Le débat sur la hausse des prix alimentaires, lancé par l’enquête de , a rebondi durant la première semaine de mars. D’une part le ministère de l’Economie a publié ses propres données en contestant pour partie celle du magazine consumériste ; d’autre part, Michel Edouard Leclerc compte profiter de ces révélations, tant pour mettre en avant sa propre enseigne que pour appuyer une nouvelle remise en cause du droit des relations entre fournisseurs et distributeurs.
Michel-Edouard Leclerc n’a pas été long à réagir. Quelques jours après le lancement du débat sur la « flambée » des prix alimentaires lancé par un dossier de 60 millions de consommateurs, le patron des centres Leclerc a fait flèche de tout bois : d’une part il publiait des pages de publicité ventant la sagesse de ses prix ; d’autre part il annonçait, le 4 mars, une lettre ouverte au secrétaire d’état au Commerce Luc Chatel demandant en particulier de pouvoir faire la publicité des prix à la télévision et de négocier les tarifs des fournisseurs dès le vote de loi qui l’autorisera. C’est dire la pression qui s’exercera sur cette loi – prévue pour après les élections municipales – qui est censée donner aux grandes surfaces la possibilité de négocier le contenu même des conditions générales de vente de tout fournisseur. Une grande surface pourrait alors obtenir des avantages supérieurs à ceux accordés par un fournisseur aux autres enseignes. Une négociabilité qui risque de peser sur les petits fournisseurs.
Des abus constatés chez les industriels
Pour sa part, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, a commenté le 3 mars le dossier qu’avait publié 60 milllions de consommateurs. Avec sa DGCCRF (Direction générale du commerce, de la concurrence et de la répression des fraudes), elle donnait les premiers résultats de l’enquête diligentée pour vérifier si les données de 60 millions de consommateurs sont exactes. Conclusion : ces données semblent, pour une bonne part, exagérées. Selon les relevés de la DGCCRF, les prix moyens réels sont inférieurs de 13,4 % à ceux de l’enquête du magazine qui utilisait les sites internet des distributeurs comme sources d’information. Les hausses de prix sont également moins fortes mais se situent tout de même dans une fourchette de 0 à 21 % (le magazine évoquait entre 5 % et 48 %). À la question de savoir s’il y a des comportements abusifs de la part des industriels ou des distributeurs, profitant de la hausse des prix des matières premières, la DGCCRF répond oui : « Des répercussions excessives des coûts de matières premières par les industriels ont été observées : notamment dans la charcuterie dont la matière première est en baisse, mais aussi pour certains produits laitiers ». De plus, poursuit le communiqué diffusé par le ministère de l’Economie, « lorsque les industriels augmentent leurs tarifs, les distributeurs les répercutent de façon très hétérogène, utilisant pour certains des marges arrières pour amortir les hausses alors que d’autres amplifient les hausses dans les prix de revente aux consommateurs (lait, pâtes) ».