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Biscuits/Conflit Danone en litige avec son partenaire indien

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Alors même que l’Inde semble intéresser au plus haut point le groupe agroalimentaire français qui cherche à faire des opérations sur ce marché, Danone pourrait bien en arriver à se séparer de son partenaire dans le pays, le groupe Wadia, avec lequel il détient depuis 12 ans Associated Biscuits, co-entreprise qui contrôle le numéro un indien du biscuit, Britannia Industries. La famille Wadia n’a en effet pas apprécié que Danone prenne une participation dans une société indienne de biotechnologies, hors du cadre de leur joint-venture. Aussi, même si la justice a rejeté le référé de Wadia et si Britannia offre des perspectives d’avenir intéressantes, le futur d’Associated Biscuits est incertain. La volonté de Danone à s’affirmer dans le pays l’est moins.

A quelle sauce sera croqué le premier fabricant indien de biscuits ? Pour l’instant, le sort d’Associated Biscuits, qui contrôle la société indienne Britannia Industries, est entre les mains de la justice suite à un litige entre ses deux propriétaires, le français Danone et la famille indienne Wadia, qui possède des actifs dans l’immobilier, le textile et le transport aérien. Le différend a éclaté après que Danone a acquis le 1er décembre dernier 4,6 % du capital d’une société indienne de biotechnologies Avestha Gengraine Technologies (Avesthagen). Le groupe Wadia a alors demandé à la justice de bloquer l’opération estimant que la décision devait se faire dans le cadre de leur société conjointe Associated Biscuits. Mais la justice indienne a rejeté le référé de Wadia, qui arguait d’une rupture de contrat. « Les termes de l’accord entre Danone et le groupe Wadia prévoient que seuls les investissements dans les activités de production ou de commercialisation de produits alimentaires en Inde soient proposés à la joint-venture », a indiqué le groupe français, considérant qu’« Avesthagen se trouve clairement en dehors du périmètre de ce contrat ». Le groupe indien a néanmoins fait appel de la première décision de justice, appel qui devrait être jugé « fin janvier 2007 ». L’issue de la dispute n’est pas encore connue. Certains estiment que Danone pourrait soit se retirer de la co-entreprise, soit racheter la part de la famille Wadia, estimée à plus de 150 millions d’euros, bien que la famille Wadia ait infirmé que des négociations aient été entreprises afin de mettre un terme à leur collaboration.

Une co-entreprise qui bat de l’aile

Ce désaccord n’est pas le premier entre les deux partenaires d’une joint-venture qui fonctionne pourtant depuis 12 ans. Les relations auraient commencé à se détériorer dès 2002-2003 à l’occasion d’un manque de communication par la famille Wadia sur un changement de direction. Depuis, plusieurs difficultés auraient ponctué leurs relations jusqu’au refus dernièrement de la société Britannia de communiquer au groupe français, pour des raisons non déterminées, ses résultats du troisième trimestre 2006, qui n’avaient donc pu être inclus dans les résultats de Danone au troisième trimestre. Une décision sans doute difficilement acceptée par le groupe français qui souhaite au contraire renforcer sa présence dans le pays. Franck Riboud avait annoncé en octobre que le groupe allait y « faire des opérations » dans les mois à venir. Danone est en effet numéro un en Asie Pacifique des biscuits, produits céréaliers et eaux en bouteilles, mais il ne fabrique en Inde que des biscuits, via Britannia, et y exporte de l’eau. Rien de très étonnant donc à ce que le géant de l’agroalimentaire cherche à s’affirmer sur un marché en devenir.

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Britannia, une société bien implantée

Quant à Britannia, qu’Associated Biscuits soit racheté par l’un ou l’autre de ses partenaires, la société a encore de l’avenir. Créée en 1892 à Calcutta, elle s’est développée non seulement dans le secteur des biscuits avec des marques reconnues telles que Pure Magic, Tiger, biscuits sains et économiques, ou Good Day, mais aussi dans certains types de produits laitiers, comme le fromage Milkman. En 1997, l’entreprise a développé une nouvelle identité résolument moderne « Eat healthy, think better », en 2005, elle a ouvert un nouveau site de production, et ses exportations (aux Etats-Unis, au Ghana, dans la péninsule arabe et à Singapour) ont progressé de 56 % en 2006. Son chiffre d’affaires s’élevait à plus de 300 millions d’euros sur l’année, soit une croissance de 13 %, et son résultat opérationnel progressait de 7 %. Alors, même si son bénéfice avant impôts et exceptionnels a chuté de 19 % cette année, la société, qui détient une marge opérationnelle de plus de 10 % et une part de marché de près de 39 % en valeur, semble rester un référent de l’alimentation en Inde.