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Matthieu Goehry, nouveau président de la FNCuma Cuma : « Nous nous sentons invisibles »

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Le nouveau président de la Fédération nationale des Cuma (coopératives d’utilisation de matériel agricole) se fixe comme priorité le renouvellement des générations. C’est notamment pour séduire les jeunes et « dépoussiérer son image » que le réseau lance sa première campagne de communication nationale. Mais il s’agit aussi d’être mieux pris en compte dans les « décisions politiques », dont les Cuma estiment être tenues « à l’écart ».

Quelle est votre priorité à la tête de la FNCuma ?

Un axe de travail a été défini comme prioritaire pour 2022 : le renouvellement des générations. Si la population agricole tend à diminuer, ce n’est pas une fatalité. Notre objectif est de ralentir la tendance. Car les Cuma sont à même de faciliter l’installation. À la fois pour les enfants d’agriculteurs, en permettant de conjuguer rentabilité de l’exploitation et cadre de vie. Et hors du cadre familial, où notre réseau semble le plus agile pour accompagner des projets qui sortent de l’ordinaire. Les Cuma sont des coopératives à taille humaine, ayant une grande proximité avec leurs adhérents. Leur cœur de métier est dans la mécanisation. Mais l’activité ne se limite pas à cela. Les Cuma mettent à disposition plus de 5 000 salariés, qui viennent en soutien aux exploitations.

En quoi les Cuma jouent un rôle dans la transition de l’agriculture ?

Nous avons été dans les premiers à nous engager pour l’agro-écologie. Plus de 80 % des Cuma y sont aujourd’hui, à travers d’un groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE), du matériel, des formations spécifiques. Grâce à la réflexion, au partage de vécu, découlent naturellement la mise en place d’essais, de nouvelles orientations techniques. Les groupements mènent un gros travail autour de la sortie du glyphosate, dont le premier levier est le traitement mécanique : binage de précision, semis sous couvert. On a des agriculteurs qui diversifient un peu plus les assolements. Ayant beaucoup de matériel à disposition dans leur Cuma, les jeunes peuvent modifier leurs rotations en profitant de l’expérience des plus anciens.

Qu’est-ce qui motive votre toute première campagne de communication nationale ?

Nous nous sentons invisibles dans le monde agricole, à l’écart des décisions politiques. Exemple avec le plan France Relance : les aides étaient initialement mal calibrées par rapport à nos structures, en ayant des critères plus tournés vers les projets individuels. Or, une Cuma, c’est en moyenne 23 exploitations. Il a fallu agir pour faire relever les seuils d’attribution. Au final, 2 500 dossiers ont été déposés par notre réseau, pour quelque 50 000 agriculteurs. Bien plus que les 20 000 visés par le plan de relance. Je trouve incompréhensible que le ministère n’ait pas le réflexe de penser aux Cuma.

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Quels messages faites-vous passer ?

Il s’agit d’améliorer et dépoussiérer notre image. La campagne de communication se déroule sur les réseaux sociaux, aussi par des affichages papier dans les lycées agricoles, les ministères, les chambres, les coopératives… Son leitmotiv, « Changez de point de vue sur les Cuma », est décliné en cinq thèmes : économie, installation et renouvellement des générations, solidarité, innovation, services. Par exemple, on revendique « jusqu’à 20 % d’économies avec le partage de matériel », « 30 % des adhérents ont moins de 30 ans ». Les Cuma savent « proposer du matériel dernière génération, des outils innovants et des technologies dernier cri ». Elles offrent de multiples services : emploi partagé, chantiers collectifs, aires de lavage, mise en place d’assolement en commun, de projets d’ateliers de transformation, de méthanisation, etc.

Comment évolue le nombre de Cuma ?

De 12 000, quelques années en arrière, l’effectif s’est réduit à 11 510. Il y a donc une érosion du nombre de Cuma. Soixante-dix nouvelles sont créées en moyenne chaque année. Les dissolutions restent plus nombreuses, liées en partie à des cessations d’activité pour cause de départ en retraite, ou d’une perte d’intérêt. Mais surtout, des regroupements s’opèrent, comme dans le cas de l’arrêt d’une exploitation laissant la Cuma en manque de surfaces pour l’ensileuse : au lieu d’avoir deux structures, chacune équipée de deux machines, le choix est de tout rassembler en gardant la moitié. Quant au chiffre d’affaires, il y a une progression continue.

Les Cuma pèsent environ 650 M€, entre +5 et +10 % par an. Cela s’explique par l’évolution du coût du matériel. Aussi par le dynamisme du réseau, animé par 450 salariés qui mettent en avant les exemples de réussite et donnent des idées à d’autres groupes. Les prochaines années verront sûrement encore une croissance du chiffre d’affaires, parce que le matériel coûte de plus en plus cher, les embauches de salariés progressent. Une autre tendance intéressante, c’est l’érosion beaucoup moins forte du nombre d’adhérents par rapport à la démographie : le pourcentage d’agriculteurs en Cuma augmente. On représente une exploitation agricole sur deux, avec 200 000 adhérents.

Un sentiment d’être « à l’écart des décisions politiques »