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Consensus à l’INAO pour faire vivre le concept de vins dits « nature »

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Un consensus s’est dessiné, au comité national « vins AOC » de l’INAO, qui s’est tenu le 10 février, pour faire vivre le concept de vins dits « nature », des vins produits de façon naturelle, a relaté, le 11 février, Éric Rosaz, responsable du pôle « vins, cidres et boissons spiritueuses » de l’institut. Ces vins issus de procédés naturels n’ont pas d’existence reconnue, or ce concept « parle au consommateur ».

L’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) ouvre un chantier de reconnaissance des vins dits « nature ». Son comité national « vins AOC », réunissant les professionnels d’appellations viticoles, a mis le dossier sur la table le 10 février, en abordant le sujet de façon large, s’abstenant de le fermer par l’optique réglementaire.
Les échanges entre professionnels et aussi entre membres des services de l’établissement public ont d’abord posé les questions de fond : les vins issus de vignes traitées par des procédés naturels (pas de produits de synthèse), produits avec des levures autochtones et en l’absence de SO2 à la vinification, n’ont pas d’existence reconnue, or ce concept « parle au consommateur ».

De nombreuses questions ouvertes

Le Cnab (Comité national de l’agriculture biologique) demande un encadrement des vins « nature », mais certains professionnels pensent qu’une nouvelle segmentation à l’intérieur des vins bio ajouterait de la confusion. La définition des vins naturels pourrait concerner aussi les vins non bio, dans le cadre des catégories actuelles : AOC (appellation d’origine contrôlée), IGP (indication géographique protégée), voire vins sans IG. « La question reste ouverte » et sera discutée lors des prochains comités nationaux (AOC et IGP) à l’INAO, a indiqué Éric Rosaz.
La question reste ouverte aussi sur le cadre des discussions futures : où faut-il en discuter ? Au comité national des AOC ? à celui des IGP ? Dans celui de l’agriculture biologique ? Les échanges « sont restés au niveau général, non conflictuels, et tous ont convenu du flou juridique », a rapporté le responsable du pôle « vins » de l’INAO. Lors des échanges, la commission scientifique et la commission de l’agriculture biologique de l’institut ont rencontré l’Association des vins nature (AVN), qui représente une cinquantaine de vignerons.
Ce marché des vins « nature » se développe, notamment dans les restaurants des jeunes chefs en vogue et s’étend en Italie notamment ou aux États-Unis, ainsi que le vin produit en biodynamie.

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Les vins issus de vignes traitées par des procédés naturels n’ont pas d’existence reconnue

Pouvoir commercialiser sous IG du vin d’expérimentation

La réunion du comité national des appellations viticoles a abordé par ailleurs la problématique des variétés d’expérimentations. Pour l’instant, il faut une dizaine d’années avant d’inscrire une variété de vigne au catalogue officiel. Une fois cette phase réalisée, il faut une dizaine d’années avant d’accéder au classement du cépage pour que le vin en soit commercialisé. L’objectif est d’opérer les deux actions en un, autrement dit de réduire de moitié le temps de l’inscription au catalogue et du classement du cépage. Aucune décision n’est prise, mais le comité national a ouvert ce deuxième chantier. Un projet de règlement consisterait à autoriser la commercialisation sous IG des vins d’expérimentation de cépages. Pour l’instant, le vin d’expérimentation ne peut qu’être vendu comme vin sans IG. La pression de la concurrence internationale, notamment européenne (Allemagne notamment), avec de nouveaux cépages, pousse la réglementation française à s’adapter à des pratiques plus pragmatiques.
Enfin, un troisième chantier est ouvert : réglementer le nom qu’un obtenteur donne à une variété de vigne qu’il crée. En effet, certains cépages portent le nom d’un cépage associé à celui d’un bassin viticole. Par exemple « cabernet-jura ». Or, autant un nom de variété est anodin sur le plan commercial, autant associé à un vin vendu sous mention de cépage, il peut devenir un argument de marketing. En outre, avec un nom de cépage associé à un bassin de production, n’importe quel opérateur pourrait faire coup double : « vendre » du cépage et l’image d’une région. Le comité AOC travaillera ces prochains mois sur ce sujet qui touche au détournement de notoriété.