La seule solution pour éliminer les PFAS des boues est l’incinération à très haute température, une solution infaisable à l’heure actuelle. Pour les recycleurs de boues, il faut agir en amont de la filière en interdisant les PFAS dangereux.
« Les PFAS, ça fait cinquante ans qu'ils sont présents dans beaucoup de produits et là, nous arrive dessus un scandale sanitaire, donc il faut qu'on ait une réglementation des PFAS », assène Jean-Luc Josiaud, président du Syndicat des professionnels du recyclage par valorisation agronomique (Syprea).
Pour l’heure, le scandale des PFAS éclabousse surtout les industries, comme celles de la vallée de la chimie au sud de Lyon (Arkema, Daikin). Ou encore, la papeterie Ahlstrom de Stenay qui fabriquait des emballages de croquettes pour animaux, dont les boues ont été épandues pendant des années dans les Ardennes et dans la Meuse. Ce qui a conduit à la fermeture d’une exploitation maraîchère dont les légumes étaient contaminés ainsi qu’à l’interdiction de consommer l’eau potable dans seize communes, selon une enquête du média Disclose et de France 3.
Cependant, concède Jean-Luc Josiaud, on peut aussi trouver des PFAS dans les boues d’épuration urbaines. « Les analyses qu’on a faites sont plutôt rassurantes même si les taux de précision en laboratoire sont assez faibles – nous attendons maintenant une norme sur les analyses. Ce qu’on a vu, c’est que la grande majorité des boues urbaines respectent les seuils wallons (repris dans la circulaire gouvernementale, NDLR). Cela dit, quand on cherche on trouve, et on a eu des surprises. Par exemple, dans les boues de station près desquelles il y a beaucoup d’exercices incendie dans le cadre de la formation de pompiers, on retrouve des PFAS ».
Un seul traitement possible pour éliminer
D’après un récent rapport de l’IGEDD et du CGAAER, le seul traitement « opérationnel » pour éliminer les PFAS des boues est l’incinération à haute température (supérieure à 1300°C) dans les incinérateurs à déchets dangereux. Mais, à infrastructure constante, ce n’est pas possible, sans compter les coûts énergétiques et de transport. Une alternative existe pour brûler les PFAS à moins de 1000°C dans des fours « non industriels », mais elle n’est pour l’instant qu’à l’état de « brevet ».
Les autres solutions de gestion sont la production d’amendement pour la foresterie et les villes, vu leur caractère non alimentaire ; le mélange de boues pour déshydratation ; et la méthanisation afin de concentrer les PFAS dans moins de matière sèche et dans le digestat.
« Si un industriel utilise un PFAS dangereux, il faut lui dire qu’on va le déconnecter de la station d’épuration et qu’il doit traiter son effluent sur une filière d’élimination, ou qu’il doit changer de molécule pour que son rejet soit acceptable au niveau de la station d’épuration pour garantir la qualité des boues », détaille Jean-Luc Josiaud.
LM