CAF : « une étape insatisfaisante, un avenir semé d’embûches »
La conférence ministérielle de Hong Kong se termine « par une déclaration déséquilibrée », souligne le CAF (Conseil de l’agriculture française). En effet, « sur le volet soutien à l’exportation, seule l’Europe s’engage sur une date d’élimination des restitutions à l’exportation ». Concernant le soutien interne, l’UE « n’a pas à cette date valorisé sa reforme de la Pac alors que nos partenaires n’ont aucune obligation de faire évoluer leur politique agricole ». Par ailleurs, seul le volet agricole a « fait l’objet d’un traitement approfondi et détaillé ». Dans ce contexte, le CAF exige « que l’UE demeure extrêmement ferme sur la conditionnalité de son offre et veille au strict respect du parallélisme des concessions ».
FNB - FNICGV : « amertume et inquitéude »
« L’issue des négociations (...) ne peut être jugée que négativement par les éleveurs » a indiqué la Fédération nationale bovine (FNB) dans un communiqué du 19 décembre. La réaction des industriels de la viande (FNICGV) est teintée « d’amertume et d’inquiétude ». « Amertume découlant de l’absence de réciprocité entre les concessions agricoles et les concessions industrielles ou des services (...), Inquiétude sur la suite des négociations qui se focaliseront sur l’accès au marché (...). Quant aux préoccupations non commerciales, elles ont sombré, corps et âmes », a indiqué la FNICGV. « La Commission et les pouvoirs publics français se doivent désormais impérativement de tout mettre en œuvre pour garantir le maintien de l’équilibre du marché de la viande bovine, en ne cédant pas aux demandes assassines de réduction des droits de douane », ajoute de son côté la FNB.
Coordination rurale : « l’agriculture en sursis »
Les accords de ce week-end obtenus « à l’arraché « à Hong-Kong et au sommet européen de Bruxelles « ne sont pas une bonne nouvelle pour les agriculteurs », souligne la Coordination rurale dans un communiqué. Les dirigeants européens devraient s’inquiéter de ce qu’il adviendra ensuite (après 2013 : ndlr) prévient le syndicat. Si l’UE veut garder son agriculture après 2013, « il lui revient maintenant de préparer d’urgence son plan B pour une véritable PAC du XXIe siècle basée sur la préférence communautaire et le rééquilibrage de ses productions et intégrant la nécessaire autonomie énergétique de son agriculture », propose la Coordination rurale.
Modef : « le ficelage des paysanneries au seul prix mondial est acté »
« L’OMC conduite par Pascal Lamy et son obnubilation d’un accord à tout prix vient d’acter le ficelage des paysanneries au seul prix mondial », dénonce le Modef dans un communiqué. « La PAC sursitaire jusqu’en 2013 affrontera une nouvelle vague libérale en 2008-2009. Le terrain sera alors dégagé pour la suppression totale des soutiens aux exportations sans aucune entrave aux importations », prédit le syndicat. Le Modef met « son action syndicale au devenir des exploitants familiaux et la construction de la résistance paysanne. L’heure est pour les paysans et les peuples à conquérir leur souveraineté alimentaire et la rémunération de leur travail ». Les conséquences de l’accord du 18 décembre sont la preuve irréfutable que l’OMC n’est pas là pour assurer le développement des pays et des peuples mais au contraire pour les soumettre aux lois du marché pour le plus grand bénéfice des financiers. Quels que soient leur pays d’origine et leur situation, tous les paysans du monde vont être perdants, conclut le Modef.
FNPL : les éleveurs laitiers face « aux menaces de l’OMC »
« Comme on pouvait le craindre, l’Europe est la grande perdante de l’accord de HongKong », souligne la FNPL dans un communqué. « La suppression programmée des restitutions – bien que retardée jusqu’en 2013 et bien qu’elle fasse plaisir à certains idéologues – met fin aux perspectives d’exportations de beurre pourtant indispensables à l’équilibre de la filière laitière européenne (350 000 tonnes sont exportées sur une production de 1,8 millions de tonnes) ». Par ailleurs, « le parallélisme dans l’élimination des autres formes de subvention à l’exportation fait l’objet d’une rédaction floue et laisse le champs libre à nos compétiteurs internationaux », condamne le syndicat. La FNPL demande « à la Commission européenne et les pouvoir publics français doivent se ressaisir immédiatement ». Il s’agit notamment de « réaffirmer, enfin, que la politique de maîtrise forte de l’offre est le seul avenir réaliste pour la filière laitière européenne ».
AGPB-AGPM et Ffcat : « manque de réalisme et de sens tactique » de l’UE
L’AGPB (producteurs de blé), l’AGPM (producteurs de maïs) et la Ffcat (coopératives de collecte) considère que l’« UE récolte sans surprise les fruits du manque de réalisme et de sens tactique ». La filière céréalière française fait remarquer que si les restitutions sont totalement transparentes, ce n’est pas le cas des formes d’aides pratiquées par les pays concurrents (garanties de crédit à l’export, aide alimentaire déguisée, pratiques monopolistiques des entreprises commerciales d’Etat), qui sont beaucoup plus difficiles à discipliner. « L’UE devra se montrer totalement inflexible vis-à-vis de ces autres formes d’aides d’ici au 30 avril 2006, période pendant laquelle doivent être définies les contraintes qui leur seront appliquées », soulignent les organisations. De plus, la question du marketing loan américain doit être traitée : « la Commission européenne a commis une faute en n’en demandant pas la suppression au titre du démantèlement des aides à l’exportation », poursuit l’AGPB, l’AGPB et la Ffcat.
Confédération paysanne : « une défaite pour les paysans du monde entier »
« C’est une défaite pour les paysans du monde entier », a déploré Gérard Durand, l’un des deux porte-parole de la Confédération paysanne le 20 décembre. « Ce n’est pas l’annonce de la suppression des subventions aux exportations agricoles en 2013 qui va résoudre les problèmes de développement dans le Sud et de la faim dans le monde », a-t-il ajouté.
Gérard Durand, libéré le 19 décembre par les autorités de Hong Kong après avoir été arrêté puis incarcéré lors des manifestations altermondialistes, a regretté que « pour arriver à un accord, l’agriculture ait servi de monnaie d’échange avec d’autres secteurs, dont celui des services ». La Confédération paysanne n’entend « pas rester les bras croisés » et « va appeler à la mobilisation » selon des modalités qui vont être définies dans les prochains jours, a-t-elle indiqué.