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Enquête : pourquoi l'Agtech argentin est à la traîne

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Pays membre du G20 nourrissant grosso modo 400 millions de personnes via l’exportation, soit dix fois sa population, l’Argentine est à la traîne pour financer ses start-up « vertes ». Moins d’une dizaine ont levé plus de 100 000 euros de fonds en capital-risque au cours des cinq dernières années : S4, Agrofy, Kilimo, Pago Rural, entre autres, et restent au stade de projets. Le laboratoire Bioceres, qui a lancé une offre publique initiale à la Bourse de New York le 24 janvier 2018, fait figure d’exception.
 
On est loin, très loin du niveau d’investissement dans l’Ag-tech réalisé en Amérique du Nord et en Europe. Et les 60 M€ destinés au développement des start-up locales, tous secteurs confondus et pour une période de quatre ans, annoncés par le gouvernement argentin en novembre 2017, ne devraient pas bouleverser la donne. Pourtant, incubateurs et accélérateurs tels que Wayra, Glocal, Xpand Ventures, Grid Exponential, Yield Lab ou encore NXTP Lab, affluent en Argentine et y redoublent d’ambitions.
 
« Les entrepreneurs ne savent pas parler aux investisseurs », explique l'économiste spécialiste du secteur, Juan Manuel Barrero. « Ils ne sont pas assez formés pour cela », confirme Nicolás Tognalli, de l’incubateur Cites, issu de la coopérative laitière Sancor, qui prévoit d’investir à court terme 20 M€ dans 34 start-up.
 
Sur les sept qu’il finance déjà, seule Biodrone placé sur le créneau de la lutte contre les adventices, est agricole. « Il y a beaucoup de projets, mais peu de très bons », remarque-t-il, lui qui en a examiné 200 depuis 2015.
 
Le retard global du financement de l’Ag-tech argentin tient aussi à l'implication faible, voire nulle, des agriculteurs dans cet écosystème naissant, à qui l’apparition de viandes alternatives donne plutôt des sueurs froides. « La balle est dans leur camp, estime Juan Manuel Barrero. Ils ont des moyens et ils sont les premiers bénéficiaires de l’accès aux nouvelles technologies. »
 
Le cas de la start-up Eslava et de son robot agricole (voir photo ci-dessus), installée à Pergamino, au cœur de la Pampa humide, cette « Beauce argentine », est parlant : « Nous avons nous-mêmes apporté les 40 000 € nécessaires à la construction du prototype, récompensé par un prix de 2 000 € versé par la Bourse du Commerce de Rosario, raconte son fondateur, Santiago Eslava. « Si notre but était un développement éclair, nous rechercherions un investisseur. Mais nous prenons notre temps. »

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