C'était le piège dans lequel il ne fallait pas tomber: on a pu entendre ici ou là, sur des radios principalement, des manifestants agriculteurs regrettant qu'on impose de nouvelles interdictions comme celles de traiter les champs aux abords des villages ou des écoles. Quand bien même des interdictions systématiques fondées sur des notions de distance sont absurdes il fallait éviter de susciter, dans le grand public, l'impression qu'on pourrait polluer les enfants. Dans certains départements, les leaders syndicaux avaient donné comme consigne de ne pas prononcer les mots de pesticides ou phytosanitaires. C'était la bonne démarche. Parler d'empilement réglementaire, de contraintes en général, de distorsions de concurrence… il y avait suffisamment à dire, sans doute, sans demander de pouvoir épandre des pesticides au pied des villages, des écoles ou des hôpitaux.

D'ailleurs, était-ce vraiment le problème posé ? Le ministre de l'Agriculture n'a pas cessé de ramener à de plus justes proportions la menace sur ces pratiques agricoles indispensables. Côté grand public, côté agriculteurs, côté politique, l'épiderme est hypersensible aujourd'hui. Les médias généralistes ont vite fait de monter en épingle des symboles, tout simplement parce qu'ils sont imagés, parlant à la sensibilité. Inutile de s'en offusquer. C'est dans l'ordre des choses. Au professionnel de l'agriculture qui s'en plaint on pourrait dire que sur d'autres sujets qui ne le concernent pas directement, les intermittents, les faits divers, les grèves, l'immigration et bien d'autres choses, lui aussi est sensible aux symboles, aux images fortes.

L'agriculture est une réalité complexe et le grand public mérite davantage d'explication que d'images caricaturales. Pour éviter qu'encore une fois le consommateur fasse des amalgames, mette tout le monde – les respectueux de l'environnement et les autres – dans le même sac.