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Multispécialiste/Résultats Danone supprime 900 postes en Europe, reste très dynamique dans les pays émergents

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Danone a dépassé le cap des 20 Mds EUR de chiffre d’affaires en 2013 (+5,4 % en comparable) mais affronte une situation de retournement en Europe. Sur le vieux continent, les ventes reculent de 3 % et le résultat opérationnel de plus de 10 %. Pour redresser la situation, Danone veut supprimer 10 % des ses effectifs cadres sur la zone, soit 900 suppressions de postes, et fermer une usine à Séville. Dans les pays émergents, la croissance est dynamique et rentable, ce qui permet au groupe de limiter les dégâts avec un résultat opérationnel courant en hausse de 1,8 % en comparable.

«C’est quand une entreprise va bien qu’elle doit prendre le taureau par les cornes», a déclaré Franck Riboud, p.-d.g. de Danone le 19 février lors de la présentation des résultats du groupe à la presse. Pas sûr que cet argument suffise à convaincre les syndicats, qui vont devoir se prononcer sur la suppression de 900 postes managériaux et administratifs en Europe, soit 10 % des effectifs de ces catégories, pour réaliser 200 M EUR d’économie (en plus des 500 M EUR d’économies prévus annuellement, qui ont même atteint 589 M EUR en 2012) Une usine qui emploie 90 personnes devrait aussi fermer à Séville, selon la presse espagnole. C’est la première fois depuis la restructuration de Lu en 2001 que Danone est contraint de supprimer des emplois. 236 suppressions de postes sont programmées en France (sur 9 000 emplois dans l’Hexagone) selon les syndicats. Le plan doit être déployé sur 26 pays et la direction a annoncé vouloir privilégier la mobilité interne et des départs volontaires. Danone prévoit une année de transition en 2013 et n’anticipe pas d’amélioration sensible des ventes des produits laitiers en Europe avant la fin du deuxième trimestre, voire le début du troisième trimestre.

- 10 % sur les produis laitiers en Europe du Sud

De fait, la situation de Danone en Europe est plombée par les pays du Sud, notamment l’Espagne. Le pays qui pèse 6 % des ventes du groupe, voit ses ventes de produits laitiers (segment le plus important), reculer de plus de 10 %. L’Italie et le Portugal ne font pas mieux, mais le poids de ces pays est moins important pour le groupe. En France, les ventes de produits laitiers sont à peu près stables, malgré la forte progression de Velouté (+ 20 %). Au global, les ventes en Europe (40 % du chiffre d’affaires), ont reculé de 3 % en comparable sur l’exercice, à 8,4 Mds EUR. Et le résultat opérationnel a baissé de plus de 10 % (la marge opérationnelle, à 15,7 %, a reculé de 1,9 point en comparable). Une contre performance à croiser avec l’insolente santé des affaires dans les pays émergents (Etats-Unis inclus, ndlr). Le chiffre d’affaires y a crû de 12,4 % en comparable, à 12,5 M EUR, et la marge opérationnelle, malgré des investissements lourds pour développer l’activité, aux Etats-Unis notamment, progresse de 0,8 point, à 13,2 %.

Redresser la barre en Europe

Pour Franck Riboud, pas question pour autant d’abandonner l’Europe. « Tout va très bien dans les marchés émergents, et ça va s’accélérer. On atteint des tailles critiques qui nous rendent de plus en plus efficaces », a-t-il commenté, tout en restant prudent. « Les pays émergents progressent aujourd’hui mais dans dix ans, on n’en sait rien…Ce n’est pas parce que le poids relatif de l’Europe diminue qu’il faut arrêter de se battre», a-t-il ainsi ajouté. Si le nombre de postes touchés par pays reste incertain à l’heure où nous bouclons (l’information des représentants du personnel est en cours), Danone a présenté l’esprit de la démarche qui sera mise en œuvre en Europe. Les fonctions marketing et la force de vente seront ciblées par métiers et par pays tandis que les fonctions support feront l’objet de synergies. Certains pays vont ainsi être regroupés sous des directions multi-pays. Franck Riboud a annoncé vouloir gagner en réactivité et en fluidité.

Améliorer le mix produit plutôt que d’augmenter les prix

En termes de produits, Danone étudie toutes les possibilités, des gros formats aux innovations valorisées, comme les eaux aux jus de fruit déjà lancées au Royaume-Uni qui arrivent en France. « Nous voulons sortir par le haut, avec de la qualité », a précisé Franck Riboud à plusieurs reprises, citant notamment le pot de yaourt Kiss en cours de déploiement. Les tarifs pourront augmenter, mais ce ne sera pas une stratégie généralisée. Danone fait le choix de conserver ses volumes et veut faire évoluer le mix produit pour restaurer ses marges. « La gestion du groupe Danone est une gestion industrielle, et j’y tiens particulièrement, qui génère des résultats financiers », a ainsi déclaré Franck Riboud, désamorçant les questions sur le lien entre le plan d’économie et l’entrée récente du fonds Trian de Nelson Pelz au capital. Une autre stratégie du groupe pour développer l’activité sera les extensions de gamme.

Continuer à développer les catégories de produits existantes

Aux Etats-Unis, le yaourt grec Oïkos va être décliné sur des marques comme Activia, mais aussi pour des usages spécifiques comme les dips. Après avoir raté le train sur ce produit, qui représente désormais plus d’un tiers du marché américain, Danone a rattrapé une partie de son retard, même s’il reste loin de Chobani, le leader de la catégorie. Sur les laits infantiles, Danone lance des produits dédiés aux enfants de plus d’un an mais aussi des produits dédiés aux femmes enceintes ou allaitantes. Et si le groupe a raté le rachat de la nutrition infantile de Pfizer, il pourrait ramasser des miettes de l’opération suite aux cessions demandées par les autorités de la concurrence sur certaines zones. Sur le plan du périmètre également, Franck Riboud a reconnu l’échec de la joint venture avec Chiquita, et confirmé le projet de cession des actifs de cette activité.

Danone est-il Opable ?

Si Danone a dépassé pour la première fois le cap des 20 Mds EUR de chiffre d’affaires en 2012, la taille du groupe reste relativement modeste par rapport à des concurrents comme Nestlé, Unilever ou encore Pepsico. Et Franck Riboud, qui a déclaré croire dur comme fer à la santé et la nutrition médicale, n’a de fait pas les mêmes moyens que le géant suisse, par exemple, pour développer cette activité. Danone n’a d’autre choix que de continuer à se réinventer comme il a su le faire ces dernières décennies. Et la question, récurrente, de savoir si le groupe ne risque pas de constituer une proie attractive pour des acteurs plus importants, reste ouverte. En attendant, le groupe présente 2013 comme une année de transition en attendant le retour à une croissance rentable en 2014. Des ventes en hausse de 5 % en comparable sont prévues pour l’exercice en cours, mais la marge opérationnelle devrait continuer à baisser (- 0,3 à - 0,5 %). Le groupe devra aussi digérer les frais de la restructuration (qui s’étalera sur deux ans), estimés à 450 M EUR au total.

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