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Réforme de la Pac Dacian Ciolos exprime sa différence

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« Le soutien financier pour l’agriculture doit inciter les agriculteurs à produire des biens publics. L’objectif n’est pas qu’en échange, ils soient abandonnés aux incertitudes insurmontables des marchés et de la nature », estime le commissaire européen à l’agriculture qui, prenant quelque distance par rapport à ses prédécesseurs, regrette que « les vingt dernières années (aient) été marquées par un désengagement progressif des pouvoirs publics » et que « nous (ayons) renoncé à la plupart de nos prérogatives d’action sur les marchés ».

Certes, le contexte économique et financier de l’époque « poussait à supprimer les mesures inefficaces », mais « ce que l’on constate, c’est que nous n’avons pas mis en place de mécanismes alternatifs », a déclaré Dacian Ciolos lors du 5e Forum pour le futur de l’agriculture, le 27 mars à Bruxelles. « Nous avons, avec les filets de sécurité, des traces des anciens outils, pas de véritables outils d’action pour anticiper, agir, donner les moyens aux agriculteurs de faire face à des crises de plus en plus nombreuses », a-t-il constaté, déplorant que « nous (ayons) laissé l’impression d’un désengagement, sans pour autant rendre la Pac plus facile à comprendre ».

« Pompiers avec un arrosoir »

« Nous avons démantelé une certaine vision de la gestion encadrée des marchés. Il fallait le faire. Mais nous avons fait seulement la moitié du chemin », a estimé le commissaire européen, constatant que, « avec la politique agricole actuelle, nous sommes des pompiers qui travaillons avec un arrosoir ».
« Nous devons repenser le rôle des pouvoirs publics, redonner de la consistance à nos outils, notamment aux paiements directs, et revoir la place des acteurs professionnels, notamment dans la gestion des marchés, a-t-il dit. Les professionnels doivent avoir les moyens de faire face aux marchés de façon durable ». « Nous devons également revoir nos règles de la concurrence pour les rendre cohérentes avec la réalité » du secteur agricole qui « n’est pas un secteur comme les autres », a ajouté Dacian Ciolos.
« Il est du rôle des pouvoirs publics, avec une politique agricole et un budget public, de “réconcilier” les attentes contradictoires des marchés et de la société », a-t-il conclu, avertissant que les propositions de la Commission pour la Pac après 2013 ne sont « qu’un premier pas » et que « beaucoup de choses seront encore à faire après ou à côté de cette réforme ».

« Encore beaucoup à faire », selon le commissaire... à l’environnement

Au cours de ce Forum pour le futur de l’agriculture présidé par Franz Fischler, ancien commissaire européen à l’agriculture, Janez Potocnik, le commissaire à l’environnement, a affirmé que « l’agriculture européenne est en bonne voie pour établir des bases plus durables », mais qu’ « il reste encore beaucoup à faire avant que le travail ne soit terminé ».
Selon lui, « l’écologisation de la Pac représente l’approche logique – c’est ce que le public veut, c’est ce dont l’environnement a besoin et c’est ce qu’il faut aux agriculteurs pour assurer leur activité sur le long terme ». Pour sa part, John Atkin, du groupe Syngenta, cofondateur du forum, a souligné que « l’approche excessivement prudente adoptée par l’Europe à l’égard des technologies agricoles est inutile et constitue un obstacle à la réduction du déficit de productivité ».

Projet d’avis du Comité des régions

La commission des ressources naturelles du Comité des régions de l’UE a adopté le 26 mars un projet d’avis du socialiste français René Souchon, président du conseil régional d’Auvergne, qui souligne la nécessité d’une régulation publique des marchés agricoles. Cette prise de position sur les propositions de réforme de la Pac de la Commission européenne, qui sera présentée le 3 mai en session plénière du Comité des régions plaide aussi pour :
– un réexamen des effets de la disparition des quotas laitiers et sucriers et des droits de plantation viticoles ;
– une dégressivité des paiements directs dès 100 000 euros par exploitation (au lieu de 150 000 euros), avec un plafonnement à 200 000 euros (au lieu de 300 000 euros) ;
– des mesures de verdissement qui tiennent compte des réalités agricoles et environnementales locales, élaborées en concertation avec les agriculteurs, ainsi que la reconnaissance des prairies comme « zones d’intérêt écologique » ;
– l’extension des soutiens en faveur de toutes les nouvelles installations d’agriculteurs, tout en ciblant en priorité celle des jeunes ;
– le maintien du couplage des aides, en particulier dans les zones soumises à des contraintes naturelles et les zones ultrapériphériques ;
– la mise en place de sous-programmes thématiques de développement rural en faveur des productions sous signes officiels de qualité et de l’agriculture périurbaine ;
– le maintien du budget de la Pac au moins à son niveau actuel ;
– une nouvelle gouvernance, avec une forte implication des régions.