Traditionnellement, en agriculture, le facteur déterminant ou limitant était la terre. Les grands pays qui affirmaient leur puissance agricole et alimentaire étaient d’abord les pays qui avaient beaucoup de terres arables.
La grande révolution agricole d’aujourd’hui a changé cette situation: le facteur terre a été remplacé par le facteur humain. D’une part, les exploitations se sont fortement agrandies et emploient de la main d’œuvre dont la quantité et le coût déterminent largement la compétitivité. D’autre part, certaines productions sont devenues largement « hors sol » (volailles, porcs, lait, viande bovine, serres…) où les possibilités de développement ne sont limitées que par le capital et les hommes. A cela s’ajoutent la recherche variétale ou génétique, l’accès à des facteurs de production (alimentation animale, produits vétérinaires, phytos), le marketing des produits. Autant d’éléments qui dépendent surtout du talent des hommes et femmes du secteur.
De fait, la France, trop confiante sans doute sur son « capital terres », s’est souvent laissée distancer. Elle est restée forte sur les grandes cultures où ce facteur humain pèse peut-être moins, encore aujourd’hui, que la terre. Dans les autres secteurs, elle n’a sans doute pas suffisamment pris conscience de cette révolution agricole. Ni les pouvoirs publics ni les professionnels eux-mêmes qui auraient dû davantage s’unir et investir. A qui la faute ? A personne ou à tous. Le problème est culturel. L’existence de la Politique agricole commune a eu un mérite énorme. Mais un défaut considérable : elle a cultivé le goût des agriculteurs français à trop dépendre de l’Etat. Et pas suffisamment à chercher en eux-mêmes les solutions pour s’adapter à cette nouvelle agriculture.