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Négociations de l’OMC Improbable échéance

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Définir les modalités (chiffres et autres dispositions) des négociations de l’OMC pour les produits agricoles et industriels d’ici fin avril est impossible, même si le délai est prolongé, tant les divergences sont grandes : tel est le constat qui peut être dressé à quelques jours de l’échéance fixée lors de la conférence ministérielle de décembre dernier à Hong Kong. La nomination du principal négociateur américain, Rob Portman, à un autre poste renforce ce pessimisme. L’échéance pourrait être reportée de fait à fin juillet, date à laquelle doivent être déposées les offres pour un autre secteur important, les services.

Au cours des dernières semaines, Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, a tenté de surmonter ce qu’il considère comme les trois principales pierres d’achoppement des pourparlers des Doha, en exerçant des pressions sur les Etats-Unis pour qu’ils offrent plus sur la réduction du soutien agricole interne, sur l’UE pour qu’elle accepte de réduire davantage sa protection aux frontières dans ce secteur et sur les pays émergents du G-20 (Brésil, Afrique du Sud, Inde, Mexique, etc.) pour qu’ils améliorent encore leur proposition pour l’accès au marché des produits industriels.

Mais chacun de ces acteurs attend que les autres fassent le premier pas.

Peter Mandelson : « céder davantage en agriculture » si...

« C’est aux Etats-Unis d’accepter de grosses coupes dans les subventions agricoles », a encore répété M. Lamy lors d’une réunion des ministres du commerce de l’Union africaine, le 14 avril à Nairobi (Kenya). « Pour l’UE, le Japon et les autres, ils devraient accepter ce que les Etats-Unis devront accepter en termes de subventions en plus de réelles coupes dans les tarifs agricoles», a-t-il ajouté.

« Si nous constatons des avancées notables des autres membres de l’OMC, c’est-à-dire s’ils offrent de nouvelles opportunités de marché dans des secteurs qui représentent un intérêt pour l’Europe, celle-ci devrait, après avoir évalué la véritable valeur de ces nouvelles opportunités, adopter une attitude constructive et être prête à céder davantage en agriculture», a confirmé pour sa part Peter Mandelson, répondant aux inquiétudes des organisations agricoles de l’UE.

« La marge de manoeuvre pour l’agriculture européenne est limitée, en particulier pour l’accès au marché, mais elle existe, et je suis persuadé qu’elle doit être exploitée s’il s’avère utile de le faire », a confirmé le commissaire européen au commerce.

Pessimisme

« J’ai peur qu’il soit très difficile de respecter l’échéance (du 30 avril) car les divergences restent trop grandes », a néanmoins déclaré M. Mandelson au Financial Times.

« A moins qu’il n’y ait prochainement un geste fort, je ne vois rien pour le moment qui permette un accord », a estimé pour sa part le négociateur brésilien, Celso Amorim.

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Le ministre néo-zélandais du commerce, Phil Goff, a lui aussi jugé impossible un compromis global d’ici la fin du mois.

Son homologue française, Christine Lagarde, a déclaré de même ne pas être « sûre qu’on arrive le 30 avril à avoir (...) des propositions très spécifiques sur chacune des grandes catégories de produits », évoquant un double blocage, sur les produits agricoles et industriels.

C’est dans ce contexte politique peu porteur que le Comité des négociations agricoles de l’OMC a poursuivi ses travaux du 18 au 21 avril à Genève. Il a de nouveau débattu des trois grands dossiers sur la table : concurrence à l’exportation et parallélisme dans l’élimination de toutes les formes de subventions dans ce domaine d’ici 2013 ; réduction du soutien interne ; accès au marché.

Etats-Unis : un « programme ambitieux » d’accords bilatéraux

Le président Bush a annoncé le 18 avril la désignation au poste de directeur du budget à la Maison blanche de Rob Portman, qui occupait depuis 11 mois les fonctions de réprésentant américain pour le commerce (USTR). Celui-ci sera remplacé par Susan Schwab qui était son adjointe depuis 5 mois et a commencé sa carrière comme négociateur pour l’agriculture à l’USTR.

Ces deux nominations doivent encore être confirmées par le Sénat.

Si elle a repris la formule de M. Portman, qualifiant le cycle de Doha d’« occasion unique pour favoriser la croissance mondiale et sortir des millions de personnes de la pauvreté », Mme Schwab n’a pas manqué de souligner que le bureau du représentant américain pour le commerce « poursuit un programme tout aussi ambitieux sur le plan bilatéral et régional incluant les négociations en cours avec 14 pays pour réduire de façon importante les barrières commerciales ».