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Produits laitiers/PAI/Stratégie Ingredia développe ses filiales suisses et américaines

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Ingredia, filiale de la Prospérité fermière spécialisée dans les ingrédients laitiers fonctionnels, conserve des ambitions au sortir d’un exercice pourtant plus difficile du fait de la conjoncture européenne. Ses projets aux côtés d’Eurial Poitouraine et de Terrena pour financer une unité nouvelle de mozarella restent d’actualité malgré la défection possible de Celia , ainsi que ses développements en Suisse et aux Etats-Unis.

Ingredia, qui figure parmi les trois principaux leaders européens dans le domaine des ingrédients fonctionnels laitiers, a à vrai dire dès sa création en 1991, misé sur la croissance. La filiale du groupe coopératif laitier arrageois La Prospérité fermière a plus que jamais une stratégie de développement international. Avec un projet d’une nouvelle unité en Suisse, la montée en puissance de son implantation australienne lancée en 2005 (Tatura) et la création d’une nouvelle filiale aux Etats-Unis, Ingrédia accroît de plus en plus sa notoriété sur les marchés mondiaux, ce qui lui a valu, en juin dernier, le « grand trophée de l’Artois » décerné par les chambres de commerce de Lens, Béthune et Arras. La société n’en demeure pas moins une grande entreprise innovante toujours à la recherche de nouveaux partenariats dans le domaine de la nutrition-santé, sans négliger pour autant d’éventuelles opportunités que pourraient entraîner de probables restructurations dans le paysage laitier français.

Parmi les leaders européens

Grâce à sa maîtrise des technologies de cracking des molécules de lait, du séchage et de la recombinaison des produits ainsi obtenus, ainsi que de la parfaite connaissance des fonctionnalités des constituants du lait, la société Ingredia, dont le siège social est basé à Arras dans le Pas-de-Calais, figure parmi les trois leaders européens qui commercialisent des ingrédients fonctionnels laitiers à destination de l’agroalimentaire. Elle a réalisé en 2005 un chiffre d’affaires de 251 millions d’euros ( 250 millions en 2004), dont 53% à l’exportation, mais dégagé un excédent brut d’exploitation un peu en retrait à 4,5 millions d’euros (contre 5,99 M en 2004) et présenté un résultat net de 0,125 M (0,569 M EUR en 2004). Ses fonds propres n’ont quasiment pas varié et s’établissent à 89,133 M EUR (89,317 M EUR en 2004). Des investissements soutenus ont été réalisés en 2005, pour un montant de 15, 49 millions d’euros.

En 2005, Ingredia a transformé 430 millions de litres de lait contre 425 millions en 2004. Sa collecte propre s’est élevée à 348 millions de litres de lait (contre 346 M en 2004). Quelque 332 salariés travaillent dans l’entreprise dont 25 en recherche-développement et autant dans la force marketing et commerciale. Le site industriel de Saint-Pol-sur-Ternoise, qui emploie 250 personnes, a été créé en 1965 et a une capacité de traitement de 500 millions de litres de lait permettant de fabriquer environ 10 000 tonnes de poudres et d’ingrédients chaque année. L’outil industriel est spécialisé notamment dans la production d’ingrédients laitiers à destination des plus grands groupes de l’agroalimentaire (Unilever, Nestlé, Kraft-Jacob Suchard, Danone, Häagen-Dazs..) et traite également du lait de consommation pour le compte de plusieurs clients français et étrangers, dont le groupe Candia-Cedilac.

Créée à l’origine pour valoriser la crème des producteurs en beurre, puis pour fabriquer des aliments veaux, la coopérative La Prospérité fermière s’orienta dès 1979 vers le cracking des protéines du lait. Désormais, Ingredia, sa filiale, est devenue au lait ce que Roquette ou Cerestar sont devenus pour l’amidon de céréales.

Avant de rejoindre l’entreprise laitière arrageoise, le directeur général de l’entreprise, Alain Thibault, avait d’ailleurs travaillé de nombreuses années chez Cerestar, l’autre grand du cracking des protéines, implanté à Haubourdin près de Lille.

« Nous sommes spécialisés dans les ingrédients laitiers à forte valeur ajoutée ; c’est notre cœur de métier», explique le directeur général d’Ingredia. « L’entreprise la plus proche de notre activité, c’est Fonterra, une société néo-zélandaise qui pèse 40 à 50 fois plus que nous sur le marché mondial des ingrédients dits de “commodités”». Par contre, « Ingredia est plutôt spécialisée dans les ingrédients dits de spécialités aux fonctionnalités particulières», souligne Alain Thibault mettant en parallèle le métier de niches qu’est le sien et celui d’entreprises comme Fonterra qui manient de gros volumes aux coûts optimisés.

Abandon de la Pologne

L’entreprise n’a pas de concurrents directs à travers le monde. Tout juste possède-t-elle des concurrents mondiaux sur certains segments de marché. Pour se développer et « jouer dans la cour des grands spécialistes mondiaux », Ingredia ne peut conclure que des partenariats utiles. Elle signe donc un premier partenariat avec la société suisse Cremo en 1988, puis un deuxième en 1997 avec Emina, une entreprise polonaise qu’elle abandonnera par la suite en 2005.

En 2004, Ingredia renouvelle l’ensemble de ses partenariats, notamment ceux signés avec Cremo et Candia-Cedilac pour la production de lait UHT. Elle signe également en mai 2004 des accords avec un groupe coopératif australien. L’entreprise française apporte ainsi à Tatura, société coopérative australienne de taille équivalente à Ingredia, son know-how et les deux entreprises se partagent ainsi les bénéfices de la joint-venture qu’elles ont créée…

Un prix du lait beaucoup plus compétitif qu’en Europe représente un avantage certain. Mais ce n’est pas tout. Avec ce nouveau partenariat australien, Ingredia se positionne pour aborder le marché asiatique. Car Tatura exporte plus de 60 % de sa production vers le Japon, la Corée, la Malaisie, Singapour, l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande, Hong-Kong et Taïwan…

La stratégie d’Ingredia s’appuie aujourd’hui sur deux axes forts. Il s’agit d’abord de poursuivre les recherches sur le cracking des protéines laitières pour fournir les industriels de l’agroalimentaire. A ce sujet, les dirigeants d’Ingredia évoquent aussi la possibilité de travailler également des protéines provenant d’autres filières.

Le deuxième axe de développement, initié déjà depuis quelques années après les recherches menées avec l’université de Nancy et celle de Québec au Canada, concerne le domaine nutrition santé (fabrication de protéines anti-stress). Mais un tel développement ne pourra se réaliser que « par un apprentissage plus fort des technologies et un portefeuille de produits plus développé ». Là aussi il faudra passer coûte que coûte par de nouveaux partenariats pour confirmer les travaux de recherche.