Une initiative largement soutenue par les ministres de l’agriculture des Vingt-cinq
Réunis du 9 au 11 mai pour un Conseil informel à Killarney (Irlande), les ministres de l’agriculture des Vingt-cinq ont largement soutenu l’initiative de Bruxelles, estimant qu’elle devrait permettre de débloquer les négociations de l’OMC. Les représentants français, et dans une bien moindre mesure, irlandais, belge, italien, slovaque et chypriote ont été les seules à formuler ouvertement des critiques, qui affirment pour l’essentiel que Bruxelles a abattu ses cartes trop tôt dans les négociations. Le français Hervé Gaymard, qui a jugé que cette offre était une « grave faute tactique » a demandé une « remise à plat » de la stratégie de Bruxelles. Mais, selon des sources communautaires, cette requête n’a pas reçu d’écho chez ses partenaires.
En revanche, la nouvelle offre européenne a reçu un soutien sans ambiguïté des ministres allemand, britannique, néerlandais, danois et luxembourgeois et un appui avec quelques réserves des autres anciens et nouveaux Etats membres.
« Très clairement, la majorité penche du côté de la Commission », a résumé un diplomate.
Paris demande une « remise à plat de la stratégie de la Commission
S’exprimant devant ses collègues ministres de l’agricultures lors du Conseil informel de Killarney, le 11 mai, le Français Hervé Gaymard, a demandé « une remise à plat de la stratégie d’ensemble poursuivie par la Commission ».
« Comment l’Europe pourrait-elle protéger la Pac jusqu’à la fin de cette négociation (à l’OMC) si elle donne aujourd’hui le signal d’un désarmement unilatéral des restitutions ? », s’est-il interrogé.
Selon M. Gaymard, «accepter aujourd’hui de mettre sur la table le mécanisme des restitutions en contrepartie d’engagements limités à l’aide alimentaire, aux crédits à l’exportation et aux entreprises commerciales d’Etat serait une grave faute tactique que l’Europe paierait cher dans la suite de la négociation, puisqu’elle devrait alors choisir entre le rythme d’élimination des subventions à l’exportation et le degré d’ouverture de son marché ». Le ministre français a rappelé à cet égard l’engagement pris par l’UE lors de la réforme de la Pac de juin 2003, selon lequel l’UE n’aurait pas à faire payer deux fois ses agriculteurs, c’est à dire pour la réforme de la Pac et les concessions commerciales accordées pendant les négociations de l’OMC.
M. Gaymard a par ailleurs reproché à la Commission de nuire aux intérêts des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), en cherchant à conclure l’accord de libre échange avec le Mercosur sans attendre l’issue des pourparlers du cycle de Doha à l’OMC. « Je rappelle que les pays du Mercosur ont un PIB cinq fois plus élevé que l’ensemble des pays d’Afrique sub-saharienne. Pour ma part, je souhaite que nous maintenions une priorité en faveur des plus pauvres et que le calendrier initialement prévu pour la négociation Mercosur soit respecté », a déclaré le ministre français.
Grande inquiétude du Copa et du Cogeca
« Malgré le fait que la politique de la Commission européenne, consistant à faire des concessions avant l’entame de négociations, n’est jamais parvenue à susciter une quelconque réaction de la part des partenaires commerciaux, une fois de plus des concessions sont accordées en agriculture sans aucune garantie d’obtenir quoi que ce soit en échange », ont déclaré les présidents du Copa Peter Gaemelke et du Cogeca Eduardo Baamonde. Ces deux organisations considèrent qu’il est indispensable que les négociations de l’OMC débouchent sur un accord équitable et équilibré sur toutes les formes de subventions à l’exportation, les aides internes et l’accès au marché. « Si tel est vraiment l’objectif de l’UE, la tactique de la Commission ne constitue certainement pas la meilleure façon d’y arriver », s’inquiètent-elles.
En France, les organisations agricoles demandent au président Jacques Chirac « de sortir de son silence vis-à-vis de l’agriculture ». Pour le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer « on a l’impression que les commissaires ont toute liberté. Il faut clarifier les responsabilités au niveau de l’Union européenne ».
Les Etats-Unis et l’Australie se réjouissent de l’offre européenne
Washington s’est réjoui de la proposition de l’Union d’abandonner les subventions aux exportations de produits agricoles dans le cadre du cycle de Doha de l’OMC et s’est dit prêt à négocier sur l’aide alimentaire et les crédits à l’exportation, selon le représentant américain au Commerce Robert Zoellick. « Les Etats-Unis ont indiqué qu’ils apporteraient leur soutien à la proposition de l’UE en acceptant de négocier en parallèle l’élimination de l’élément subventions dans le cadre des crédits à l’exportation et de négocier une certaine discipline en matière d’aide alimentaire », a précisé M. Zoellick.« Nous attendons maintenant de voir d’autres pays faire preuve d’un esprit similaire en affirmant leur volonté de mettre fin aux monopoles des entreprises d’Etat et des taxes différentielles sur les exportations », a-t-il indiqué.
Pour sa part, le ministre australien du commerce, Mark Vaile, a indiqué « l’élimination des subventions agricoles constitue une attente essentielle dans nos efforts pour améliorer le système du commerce mondial et pour aider les pays en développement à tirer tous les bénéfices potentiels de leur réforme agricole ». Mais, selon lui, « le plus gros du travail » reste à faire pour résoudre une série de problèmes tel que l’accès au marché agricole.