Absente du débat préélectoral français, l’Europe est omniprésente pourtant dans les vraies questions qu’ont à résoudre les professions agroalimentaires. Quotidiennement pour inclure un ingrédient dans un nouvel aliment, savoir comment étiqueter leurs produits ou communiquer sur leur impact nutritionnel. Et dans les choix stratégiques à plus long terme quand il leur faut opter pour tel signe de qualité, mettre en avant ou non des logos communautaires plutôt mal connus (c’est le débat dans les fromages d’appellation), ou orienter leurs investissements sans risquer d’être à contre-courant de la PAC et des négociations internationales.
La filière laitière en sait quelque chose, elle pour qui la réforme de la PAC, c’est loin d’être «fini» quoique proclame le président Brichard au nom des producteurs français. Ceux-ci, au moment où ils viennent d’avertir les entreprises qu’ils ne toléreraient plus de diminution de leur feuille de paye, privilégient quand même une certaine recherche de consensus qui mérite d’être saluée : la semaine dernière, toute l’interprofession s’est ralliée à l’idée de créer un fonds d’investissement et de restructuration dont l’amorçage, modeste sans doute, serait assuré par les cotisations du CNIEL. Si le projet aboutit, s’il est abondé par des organismes financiers et obtient la bénédiction des pouvoirs publics, les entreprises qui en bénéficieront retrouveront des espoirs de pérennité et des positions de marché que la PAC justement leur assure de moins en moins. Il y a plusieurs décennies, les filières céréales et oléagineux avaient su se doter de tels outils financiers : le modèle n’a guère de raison de s’être démodé…