Les pays émergents ne pouvaient rester longtemps à l’écart des grandes manœuvres qui agitent le monde des affaires dans nos pays que l’on dit développés. La surprise, l’émoi, voire le rejet n’en sont pas moins visibles quand le métallurgiste Arcelor semble condamné à un mariage russe pour ne pas devenir la proie d’un industriel indien. Mais qui aurait imaginé les mêmes débats dans la zone d’appellation d’origine du vignoble champenois ?

Les péripéties pour la reprise de la maison Taittinger illustrent cette nouvelle donne avec tous les ingrédients à la mode. Quand des dissensions mettent fin à un empire familial, les fonds d’investissement anglo-saxons savent jouer leur partition comme l’a fait l’américain Starwood. Et comme il en avait convenu au départ, il garderait les actifs hôteliers et revendrait le champagne. Mais comment ne pas susciter des surenchères, même quand on s’est dit d’emblée ouvert à un retour de la 9e maison de champagne dans le giron familial ? Ce qui n’a pas manqué, et a mis en branle sept ou huit candidats, dont le belge Albert Frère et, là aussi, un indien… le brasseur United Breweries. Tout cela pour finir, certes avec un changement de génération aux commandes de Taittinger, mais dans un système étroitement local avec une intervention décisive – mais pour combien de temps ? – de la banque la plus impliquée dans le système viticole champenois, le Crédit agricole.