On a trop dit que tout texte, loi, réglement, circulaire, visant à moraliser les relations commerciales mettait les esprits imaginatifs en ébullition jusqu’à ce qu’ils inventent de nouveaux moyens de contournement. Le cercle vicieux se reproduira-t-il avec la réforme Dutreil? Il est trop tôt pour le dire même s’il y a bien des raisons de le craindre. Le cercle vertueux existe aussi, signalé d’emblée par certains, c’est que les industriels se donnent pour ardente obligation d’innover vraiment pour échapper à la pression à la baisse des prix et des marges. Le groupe Danone ne tarde pas à en donner l’exemple en lançant «Senjà», une ligne de produits frais 100% au soja. Le salut pour un rayon des ultra-frais qui avait perdu de son tonus et qui est envahi par les premiers prix? Tel était déjà l’espoir de son grand concurrent en lançant l’an dernier un produit mi-lait mi-soja, «Bioplait». En tout cas, la tentative est courageuse de la part du groupe de Franck Riboud qui n’a pas oublié ses échecs cuisants notamment avec Sévéa en 1998. Mais pour la filière laitière, qui table sur des usines «près de chez nous», ce choix qui passe par une fabrication en Espagne, n’est guère réjouissant, peu après celui de Nestlé de se désengager des yaourts au profit de Lactalis. Les coopératives n’ont plus qu’à s’inventer des débouchés comme Eurial le projette avec Terrena et Celia ces jours-ci. Triballat, la PME qui s’était constituée depuis longtemps une fructueuse niche avec Sojasun a-t-elle vu le coup venir? En d’autres temps, elle aurait été courtisée et serait peut-être tombée dans l’escarcelle du leader de l’agroalimentaire… Mais les stratèges des groupes cotés n’en sont plus à faire leur marché aux nouveautés dans le camp des PME. Faut-il le regretter?