La première coopérative agricole française se donne les moyens de ses ambitions. Après avoir redressé ses comptes et son bilan sur l'exercice 2013/2014, InVivo modifie sa gouvernance afin de gagner en efficacité. Un passage obligé vers un fonctionnement plus tourné vers l'opérationnel afin de mener à bien ses projets de développement dans le cadre de son plan à l'horizon 2025.
INVivo a tenu son objectif de redressement de la rentabilité sur son exercice 2013/2014 (clos au 30 juin). Après deux années difficiles, le premier groupe coopératif agricole français annonce en effet sur cette période un excédent brut d'exploitation de 70 millions d'euros (contre 45,8 millions un an auparavant) « après versement de 91 millions d'euros de ristournes aux coopératives adhérentes, un montant jamais atteint, en progression de 12,3 % », précise le groupe. Le résultat d'exploitation s'élève à 23,9 millions (contre 2,6 millions un an plus tôt) et le bénéfice net de l'ensemble consolidé, après prise en compte d'une plus-value exceptionnelle liée à la cession de la participation dans Toepfer à l'américain ADM, remonte à 15,8 millions (contre 0,1 million en 2012/2013). « Un niveau en amélioration, mais encore insuffisant », a toutefois reconnu Thierry Blandinières, le directeur général. Le chiffre d'affaires marque quant à lui un recul de 7,7 % à 5,7 milliards d'euros (dont 46 % à l'international) sous l'effet de la baisse des céréales. De fait, alors que les volumes traités sont quasi identiques (-1,5%) à 8,4 millions de tonnes, la baisse des cours des matières premières pèse sur le pôle grains, dont le chiffre d'affaires recule de 11,9 % à 2,2 milliards d'euros.
BAISSE DE LA DETTEDans le même temps, InVivo a également amélioré sa structure de bilan. Son endettement net s'est ainsi réduit de 142,6 millions, à 222,4 millions d'euros, soit « une division par deux de la dette en quatre ans », a souligné Thierry Blandinières. Sur la base de 422 millions de capitaux propres (en hausse de 9 millions sur un an), la coopérative a ramené son gearing à 41,9 % contre 70,4 % en 2012/2013 et son ratio dette nette sur EBE (après ristournes) s'améliore nettement à 3,2 (contre 7,9).
Autant dire que le plan stratégique « 2025 by InVivo » est en bon ordre de marche. La première coopérative française vise à cet horizon, « 300 millions d'euros d'Ebitda et 100 millions d'euros de résultat net », ont indiqué les dirigeants lors d'un point presse le 16 décembre, avant la tenue de l'assemblée générale. Pour y arriver, InVivo compte poursuivre son internationalisation et accroître ses investissements dans ses principaux métiers et en R&D. Le groupe qui ambitionne de réaliser « 75 % de son activité à l'international dans 10 ans », toujours selon Thierry Blandinières, s'est réorganisé autour de « trois grands pôles d'expertises qui ont chacun leur propre projet de croissance ».
Dans le cadre de son plan à 10 ans et de la redéfinition de sa stratégie autour de ses trois pôles : agriculture, nutrition et santé animales, InVivo a décidé de revoir sa gouvernance. Une mesure qui lui permet de dissocier les activités statutaires de services aux coopératives, les activités historiques de la coopérative, de l'opérationnel. D'une gouvernance classique, où la connotation politique des membres était assez forte, InVivo va donc se retrouver avec une gouvernance plus adaptée à ses nouvelles orientations économiques et stratégiques. Ainsi, le Conseil d'administration de l'Union InVivo, l'instance souveraine de la coopérative, sera composé d'une trentaine de membres désignés par les coopératives élues, sur une base d'environ 2/3 de présidents et 1/3 de directeurs généraux, avec chacun un droit de vote. Ces membres éliront à leur tour un bureau d'une dizaine de personnes pour intégrer le conseil d'administration de InVivo Group, le holding pivot de cette nouvelle organisation. A noter que chacun des conseils d'administrations des holdings métiers et filiales du groupe, comptera au moins 2 membres du conseil d'administration d'Union InVivo, chacun dans sa spécialité. Un moyen non seulement d'améliorer la communication entre les différentes « strates » de la coopérative, mais aussi son efficacité et sa réactivité. Cette nouvelle gouvernance qui sera progressivement mise en place en 2015 devrait toucher à son terme d'ici 1 an.
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De fait, InVivo NSA (1,3 Mrd€ de CA en 2013/2014), le pôle nutrition et santé animale qui veut compter parmi les leaders mondiaux, a racheté ces derniers mois Total Alimentos, numéro trois au Brésil de la nourriture pour chiens et chats, le suisse Pencosma, leader sur le marché des ingrédients et additifs. En 2013, il avait pris le contrôle de Vipresa au Mexique. Une croissance externe qu'il faut financer. InVivo cherche actuellement des partenaires à faire entrer au capital de cette filiale, qui compte déjà Unigrains et le Crédit Agricole. « Nous cherchons 200 millions en capital, que l'on doublera par 200 millions de dettes, a précisé le groupe qui espère avoir bouclé le nouveau tour de table de InVivo NSA fin février 2015 ». « Ces actionnaires auront un profil plutôt international et financier et détiendront un tiers du capital », ajoute-t-il. À terme, c'est-à-dire « pas avant 8 ans au moins », InVivo a confirmé qu'une introduction en Bourse de cette filiale n'était pas exclue pour faciliter la liquidité. Elle devrait d'ici 10 ans, afficher « un chiffre d'affaires de 2,8 à 3 milliards d'euros et 200 millions d'Ebitda » a également confirmé Thierry Blandinières.
Parmi les nombreux projets qui l'animent, après celui des magasins Frais d'Ici (lire aussi page 27), la coopérative réfléchit à la construction d'un pôle vin, « pour vendre des cépages et des marques à l'international ». Une nouvelle corde à son arc qui n'aurait du sens qu'autour de « 1 milliard de chiffre d'affaires » et à la condition de « trouver un modèle économique stable », a souligné Thierry Blandinières.
Avec 223 coopératives sociétaires au 30 juin 2014, InVivo regroupait 6 900 collaborateurs, dont 2 680 en France.