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LAIT/MESURES Crise du lait : l'aide proposée par Bruxelles jugée insuffisante et symbolique

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Au Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE, le 18 juillet à Bruxelles, le commissaire à l'agriculture, Phil Hogan, a présenté de nouvelles mesures de soutien au secteur laitier, qui traverse une crise aiguë avec une surproduction et des prix en chute libre. La Commission met 150 millions d'euros sur la table (1) pour encourager les producteurs laitiers à réduire volontairement leur production de lait pendant trois mois. Cette mesure est néanmoins jugée insuffisante d'après les premières réactions.

Le commissaire à l'agriculture, Phil Hogan, a présenté lel8juillet à Bruxelles de nouvelles mesures de soutien au secteur laitier en crise. Une aide de 150 millions d'euros (1) est destinée à encourager les agriculteurs qui choisiraient de réduire volontairement leur production de lait pendant trois mois (d'octobre à décembre 2016). Ce montant devrait permettre de réduire la production laitière totale de l'UE d'un milliard de litres. La compensation sera de l'ordre de 14 centimes au litre. Les subsides européens ne seront pas versés directement aux agriculteurs mais aux coopératives laitières, une décision dont ne voulaient pas entendre parler les syndicats du secteur laitier. On se souvient que la Commission européenne avait, en avril 2016, donné le feu vert à une régulation des volumes de lait sur une base volontaire et sans contrepartie financière européenne. Elle a finalement mis la main à la poche mais d'aucuns estiment qu'elle ne donne toujours aucune garantie quant à une application généralisée et obligatoire de la réduction des volumes. Aucun Etat membre n'a, en effet, encore mis en œuvre cette régulation, de crainte d'être le seul à se lancer dans l'aventure.

PREMIÈRES RÉACTIONS

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Stéphane Le Foll, notre ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, s'est félicité de ce que le Conseil des ministres européens de l'agriculture ait permis d'acter la mise en place d'une enveloppe de 150 millions d'euros à l'échelle européenne, afin de venir en aide en priorité aux producteurs de lait de vache via une mesure spécifique de réduction de la production. Il estime que cette aide devrait permettre « d'éviter que la dégradation des cours ne continue dans un contexte générald'augmentation importante de la production depuis lafin des quotas laitiers ». De son côté, Willy Borsus, le ministre fédéral belge de l'Agriculture, a indiqué à l'issue du Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE : « La réponse de la Commission est assez timide quand on sait qu'il y a déjà actuellement 3 milliards de litres de lait stockés à l'intervention publique, c'est-à-dire retirés du marché pour tenter de faire remonter les prix. Il s'agit certes d'un pas dans la bonne direction puisque c'est la première fois que l'Europe réintroduit un mécanisme de réduction de la production. Cela démontre que la Commission nous a entendus mais les montants mobilisés restent trop faibles et pas assez organisés au niveau de toute l'Europe ». L'eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella a de son côté réagi en soulignant que plusieurs gouvernements européens ont voulu libéraliser le marché mais malgré les revendications répétées des agriculteurs et des élus européens « aucun réel encadrement efficace n'avait été mis en place ». Ce sont, dit-il, « l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Irlande et la Suède qui sont les premiers artisans de cette dérégulation ». Pour lui, la fin des quotas a été synonyme « d'une production sans limite et une explosion de celle-ci dans les pays où le coût est plusfaible ou lorsque les infrastructures sont plus imposantes ». Selon le député belge, pour que le producteur ne perde pas d'argent, le litre de lait devrait leur être payé à 0,37 euro. Or, actuellement, ce prix oscille autour de 0,31 euro. En d'autres termes, des citoyens payent pour avoir le droit de travailler, et travaillent,jour après jour, donc à perte. De plus, le consommateur ne profite pas non plus de ces baisses. Exemple : entre 2000 et 2007, les prix aux producteurs ont baissé de 6% tandis que les prix à la consommation augmentaient del7 % ». 

(1) La Commission européenne a proposé de débloquer une enveloppe global de 500 millions d'euros, à partager entre les 28 Etats membres. Les autres 350 millions de ce budget iront en aide générale aux agriculteurs.