »

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L’agriculture reste un atout certain pour les zones rurales, mais les élus veulent aussi attirer les entreprises et les ménages. Impossible sans des services tels que des infrastructures routières ou ferroviaires, une couverture numérique ou des services publics actifs. L’association des maires de France veut s’appuyer sur une « synergie des territoires urbains et ruraux ». Une mission spécifique sur le sujet vient d’être créée, afin d’étudier, sur le terrain, les initiatives qui marchent. À défaut de « solidarité verticale », il faut dialoguer avec le monde urbain pour développer « un système de solidarité horizontale », confirmait Philippe Estèbe. Le rôle des intercommunalités peut alors prendre tout son sens. Ainsi, dans la communauté urbaine Le Creusot Monceau-les-Mines, témoignait son président David Marti, les élus ont décidé de combler la fracture numérique en finançant la couverture mobile des communes rurales qui n’entraient pas dans la première phase du plan national très haut débit.

La ruralité « une priorité » pour le gouvernement

Dialoguer avec le monde urbain pour développer la « solidarité horizontale »

En clôture des débats, Jean-Michel Baylet, ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales, a voulu rassurer. La ruralité est « une priorité » pour le gouvernement, a-t-il déclaré. Ainsi, 1 000 maisons de services au public et 1 000 maisons de santé devraient être recensées d’ici la fin 2016. Quant à la téléphonie mobile, Jean-Michel Baylet a rappelé le calendrier des échéances : « La couverture en 2G de l’ensemble du territoire fin 2016 et en 3G en juin 2017 ». Lorsque les élus ruraux l’ont interpelé sur les difficultés financières et le caractère contraignant de la loi Pinel, Jean-Michel Baylet a répondu qu’il n’était « pas là pour accrocher (son) nom à une loi mais pour apporter de la stabilité ».