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Opérateurs Couvrir ses activités sur les marchés à terme, un pari risqué ?

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Face à une financiarisation accrue des économies, notamment agricoles, les acteurs des filières réagissent de différentes façons. Les couvertures directes sur les marchés à terme semblent de moins en moins efficientes en raison d’un manque de transparence sur les positions prises par les opérateurs physiques ou spéculatifs.

«Avoir une position spéculative sur les marchés à terme, en pensant avoir une information que les autres n’ont pas, revient à faire un pari risqué pour les opérateurs physiques », a expliqué Steve Ohana, professeur de finance à l’ESCP Europe et co-fondateur de Riskelia. Selon lui, le meilleur moyen de s’assurer contre la volatilité des prix et les aléas de marché est de prendre des options (1) de vente ou d’achat (put ou call), plutôt que de se positionner directement sur les marchés à terme (contrats futurs). L’avantage des options étant de pouvoir ne pas les exercer en cas de retournement de marché. Certes, les options ont un coût supplémentaire (prime), en général 10 à 20% du contrat en fonction des risques liés à la volatilité, « mais à long terme, une dizaine d’années, la résilience, c’est-à-dire la résistance de l’investisseur face à toute éventualité de marché, serait meilleure selon les modèles de Riskelia concernant les marchés de l’énergie » a indiqué Steve Ohana.

Option, contrat à terme

« L’opérateur choisit comme instrument de couverture l’option ou le contrat à terme en fonction de sa stratégie », a souligné Lionel Porte, chef de produits matières premières chez Nyse Liffe. Selon lui, « les contrats à terme sont utilisés lorsque les opérateurs ont une opinion forte à la hausse comme à la baisse sur le marché, alors que les options le seront en cas d’incertitude sur ces évolutions ». Et il poursuit : « Le volume quotidien d’échange des options sur le colza a augmenté de 215% en 2010 (chiffre à fin novembre 2010), en raison d’une forte volatilité observée sur ce marché, alors que les contrats à terme sur ce produit n’ont progressé que de 40% ». Avec, cette année, des prises de positions en hausse de 90% sur les marchés à terme européens des matières premières, options et contrats futurs confondus, l’incertitude subsiste. Celle-ci est en partie engendrée par une opacité sur les types d’investisseurs et la taille de leurs positionnements. Cependant, des solutions sont à l’étude afin d’améliorer l’information des opérateurs à ce sujet.

Les marchés à terme européens devraient gagner en transparence

« A l’image des Américains, le ministre français de l’Agriculture, Bruno Le Maire, travaille sur les modes de fonctionnement de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), organisme public de régulation financière des marchés à terme des matières premières aux Etats-Unis », fait remarquer Steve Ohana. Un suivi des volumes portés par chaque type d’opérateur physique ou spéculatif permettrait de rendre les marchés à terme européens plus transparents, et donc d’améliorer l’efficacité des signaux de prix. Les fonds d’investissement, souvent accusés de spéculation sur les marchés à terme, sont divisés en différentes catégories, et n’ont pas tous les mêmes stratégies. « Les fonds indiciels, qui vendent des produits financiers (trackers) ont vocation à répliquer des mouvements de marché et sont donc sans impact sur l’évolution des cours », indique Edward de Saint-Denis, courtier en matières premières chez Plantureux. Selon lui, « les fonds de pensions qui se positionnent à long terme, trois à cinq ans, en diversifiant les risques d’un portefeuille financier n’ont pas non plus intérêt à manipuler les cours ». Au sujet des fonds dit spéculatifs, il fait la différence entre les « arbitragistes dont le but est de profiter d’écarts de prix anormaux entre deux échéances sur un même produit et les fonds spéculatifs purs qui cherchent à marquer des gains rapides ».

Les fondamentaux restent directeurs

Cependant, il insiste sur le fait que les fondamentaux restent les éléments directeurs du marché et que les fonds d’investissements sont nécessaires pour apporter des liquidités. « En France, la présence de fonds n’est pas encore quantifiable, en revanche aux USA, on estime qu’ils représentent autour de 70% du marché », conclut le courtier. « Depuis fin septembre, Nyse Liffe à Londres réalise en test un rapport des positions ouvertes avec une classification des différents acteurs des marchés », indique Lionel Porte. Cependant, la date de mise en place effective du dispositif n’est pas encore définie. Les intervenants sur les marchés à terme seront classés selon quatre critères : les producteurs ou utilisateurs (qui débouclent parallèlement leurs positions sur le marché physique), les swap dealers (qui échangent des produits financiers), les money manager (fonds d’investissement) et les autres opérateurs, dont la définition est plus floue. « La mise en place de cette procédure répondra aux attentes des institutions européennes et notamment françaises qui souhaitent plus de transparence sur les marchés financiers », souligne Lionel Porte.

(1) Option : contrat qui confère, contre paiement immédiat d’une prime, la faculté d’acheter ou de vendre, pendant une période limitée, à un prix défini à l’avance, une certaine quantité d’instruments financiers ou de marchandises cotées sur un marché de contrats normalisés à terme.

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