Fin des débats. La mission parlementaire sur les OGM a achevé les 15 et 17 février sa série d’auditions contradictoires, prélude à la publication de son rapport à la mi-avril. Si des déplacements sont encore prévus aux Etats-Unis, en Afrique du Sud et en Espagne, les parlementaires ont d’ores et déjà la plupart des éléments qui leur permettront de façonner leur rapport. Mais à considérer la confusion dans laquelle nombre des auditions se sont déroulées, la tâche risque de ne pas être facile.
Les députés ont-ils les idées plus claires ? Après trois mois d’auditions parlementaires, rien n’est moins sûr. Les membres de la mission parlementaire sur les enjeux des essais et de l’utilisation des OGM ont bouclé le 17 février la phase des débats contradictoires. Le dernier de ces débats était consacré aux « médias » et à « l’information du public ». Malheureusement, et à l’image de la petite dizaine d’auditions ouvertes à la presse depuis la mi-janvier, la confusion a régné à plus d’une reprise lors des trois heures de discussions.
Accrochages entre députés
Plus d’une fois, les députés se prirent à partie, s’accusant mutuellement d’être des porte-parole des pro-OGM, ou des anti-OGM. Aucune des auditions n’échappa réellement à ce schéma. Souvent, l’attitude des parlementaires sembla caricaturale : manifestation de satisfaction dès que les propos des personnes auditionnées allaient dans le sens de leurs convictions – souvent définitives – et attitude offusquée dans le cas contraire. Les prises de bec entre les députés François Guillaume et Yves Cochet, par exemple, resteront dans les mémoires. Certes, comme le souligna à plusieurs reprises le président de la mission parlementaire Jean-Yves Le Déault, personne n’aborde le dossier OGM de manière complètement neutre, chacun arrivant avec « un certain bagage, une certaine idée du sujet ». Et ce n’est pas le président de la conférence des citoyens en 1998 – qu’il fut – et le membre du comité des « Quatre sages » en 2002 – qu’il fut également en 2002 – qui dira le contraire. Trop souvent cependant, les auditions laissèrent les observateurs perplexes, à l’image de celles consacrées ces dernières semaines aux enjeux sanitaires et environnementaux : face aux affirmations scientifiques avancées par les pro-OGM ou les anti-OGM, les députés donnèrent la plupart du temps l’impression d’être dépassés et incapables de prendre de la distance. De plus, les débats s’éloignèrent souvent de la thématique à laquelle ils devaient être cantonnés, sans qu’un recadrage soit effectué systématiquement.
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Amalgames
Certains s’émurent de la situation, à l’image de Jérôme Bédier, le président de la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) lors des vifs échanges de la table ronde consacrée aux enjeux économiques des OGM, le 15 février. « Cette réunion exprime un doute complet quant à la mise en place de ces technologies », lança t-il, ajoutant que visiblement « les institutions n’arrivent pas à créer de consensus (sur le dossier OGM) et ne fonctionnent pas ». « L’analyse se complique de jour en jour », n’hésita pas à confesser la député Geneviève Perrin-Gaillard, le 17 février. L’attitude de Jean-Yves Le Déault, grand défenseur de la recherche, ne fut pas exempte de reproches. C’est Marie-Jeanne Husset, directrice de la rédaction de 60 millions de consommateursqui porta le fer lorsqu’il évoqua – pour la quatrième fois en deux semaines – le témoignage écrit de deux jeunes chercheurs en biologie végétale dont l’avenir professionnel serait menacé. « Vous faites un amalgame, car c’est toute la recherche française qui a des problèmes » lança Marie-Jeanne Husset à l’adresse de Jean-Yves Le Déault. Sous-entendu : les difficultés des chercheurs ne sont pas spécifiques aux domaine des biotechnologies.
Et la coexistence ?
Ces auditions laissent au final une image de confusion et un goût d’inachevé. Sans être grand clerc, et à considérer les prises de positions des membres de la mission d’information parlementaire, on peut s’attendre à ce que le rapport des députés appelle à soutenir la recherche française en biologie végétale. Mais que diront les députés sur la question de la coexistence des cultures et leur encadrement ? Sans jouer au devin, on peut constater que ces aspects du débat – pourtant majeurs – ont très peu attiré l’attention des députés. Pourtant, la France va pourtant devoir rapidement définir son propre régime juridique – comme les autres Etats européens – pour encadrer le retour futur des cultures transgéniques sur le territoire. Didier Marteau, le vice-président de la FNSEA, en a rappelé l’importance le 15 février : « Il faudra à un moment qu’on avance en matière de coexistence, et c’est toujours le flou pour ce qui est de l’encadrement juridique de la responsabilité ».