A l’origine du projet : une rencontre. Entre le p.-d.g. de Danone curieux d’en connaître plus sur la banque Grameen et l’inventeur du micro-crédit, Muhammad Yunus, qui reconnaît qu’à cette époque, il ne savait pas qui était Franck Riboud, ni n’avait entendu parler de Danone. Rapidement cependant, le Bengali réalise que la production de l’entreprise de son interlocuteur est intéressante et il propose à Franck Riboud d’installer Danone dans son pays, d’y produire un yaourt pour les enfants souffrant de malnutrition, et, plus globalement, de créer ensemble une « entreprise sociale ». Cinq mois plus tard, en mars 2006, Grameen et Danone annonçaient la création de Grameen Danone Foods. En juillet, la société faisait l’acquisition d’un terrain à Bogra, à 250 kms au nord de Dhaka, pour construire la première usine et le 18 décembre dernier, les premiers pots de yaourt sortaient de l’usine, dont la capacité s’élève à 3000 tonnes par an. Grameen Danone Foods dont la mission est de réduire la pauvreté par un business model de proximité, s’est fixé quatre principaux objectifs :
– Proposer un produit à forte valeur ajoutée sur le plan nutritionnel
Yaourt élaboré à partir de lait de vache, de mélasse de datte et de sucre, Shoktidoi contient naturellement du calcium et des protéines, éléments essentiels pour la croissance et la solidité des os, et est enrichi en micronutriments, de sorte qu’un pot de 80 grammes suffit à couvrir 30% des besoins journaliers d’un enfant en vitamine A, fer, zinc et iode.
– Créer de l’emploi
Grameen Danone Foods privilégie le recours à des ingrédients disponibles localement afin notamment de réduire ses coûts de matières premières et de favoriser le développement de communautés locales et de lutter ainsi contre l’exode rural. Afin que la société n’entre pas en concurrence avec d’autres acheteurs de lait, des micro-crédits vont être proposés par la Grameen Bank à de futurs éleveurs potentiels, qui achèteront une ou plusieurs vaches, et fourniront le lait à Grameen Danone, qui, en retour, leur garantira un prix fixe toute l’année. Grameen Danone développera des fermes existantes pour s’approvisionner en mélasse de datte, production artisanale concentrée dans certaines régions du pays. Côté production, la petite usine de 500 m2, qui emploiera environ 50 personnes à temps plein d’ici 4 ans, a été pensée de manière à privilégier le recours à de la main d’œuvre locale peu qualifiée plutôt que l’usage de machines sophistiquées. Quant à la distribution, des « Grameen Ladies » seront approvisionnées par de petits intermédiaires et réaliseront la vente en porte-à-porte. Formées de manière à délivrer un message nutritionnel, elles toucheront une commission sur chaque pot vendu. Ce devrait être au total plus de 1600 personnes dans un rayon de 30 kilomètres à qui cette activité apporterait un revenu.
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– Préserver l’environnement
En plus de l’utilisation d’un matériel recyclable pour fabriquer les pots de Shoktidoi, Grameen Danone a décidé de réduire le recours aux énergies fossiles par la conception d’une usine qui évite au maximum les gaspillages d’électricité. Le site est également équipé d’un système de récupération des eaux de pluie et des chauffe-eaux solaires sont utilisés pour alimenter certains robinets qui ne fonctionnent que par intermittence. L’usine a été dimensionnée afin d’approvisionner une zone de 30 kms de rayon alentour. L’impact environnemental du transport du yaourt sera donc minimisé, d’autant que des ricksaw vans seront employés pour desservir les points de vente situés à moins de 5kms de l’usine.
– Etre économiquement viable
Selon les lignes de conduite édictées par la mission, Grameen Danone ne peut être une société déficitaire, mais les profits enregistrés par l’entreprise seront réinvestis pour développer de nouvelles activités. Pour être économiquement viable, l’investissement total requis pour construire l’usine a été faible, mais sa conception est conforme au cahier des charges de Danone. La plupart des équipements ont été achetés localement, donc à moindre coût, et Grameen Danone a fait le choix de ne pas s’attacher les services de managers expatriés, afin de réduire ses coûts de fonctionnement. « Les profits ne reviennent pas à Paris, se réjouit Muhammad Yunus, tout est réinvesti, l’argent est recyclé et permet d’assurer la durabilité du projet ». Si l’expérience est réussie, deux nouvelles usines ouvriront leurs portes en 2008, une cinquantaine au Bangladesh d’ici 10 ans, et un nouveau modèle économique aura vu le jour.