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Crise du sucre : Tereos en perte de 242 M€ sur 2018-19

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Le groupe Tereos a annoncé le 12 juin une perte annuelle de 242 M€, qui s’ajoute à celles d’autres concurrents en pleine crise sucrière.

Tereos est à la peine. Son résultat net 2018-19 tombe à -242 M€ (contre -23 M € l’an passé), plombé par un effondrement des cours notamment en Europe « au plus bas historique ». Le chiffre d’affaires ressort en baisse de 334 M€ (à 4,4 Mrd€), avec une évolution parallèle de l’Ebitda (indicateur de rentabilité) en baisse 320 M€ (à 275 M€). Dans ce recul des ventes, « la baisse du prix du sucre représente 200 M€ sur l’Europe, et un tiers, un peu plus de 100 M€, est lié aux volumes », a expliqué le président du directoire Alexis Duval.

La dette nette, objet de tensions entre la direction du groupe et une partie de ses coopérateurs, atteint 2,5 Mrd€ à la fin mars, contre 2,35 Mrd un an plus tôt. Tereos a néanmoins dévoilé un projet d’évolution de son partenariat avec l’italien ETEA « pour dynamiser son positionnement sur les marchés de l’alcool/éthanol et des produits amylacés », susceptible de réduire la dette nette de 220 M€.

« Quand on regarde les activités sucrières européennes, on est une des seules entreprises à être parvenue à garder un Ebitda très légèrement positif, y compris sur la fin de l’année, période la plus compliquée », a tenu à souligner Alexis Duval. Il a également mis en avant la poursuite de la politique de diversification et d’internationalisation du groupe, dont la division sucre Europe ne représente cette année que 14 % du résultat opérationnel.

Flexibilité

Tereos estime faire preuve de « résilience ». Son modèle repose sur une flexibilité de l’outil industriel, qui lui permet de s’adapter aux conditions de marché. 50 M€ ont été investis pour cela. Les usines peuvent basculer du sucre à l’éthanol, avec une flexibilité de 10 %. Leur mix de production est ainsi passé de 60 % sucre et 40 % éthanol en 2015, à 70 % sucre et 30 % alcool/éthanol lors du dernier exercice. Une capacité d’arbitrage présentée comme « unique en Europe ».

La direction pense être en mesure de « profiter de la reprise des cours » du sucre amorcée en Europe : le marché spot atteint 400 €/t contre moins de 300 €/t un an plus tôt. Contrairement aux concurrents Südzucker et Cristal Union, Tereos n’envisage pas de restructurer son outil industriel, préservant ainsi sa capacité de production. Les surfaces betteravières au sein de la coopérative sont, elles, annoncées « relativement stables » à -5 %.

Au niveau international, Tereos table sur des volumes de canne à sucre en nette hausse au Brésil. « On prévoit 19,5 Mt de canne là où on a fait 17 Mt l’année dernière », a indiqué Alexis Duval. Le marché mondial, excédentaire ces dernières années, redeviendra déficitaire à l’ouverture de la prochaine campagne de transformation de sucre en Europe, selon l’ensemble des spécialistes, a-t-il rappelé, tout en reconnaissant « des divergences sur l’ampleur de ce déficit ».

L'ouverture de capital « toujours à l'ordre du jour »

Le groupe avait annoncé l’an dernier un projet d’ouverture du capital, à deux à trois ans. « On a mené une partie de la réflexion, mais pas toute la réflexion qu’on aurait souhaité mener en interne », estime Alexis Duval. En cause, la crise de gouvernance qui a agité le groupe durant toute l’année, des coopérateurs frondeurs ayant souhaité, sans succès, convoquer une assemblée générale anticipée afin d’obtenir la révocation du conseil de surveillance, dont ils critiquent la stratégie et la politique d’endettement. Le projet « est toujours à l’ordre du jour. On reprendra ça, si c’est également le souhait des coopérateurs, à l’issue des assemblées générales », a indiqué Alexis Duval, affirmant que la « sécurité financière » du groupe était en amélioration par rapport à l’an dernier. L’assemblée générale plénière se réunira le 26 juin