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S’il est rôdé aux situations de retournement, Didier Calmels, sauveur annoncé pour Doux (il propose de prendre deux tiers du capital de l’entreprise bretonne via le fonds Développement et Partenariat qu’il a fondé en 1992 ), est également rodé aux situations économiques troubles. Ce proche de Régis Valliot, administrateur judiciaire de Doux, lui-même ancien syndic judicaire auprès du tribunal de commerce de Nanterre, a souvent été cité dans le cadre de scandales impliquant le monde des affaires.
En 1997, Didier Calmels est placé sous contrôle judiciaire et mis en examen en parallèle de l’affaire Coencas (Les Echos, 17 juin 1997). Son nom revient sur le devant de la scène, dans le cadre de l’effondrement de l’empire Bourgoin en 2000. Remis en selle par un investissement du « roi du poulet » dans une de ses sociétés en 1992, Didier Calmels dément alors toute implication, indique le quotidien Les Echos du 6 octobre 2000.
En 2006-2007, le groupe Bolloré s’associe à CMB-Safren (conglomérat belgo-africain) pour la reprise du transporteur maritime Saga. Une enquête de l’hebdomadaire Le Point (26 janvier 2007) met à jour de troublantes collusions d’intérêt dans ce dossier. Mandataire ad hoc de Saga, Henri Tible, ancien président du tribunal de commerce de Nanterre, œuvre pour la reprise de la société par Bolloré. Selon l’hebdomadaire, Henri Tible a alors un prêt en cours auprès de la banque Rivaud, qui est dans le giron du groupe Bolloré. Dernière pièce du puzzle décrit par Le Point : la banque Rivaud s’est adjoint les conseils de Didier Calmels, dont les liens avec Henri Tible sont de notoriété publique.
Un sauveur qui ne rassure qu’à moitié les salariés
Le dossier Doux n’est pas sans rappeler l’affaire Bourgoin, tant l’aveuglement des pouvoirs publics semble pour partie responsable de l’effondrement d’édifices que tous les professionnels savent vacillants (voir notamment l’enquête de Médiapart du 12 juin 2012 sur Doux). Et le passé de Didier Calmels ne rassure pas vraiment quant au déploiement d’un plan de redressement de long terme, qui puisse préserver durablement les emplois qui subsistent suite à la débâcle de Doux. Il doit présenter son projet aux représentants des salariés le 11 juin. Mais les propos qu’il tiendra à cette occasion, pour recueillir l’avis des instances représentatives du personnel, n’auront pas pour autant valeur d’engagement autre que moral. Au ministère de l’Agriculture, on souligne que Didier Calmels peut se prévaloir de collaborer avec des investisseurs sérieux, comme par exemple CDC entreprises (Caisse des Dépôts et Consignations), Generali Assurances ou CNP Assurances. Mais on ne se départit pas pour autant d’une certaine gêne face aux questions sur le passé de Didier Calmels. S’ils ne le disent pas trop fort, les syndicats ont toute légitimité à se méfier de ce sauveur sorti du chapeau de Régis Valliot. La CGT, pourtant habituée des déclarations à l’emporte-pièce, dénonce simplement le recours à un « fonds de retournement au passé sulfureux ».