Le groupe Soufflet poursuit lentement mais sûrement sa mutation. Après avoir développé la malterie en Europe de l’Est et ex-CEI, le groupe familial veut étendre son implantation à l’échelle mondiale. Autre diversification, métier celle-là, la prise de participation de 10 % dans Neuhauser en 2011 (à l’occasion de la reprise de BCS par ce dernier), dont Jean-Michel Soufflet ne cache pas qu’il s’agit de la carte que le groupe a décidé de jouer dans la boulangerie industrielle. S’agissant des situations plus difficiles, le choix a été fait de céder la maïserie. Il faudra aussi retrouver des marges bénéficiaires pour la meunerie, métier historique du groupe. Enfin, le groupe est ouvert à des partenariats sur l’activité riz et légumes secs.
Vous avez racheté une malterie au Brésil en 2012. Votre implantation était auparavant essentiellement européenne. Voulez-vous développer une implantation mondiale ? Vous avez investi des moyens considérables sur la malterie ces dix dernières années. Irez-vous au même rythme pour le développement international ?
En Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis, les marchés sont matures. La situation dans les pays moins développés est beaucoup plus porteuse, du fait de la croissance du marché de la bière.
Nous mettons clairement les moyens qui conviennent sur le développement international de l’activité. Nous avons effectivement racheté Malteria do Vale au Brésil. Avec cette acquisition, nous sommes même devenus le premier malteur mondial, ex-æquo avec notre principal concurrent (Malteurop, ndlr). Cette malterie brésilienne est une usine très moderne, sur une zone en forte croissance. Nous avons également acquis un silo portuaire à proximité. Et le rachat plus récent de Cerfoly, un négoce argentin, vient compléter le dispositif et nous permet de maîtriser une grande partie de la supply chain pour approvisionner cette malterie, soit environ 110 000 t sur 130 000 t. Nous comptons aussi augmenter les capacités de production de cette malterie.
Vous avez également un projet de joint venture en Inde. Où en est ce projet ?
En Inde, les accords ne sont toujours pas conclus, notamment parce que le temps administratif indien est excessivement long. Le projet a pris du retard, mais nous devrions finaliser les accords avec notre partenaire dans les mois qui viennent. Ceci dit, nous avons déjà une équipe sur place qui travaille à structurer l’amont de la filière, de la sélection variétale à la production et la contractualisation des orges. Cela nous permettra de bénéficier d’orges de meilleure qualité pour l’avenir.
Pensez-vous aller sur d’autres zones de croissance que l’Amérique latine et l’Inde ?
Aujourd’hui, l’Afrique n’est pas productrice d’orges, à l’exception de l’Afrique du Sud. Nous ne souhaitons pas aller en Chine, où les grands malteurs ont tous Cofco, une entreprise d’Etat, à leur capital. En Australie, les places sont déjà prises. L’Amérique du Nord n’est pas prioritaire.
Nous avons fait le choix stratégique d’aller dans des pays où il fallait organiser des filières agricoles, en cherchant à accompagner nos clients brasseurs dans leur développement. Nous apportons ainsi un savoir-faire dans la structuration de la filière, ce dont n’ont pas besoin des pays matures.
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Dans la filière blé, vous avez une participation dans Neuhauser. Cela représente-t-il une extension naturelle des métiers du groupe vers l’aval ?
Quand Neuhauser a repris BCS, nous sommes entrés au capital de la société de tête à hauteur de 10 %. Culturellement, nos deux entreprises sont très proches et c’est aussi une question d’entente entre personnes. Leur activité représente un débouché important pour nos farines et cette prise de participation est une extension naturelle de nos métiers vers des secteurs en croissance. Il n’y a pas d’opposition avec la boulangerie artisanale, il y a de la place pour les deux marchés.
Neuhauser se positionne sur des produits standardisés à faible coût de revient. La boulangerie artisanale doit développer des produits à haute valeur ajoutée, et offrir à ses clients de nouveaux services. Il n’y a de place pour les produits moyens. C’est pourquoi, en boulangerie artisanale, nous nous efforçons, avec notre marque Baguépi, de tirer nos clients vers le haut.
Tôt ou tard, Alfred Neuhauser se retirera des affaires. Serez-vous sur les rangs pour la reprise du groupe ?
À lui de faire son choix le moment venu. Nous serons ouverts à la discussion avec lui. Tout développement de Soufflet dans cette branche se fera avec Neuhauser. Le pain à la française est consommé dans beaucoup de pays et Neuhauser est un acteur important du secteur.
Le secteur de la meunerie est très difficile, avec des marges très faibles, voire des pertes. Quelle est la position de Soufflet sur ce marché ?
Jusqu’à la fin des années 90, la meunerie était fortement exportatrice. Le Gefar (groupement d’exportation de farine), dont nous étions le principal actionnaire, exportait 1,3 M t en 1998. Deux ans plus tard, les volumes avaient chuté à 300 000 t seulement.
Et le marché continue à s’éroder. La Lybie, qui importait 1 M t il y a deux ans, a construit ses propres moulins, avec des capacités de production qui couvrent aujourd’hui 140 % de ses besoins, et des réexpéditions vers le Tchad et le Soudan.
La Turquie veut devenir deuxième exportateur mondial de farine, derrière le Kazakhstan. L’État turc subventionne beaucoup l’industrie de la farine sous forme logistique ou sur le prix des issues, ce qui lui permet de pratiquer des prix extrêmement discountés et de prendre des marchés aux meuniers européens. La Turquie est pourtant dans l’OMC…
Aujourd’hui, il y a plus de 30 % de surcapacités meunières en Europe. Du fait de notre forte culture de l’export, nos moulins sont dimensionnés pour les pics de l’export, mais il y en a de moins en moins. Aussi avons-nous un problème de surcapacité par rapport à notre marché.
Les meuniers sont en mauvaise santé financière. Tout le monde perd plus ou moins de l’argent. La situation est assez inquiétante. La GMS exerce une forte pression sur nos clients, et d’une façon générale nous avons du mal à répercuter à nos clients les hausses des matières premières liées à la volatilité des cours du blé.
En meunerie, nous continuons bien sûr à soutenir l’activité, mais elle n’a pas la rentabilité qu’elle devrait avoir. J’ai intérêt à saturer mes outils, à réduire la voilure tout en augmentant les ventes. Ainsi, pour mieux coller au marché, nous allons prochainement démonter un diagramme en Belgique et le remonter à Dienville, où nous construisons un nouveau moulin en remplacement de notre moulin historique. Progressivement, nous nous dotons d’outils modernes, capables de répondre aux cahiers des charges de production les plus exigeants.