Le spécialiste du légume a signé un excellent exercice 2014/2015, dépassant même ses prévisions pourtant revues à la hausse en février dernier. Les innovations et la force des marques ont tiré les ventes en Europe, alors que la décision d'arrêter certains contrats de conserves MDD a pesé sur l'activité au second semestre. Le groupe poursuit avec succès son développement sur le continent américain. Le renforcement de la structure financière permettra de financer des opérations de croissance externe, toujours à l'ordre du jour. Les prévisions pour 2015/2016 sont prudentes.
Les dirigeants de Bonduelle ont toutes les raisons d'être satisfaits des performances réalisées par le groupe en 2014/2015 (exercice clos le 30 juin). En effet, la progression de 4,1 % à données comparables (+3,2 % en publié) du chiffre d'affaires est supérieure à l'objectif révisé à la hausse en février dernier. Pourtant, sans l'impact négatif du rouble et le ralentissement de l'activité au deuxième semestre liés aux contrats MDD, le groupe aurait pu faire mieux et passer ainsi le cap psychologique des 2 milliards d'euros. Qu'à cela ne tienne, l'exercice témoigne d'« une très bonne activité, génératrice de rentabilité », a résumé Grégory Sanson, le directeur administratif et financier du groupe.
AMÉLIORATION DE LA RENTABILITÉ
De fait, la rentabilité de Bonduelle est à son meilleur niveau historique. Le résultat opérationnel courant (Roc) a grimpé de 8,6 % à 111,5 millions d'euros, soit une marge opérationnelle de 5,6 % (contre 5,3 % en 2013/2014). Hors impacts de change, le Roc aurait atteint 116,4 millions, au-dessus de l'objectif annoncé de 110 à 115 millions d'euros. Par zones, la performance du Roc reflète notamment, une progression de la rentabilité grâce à une bonne performance des marques et une amélioration du frais et du champignon en Europe et d'une rentabilité préservée hors d'Europe (8,7 % à change constants). Le tout accompagné d'efforts marketing élevés, en hausse de 14 %. Le résultat net s'élève à 69,3 millions d'euros (contre 15,2 millions un an auparavant) sous l'effet d'une amélioration du résultat financier et de moindres éléments non récurrents. En 2013/2014, le groupe avait supporté 36,1 millions d'euros de charges négatives essentiellement liés à la sanction de la Commission européenne pour entente dans le champignon. Sur 2014/2015, cette charge négative n'est que de 2,1 millions.
UN FINANCEMENT SÉCURISÉ
Dans le même temps, Bonduelle qui n'a pas réalisé d'acquisition majeure depuis 2012 (hormis une usine de surgelé au Canada en février 2015) a poursuivi son désendettement et a donc amélioré son profil financier. Son endettement net a baissé en un an de 12,2 millions d'euros à 512,4 millions d'euros, soit un gearing (dette nette sur fonds propres) de 0,98 (contre 1,04 en 2013/2014). Le levier d'endettement (dette nette sur Ebitda récurent) s'améliore aussi de 22 points de base à 2,73, son plus bas historique depuis six ans. De quoi « sécuriser le financement de Bonduelle », a souligné Grégory Sanson, pour réaliser des opérations de croissance externe, toujours à l'ordre du jour. Fort de ses performances et après plusieurs années de stagnation du dividende, il sera proposé à l'assemblée des actionnaires convoquée pour le 3 décembre prochain, un relèvement de 15 % à 0,43 euro par action.
ARRÊT DE CERTAINS CONTRATS MDD
L'essentiel de l'impact négatif des devises (-17,5 millions d'euros) subit en 2014/2015 par Bonduelle tient à la dévaluation de 20 % du rouble, alors que l'effet dollar (américain et canadien) a eu lui un impact positif (+9,6 millions d'euros) sur les comptes. Enfin, l'activité au deuxième semestre de l'exercice a connu un ralentissement lié à « une baisse de volume délibérée », indique le groupe, consécutive à sa décision de ne pas accepter les baisses de prix demandées par certains distributeurs et donc d'arrêter certains contrats de conserves MDD non rentables. Interrogé sur d'éventuels changements stratégiques suite à cet épisode ponctuel, Christophe Bonduelle, le président, a rappelé que « le groupe a toujours privilégié ses marques et n'a pas vocation à produire à perte ». A bon entendeur… Bonduelle réalise aujourd'hui 48 % de son chiffre d'affaires en MDD et 51 % à marque, « un niveau qui doit rester majoritaire et même être relutif », a-t-il poursuivi. Et conséquence de ces relations délétères avec certains distributeurs, le groupe se trouve aujourd'hui à devoir gérer des stocks, « seulement quelques dizaines de milliers de tonnes de conserve », ont toutefois souligné les dirigeants, ce qui est peu à l'échelle du groupe.
LE GROUPE COMPTE PRIVILÉGIER SES MARQUES
Si les conserves MDD fabriquées par Bonduelle ont affiché un recul de 14,1 % sur l'exercice, les marques du groupe ont, à l'inverse, gagné du terrain (+7,8 % à périmètre et change constants). Ainsi Cassegrain, qui affiche une hausse de 24,4 % de son chiffre d'affaires sur cinq ans, a retrouvé sa place de numéro un en valeur, talonné par Bonduelle, devant D'Aucy à la troisième place (sources Nielsen et IRI). La marque Bonduelle a gagné des parts de marché en valeur dans les principaux pays où le groupe est présent, (+1 point notamment en France). A noter que 45 % de la croissance dans la conserve sont issus de produits de moins de 3 ans. Les innovations Bonduelle ont porté notamment sur de nouveaux mélanges de légumes, mais aussi de nouvelles recettes de légumes déjà cuisinés.
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Par zones géographiques, si l'activité de la zone Europe (65 % des ventes) est stable, l'activité hors Europe enregistre une excellente dynamique (+9,4 % en publié et +12,5 % à taux de change constants). De fait, compte tenu de la contri-bution négative de la France dans la répartition des ventes, sa part tend à se diluer (32 % en 2014/2015), au profit de l'Europe hors France qui occupe maintenant 33 % des ventes et du hors Europe qui monte à 35 %. Plus en détail, les dirigeants ont salué la montée en puissance des Etats-Unis qui représentent maintenant 13 % du chiffre d'affaires, devenant ainsi le deuxième marché des opérations de Bonduelle, juste devant le Canada et l'Allemagne, à égalité à 11%.
DYNAMISME RETROUVÉ DANS LE FRAIS
Dans la salade en sachet et traiteur, après le recul observé au premier semestre 2013/2014, le chiffre d'affaires a marqué une croissance ininterrompue sur les six derniers trimestres. Un dynamisme qui a permis à Bonduelle de surperformer des marchés en croissance (+14,8 % en traiteur à domicile+snacking France contre +9,5 % pour le marché et +9,7 % sur les salades en sachets France retail contre +2,7 % pour le marché). De fait, en septembre 2015, Bonduelle revendique la première place en quatrième gamme en France avec 19,6 % de parts de marché. Ici également, les innovations tirent la croissance. Les investissements marketing sont en hausse de 13 % en France en frais.
POURSUITE DU DÉVELOPPEMENT OUTRE-ATLANTIQUE
Outre-Atlantique, l'activité de Bonduelle se poursuit à un très bon rythme. L'incendie de Tecumseh (Ontario) en juillet 2014, en pleine campagne de production, n'a eu finalement qu'un impact limité. Quant à l'échec du rachat de Géant vert, finalement repris par l'américain B&G Foods, il n'inquiète pas outre mesure le patron de Bonduelle. Certes, Christophe Bonduelle reconnaît bien « une certaine déception », mais il ajoute cependant qu'à sa connaissance « l'acheteur n'a pas d'usine de surgelé pour remplacer le sourcing » jusqu'à maintenant assuré par … Bonduelle. Et puis, le groupe ne cache pas sa volonté de poursuivre son développement outre-Atlantique. « Toutes nos usines sont saturées, si cette croissance continue il faudra créer des capacités ». Récemment, parlant des projets de développement du groupe en Amérique du Nord, Daniel Vielfaure, patron de Bonduelle sur l'ensemble du continent américain, a promis une acquisition majeure dans l'ouest des Etats-Unis pour bientôt.
DES PERFORMANCES PRUDENTES POUR 2015/2016
Evoquant le poids « des incertitudes économique, politique et de changes », ainsi qu'« une campagne 2015 plus compliquée du fait de la sécheresse cet été », Christophe Bonduelle est prudent dans ses prévisions pour l'exercice en cours. Il table sur un chiffre d'affaires de 2,025 milliards d'euros (+2 % à change et périmètre constants) et une stabilité de la rentabilité opérationnelle courante. Les objectifs à l'horizon 2025 ont par ailleurs été réitérés. Le groupe vise un chiffre d'affaires de 3,5 milliards, impliquant une croissance annuelle moyenne de 5 %, équitablement répartie entre croissance interne et externe et un bénéfice opérationnel de 250 millions, soit une croissance annuelle moyenne de 25 points de base. Contre toute attente, la Bourse a fait la fine bouche à l'annonce de ses résultats annuels. Le titre reste sous-valorisé, alors qu'avec les performances de 2014/2015, Bonduelle a déjà pris de l'avance sur ses objectifs à 2025. Perrine Delfortrie
Le spécialiste des légumes a annoncé le 22 septembre, son engagement à n'utiliser que du poulet d'origine française dans ses recettes de salades vendues au rayon frais. « Nous avions un partenariat avec le porc français que nous avons étendu à l'Association pour la promotion de la volaille française » (APVF), a indiqué le directeur général de la branche frais du groupe Bonduelle, Pascal Bredeloux, lors d'une conférence de presse. Bonduelle Fresh Europe utilise 500 tonnes de poulets dans ses trois recettes de salade. Ce change-ment de fournisseur « coûte cher », reconnaît Pascal Bredeloux, mais c'est la garantie de « maîtriser la qualité de tous nos approvisionnements ».
À noter qu'en dix ans, la production de volaille a chuté de 500 000 tonnes en France, passant de 2,3 à 1,8 million de tonnes, selon la Confédération française de l'aviculture (CFA). En parallèle, les importations de volaille ont augmenté d'environ 15% entre 2010 et 2014, selon le ministère de l'Agriculture.